« Laissons la sécurité à l’armée et aux services de l’ordre, la justice à la magistrature et la politique étrangère au chef de l’État, au gouvernement et à son chef », a affirmé le président. Photos Dalati et Nohra
Le président Michel Sleiman a de nouveau exprimé son opposition à une intervention militaire en Syrie et a réaffirmé les constantes de la politique libanaise.
À l’occasion du 93e anniversaire de la naissance de l’État du Grand Liban, le chef de l’État, Michel Sleiman, a reçu à Beiteddine une délégation de représentants de la société civile, conduite par la députée Bahia Hariri. L’objectif de la visite était de lui faire part de la création d’un fonds des valeurs nationales et de lui demander que le 1er septembre soit proclamé une journée nationale célébrant cet anniversaire (voir par ailleurs).
Dans un discours qu’il a prononcé devant ses visiteurs, M. Sleiman a rappelé les épisodes historiques qui ont abouti à la création de l’État du Grand Liban ainsi que les turbulences auxquelles le pays a résisté depuis, avant d’insister sur le fait que « le Liban ne sera jamais un État religieux, une autocratie ou une dictature ».
« Le Grand Liban n’a jamais été un projet chrétien, mais un projet libanais revendiqué par toutes les communautés », a affirmé le président en soulignant que même si, à l’époque, des compatriotes s’y étaient opposés, « aujourd’hui, l’ensemble des Libanais sont attachés à leur pays comme patrie définitive, après avoir abreuvé sa terre du sang des martyrs de la résistance, de la libération, de la souveraineté, de l’indépendance vis-à-vis du mandat, de l’occupation, de la tutelle et de l’assujettissement ».
Il a ensuite souligné que le Liban a prouvé qu’il est « plus fort que les pays de la région, en dépit de toutes les guerres au Moyen-Orient et de celle qui s’est déroulée sur son sol ». « Le rêve de la Grande Syrie n’a pas réussi à le réduire, les visées israéliennes n’ont pas réussi à l’engloutir, les Libanais ont rejeté le projet de mini-État dans le cadre des projets du Croissant fertile dans les années 40 et 50, ainsi qu’une confédération syro-irako-jordanienne. Ils ne se sont pas entendus sur des projets d’unité arabe dans les années 50 et ont refusé de se laisser entraîner vers des divisions durant la guerre de 17 ans qui avait ravagé le pays. Il a prouvé à raison qu’il est suffisamment grand pour ne pas être englouti et suffisamment petit pour ne pas être divisé. Aujourd’hui, alors que le spectre des scissions menace des pays qui semblaient plus forts et plus grands que le nôtre, le Liban prouve qu’il est plus résistant et plus solide que la plupart des États qui l’entourent, qu’il n’est pas un accident de l’histoire ou une addition géographique », a affirmé le chef de l’État.
Selon lui, « en dépit de toutes les vagues d’intégrisme, le Liban restera un État qui respectera la liberté de croyance sous toutes ses formes ». « Il ne sera jamais un État religieux ou autocrate, ou une dictature, mais un État civil et croyant qui respecte les libertés personnelles et publiques et qui croit dans les valeurs humaines contemporaines. Le Liban restera le pays des composantes communautaires partenaires et non pas celui des majorités écrasantes et des minorités écrasées », a-t-il insisté, en mettant en relief l’importance du rôle assumé par le Parlement « qui, avant d’être l’expression de la démocratie, est le lieu de rencontre entre les communautés et les différents groupes ». « Il est la manifestation officielle de la volonté de vie commune », a relevé M. Sleiman, avant d’estimer qu’un « affaiblissement de sa représentativité ferait perdre au pouvoir sa légitimité et favoriserait l’anarchie. Il a aussi assuré que le Liban ne peut être régi que par la sagesse et non par la force ».
La Syrie doit cesser de bombarder le Liban
Citant ensuite l’imam Moussa Sadr, le président a mis l’accent sur l’importance de l’unité et réaffirmé son attachement à toutes les chartes auxquelles le Liban a souscrit, du pacte de 1943 jusqu’à l’accord de Taëf en 1989 et, plus récemment, à la déclaration de Baabda, en 2011. Il a de nouveau plaidé pour une application de toutes ses dispositions et, plus particulièrement, des articles 12, qui « prévoit la neutralité du Liban par rapport à la politique des axes et aux conflits régionaux et internationaux », et 13 « en rapport avec le contrôle des frontières libano-syriennes et l’interdiction d’une exploitation du Liban pour le trafic d’armes et d’éléments armés ».
Dans le même temps, le chef de l’État a réitéré son appel aux deux parties au conflit en Syrie « pour qu’elles cessent de bombarder les régions frontalières du Hermel, de Ersal, de Baalbeck et du Liban-Nord ».
Toujours sur le dossier syrien, Michel Sleiman s’est dit opposé à une intervention militaire occidentale, « malgré notre condamnation de l’usage d’armes chimiques ». Il a dans ce contexte prôné une solution politique au conflit qui a fait plus de 110 000 morts en deux ans et demi.
Il a ainsi rappelé les constantes de la politique libanaise, en soulignant la nécessité d’œuvrer pour trouver une solution politique au conflit dans le pays voisin, avant d’inviter « l’ensemble des parties locales et étrangères à respecter la neutralité terrestre et aérienne du Liban pour prémunir le pays contre d’éventuelles répercussions d’un acte ou une réaction déterminés ».
Sur un autre plan, il a de nouveau plaidé pour la formation d’un gouvernement « fédérateur, dans les délais les plus brefs » et pour la facilitation de la tâche du Premier ministre désigné, Tammam Salam, à ce niveau.
Non à la sécurité privée
Le chef de l’État a ensuite réitéré son appel à un retour à la conférence nationale de dialogue afin de discuter de la stratégie de défense nationale, sur base du projet qu’il avait présenté aux participants aux assises de Baabda, « afin de pouvoir protéger le Liban et de profiter des capacités de la Résistance ».
Dans le même ordre d’idées, il a appelé au respect du travail des institutions constitutionnelles. « Laissons la sécurité à l’armée et aux services de l’ordre, la justice à la magistrature et la politique étrangère au chef de l’État, au gouvernement et à son chef, sans avoir recours aux moyens de pression, aux accusations et aux menaces lorsque des décisions prises ou des jugements rendus ne sont pas considérés satisfaisants », a poursuivi M. Sleiman, mettant en garde contre la sécurité privée « dont le préjudice aux plans intérieur et extérieur est beaucoup plus important que son effet sur la rue ou le quartier où celle-ci est pratiquée ». Faisant ainsi allusion aux mesures de sécurité appliquées par le Hezbollah, au lendemain de l’attentat meurtrier de Roueiss, il a appelé à une coordination avec les services compétents « sans porter atteinte à la liberté des individus, dont des diplomates ». « Ces pratiques sont d’ailleurs sanctionnées par les lois et leurs auteurs doivent être poursuivis en justice », a asséné le président.
Il a par ailleurs appelé les responsables libanais à ne pas paralyser le travail des institutions par le boycottage du Parlement, estimant qu’il faut poursuivre l’application de l’accord de Taëf.
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10 h 33, le 03 septembre 2013