À la différence de Souraya, qui n’en a qu’une vague idée, M. Obama connaît certainement de mémoire le résultat des engagements militaires des armées de son pays à travers le monde depuis que les USA ont décidé d’intervenir là où ils veulent et comme ils l’entendent sur toute la surface de notre planète. Considérant à tort ou à raison leurs intérêts vitaux menacés.
Je ne suis ni politologue ni historien. Toujours est-il que ma jeunesse s’est éveillée au son de Faites l’amour pas la guerre scandée par le jeunes Américains sur les marches du Capitole, dénonçant l’engagement des États-Unis au Vietnam, exigeant le rapatriement immédiat des jeunes appelés se faisant tuer à l’autre bout du monde pour une cause qui n’était pas la leur.
Comme beaucoup, j’ai vu plein de films racontant la débandade des GI, frémi de désolation aux scènes atroces montrant leur retrait éhonté du Vietnam, les personnes qui s’accrochaient aux hélicoptères, s’agglutinant, suppliant les larmes aux yeux devant les grilles de l’ambassade US de Saigon hermétiquement closes, les vouant à une mort certaine. Ils avaient en toute bonne foi collaboré avec eux.
Je me rappelle ces dictateurs soutenus à bout de bras par ces mêmes Américains, Pinochet, le chah d’Iran, Saddam Hussein, ce dernier ayant interprété à sa guise, dit-on, le lapsus linguae de Mme April Glaspie, et j’en passe. Par une nuit sans lune, ils furent abandonnés à leur – mauvais – sort, devenus, on ne sait trop pourquoi, infréquentables.
Je me souviens aussi, au cours d’une nuit d’octobre 1983, du croiseur américain New Jersey, au nom chargé d’histoire et qui, ancré face à nos côtes, illuminait a giorno notre ciel pluvieux, tirant sans répit des salves d’obus de gros calibre sur les régions de la Montagne libanaise, en répression à je ne sais quel acte hostile.
De peur, la lune et les étoiles s’étaient cachées sous les nuages, et, terrés dans nos abris, nous pensions trouver, au lever du jour, pleurs et désolation, villages dévastés, rues labourées par l’impact des engins de mort. Il n’en fut rien, les obus étaient chargés à blanc.
Finalement, la flotte américaine s’en est allée sans tambour ni trompette ; les boys n’étaient pas venus pour mourir chez nous. Du jour au lendemain, nous devenions le cadet de leurs soucis. Des parias en quelque sorte, dont le monde s’était lassé, alors que nous pensions en être le nombril.
Au lieu de tomber des nues, nous tombâmes dans l’escarcelle du président Hafez el-Assad, en reconnaissance de la symbolique participation syrienne à la guerre du Golfe. Il faut avouer qu’il avait avancé ses pions avec maestria.
C’est drôle, je me sens un peu comme un hakawati, vous savez, ce personnage qui s’en allait de village en village contant aux enfants réunis à la ronde les aventures du Petit Chaperon rouge et du grand méchant loup, de Cendrillon, de la Belle au bois dormant, du Petit Poucet ou de Robin des bois.
Pour moi, l’Amérique, c’est un peu tout ça, un pays magnifique, des héros imaginaires, flamboyants, protégés du destin, qui ont marché sur la Lune, conquis l’espace. Le pays de toutes les ambitions, de la démesure, de la liberté, de la démocratie.
L’Amérique, c’est aussi un pays fait de chair et de sang, marqué par les tragédies qui ont marqué et bouleversé notre époque, les Kennedy, Martin Luther King, 9/11, nous avons vibré pour leurs causes.
Mais l’Amérique est une chose, ses dirigeants une autre. J’ai toujours en mémoire cette réponse d’un auditeur arabe au journaliste d’une station de radio qui lui demandait pourquoi cette haine tenace qu’il portait à l’Amérique. Réponse : « C’est un pays que j’admire, j’aime son peuple, il est bon, affable, gentil, pieux, serviable, avenant ; il entre immédiatement dans votre cœur. Pourtant, ceux qui le dirigent font de tout pour amener les peuples de la terre à le haïr. »
Ils veulent, semble-t-il, le tout et son contraire. Régenter le monde à leur manière, avec un anachronisme d’une rare perversité, soutenant des dictatures immondes, jouant le frère contre le frère puis, comme dit la chanson, ils vous descendent au fond du puits et coupent la corde, vous laissant vous dépêtrer dans les sales draps où ils vous ont mis.
Nous Libanais en savons quelque chose ; inutile de ressasser le passé, c’est l’avenir qu’il nous faut appréhender. Souraya dans toute sa benoîte candeur sait qu’il n’est pas bon de se trouver entre l’enclume et le marteau.
Si M. Obama entreprend sa petite guerre avec, comme on le prévoit, des frappes ciblées juste pour réprimander M. Assad, coupable (avec le bénéfice du doute) d’avoir gazé plus d’un millier de ses concitoyens, nonobstant les centaines de milliers de morts, la destruction de tout un patrimoine culturel et historique sans pour autant éradiquer le mal à sa source, c’est peine perdue. Même pas une piqûre de moustique.
Par contre, je ne sais pas si M. Obama et les va-t-en-guerre peuvent se payer le luxe d’une guerre à la Vietnam, bien qu’elle aura lieu en terre étrangère. Elle serait quand même ravageuse pour toute la région, les roitelets guérilleros seront les premiers à en faire les frais.
Je n’y comprends plus rien. Allez chère Souraya, venez, prions pour que les Libanais aient assez de jugeote pour se tenir à l’écart, ils n’ont que faire de ce mauvais film.
Une fois n’est pas coutume, mais pourquoi pas ?...
Georges TYAN


Excellent M. Tyan! Bravo! Je partage votre avis a 100 % en tout! Si tous les les Libanais et les Arabes pouvaient voir aussi clair que vous! D'ailleurs, si le grand Ziad Rahbani a cesse de realiser des pieces de theatre aussi geniales les unes que les autres, c'est parce que, je crois, qu'il a du comprendre, assez tot, qu'il n'y aura pas d'issue ou de solution au plan americain dans la region... Dommage! Quel grand penseur et artiste!
13 h 48, le 03 septembre 2013