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Nos lecteurs ont la parole

La dame aux douze étoiles

Sylvain THOMAS
«Les parfums de toutes les fleurs du monde ne remontent pas le cours du vent qui souffle là où il veut, qui les disperse, qui les rend inodores, mais la renommée de l’homme le peut, elle remonte, elle s’amplifie, même au-delà du temps et de l’espace», a écrit un poète inconnu.
Nous pouvons profiter de cette réflexion pour entrer dans le mystère de la fête de l’Assomption de la Mère du Seigneur. Parfums et couleurs sont le langage de l’Orient. Nous avons cette immense tapisserie tissée avec des fils bibliques, symboles ou récits mythiques que Dieu utilise comme langage de ce qu’il veut communiquer à l’homme. C’est le message de saint Jean, celui à qui le Seigneur a confié sa mère au pied de la croix. Il essaie de rendre avec tout l’éclat des couleurs sémitiques le drame gigantesque qui secoue la création depuis ses origines. Avons-nous assez contemplé la Dame, ayant le soleil comme manteau, la lune sous les pieds, et, sur la tête, une couronne de douze étoiles?
La Dame, c’est la communauté humaine, aimée de Dieu. Elle est parée de toute la beauté sidérale, car elle est sortie de la main de Dieu. Elle enfante dans la douleur, car cette communauté a l’habitude de prendre la tangente, peuple de pécheurs, peuple menacé par le mal. Mais le plus glorieux de ses enfants est l’Envoyé de Dieu, le Messie. La Mère et l’Enfant ont fini par écraser la Bête, la même qui avait induit en erreur le premier couple dans le jardin de l’Éden : le serpent, la négation de Dieu et de sa création. La femme de l’Apocalypse est la nouvelle Ève à qui Dieu annonça la victoire. Elle est l’humanité nouvelle. Elle est, à l’intérieur de cette communauté humaine, cette Dame pleine de grâce qui sera la Mère de l’Emmanuel.
Et comment saint Jean ne verrait-il pas en cette Dame «la Mère du Christ»? Aux deux extrémités de la vie publique du Christ, Jean nous présente en effet «la Mère du Christ» à qui Jésus s’adresse en l’appelant Femme, car elle est associée à l’Homme pour commencer et achever son activité d’Envoyée de Dieu, de Celui qui doit venir. Et Marie, en plein Ciel de l’Assomption, est l’Icône du peuple de Dieu, l’image glorieuse de l’Église qui connaît, comme Marie, l’épreuve de la foi, la traversée du désert, la contradiction de la Croix. Comme Marie, l’Église aura son Assomption.
En proclamant en 1950 le dogme de l’Assomption, Pie XII n’a pas voulu trancher cette question librement discutée par les théologiens: Marie est-elle morte? «L’immaculée Mère de Dieu, Marie (toujours Vierge selon l’Esprit et non plus selon la chair d’après les pères de l’Église), a déclaré le pape, et cela après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été enlevée en corps et âme à la gloire céleste.»
La lettre de saint Paul écrite aux Corinthiens, en l’an 56, essaie de nous en donner une explication en nous montrant comment Jésus nous entraîne tous dans sa vie en Dieu, vie de Ressuscité. Marie à ce moment-là aurait dû être encore vivante à Jérusalem. On y voit bien que tout l’effort de la catéchèse des apôtres porte sur le mystère central du salut, la mort et la résurrection du Christ. Il faudra attendre la seconde génération chrétienne pour voir apparaître les germes du culte de la Mère du Seigneur avec les évangiles de l’enfance, à partir de l’an 60.
Saint Paul mentionne que le Christ est «né de la Femme». Il ne voit que Jésus mort et ressuscité pour notre vraie relation avec Dieu Vivant. Mais alors, si le Christ est ressuscité corporellement, tous ceux qui auront cru en lui participeront à sa glorification. Pourquoi n’aurait-il pas devancé pour sa mère l’heure de la gloire? Ne convenait-il pas que celle qui lui a donné la lignée de son sang pour qu’il soit comme nous au milieu des hommes fut la première à le rejoindre là où Il est en Dieu, Ressuscité? La tradition de l’Église de Jérusalem l’a toujours affirmé. Les chrétiens de toutes les générations l’ont toujours cru. L’Église universelle, par la voix du pape, l’a proclamé.
Aujourd’hui, en plein Ciel, Marie chante le Magnificat pour tout ce que le Tout-Puissant a fait par elle depuis le début jusqu’à la fin des temps. Aujourd’hui, Marie apparaît comme le chef-d’œuvre de l’humanité et le témoin de la fidélité de Dieu: «Il s’est souvenu de son amour.» Aujourd’hui se réalise la prophétie de Marie: «Tous les âges me diront bienheureuse.» Et avec Elle, nous sommes tous dans cette bénédiction du Très-Haut.

Sylvain THOMAS
«Les parfums de toutes les fleurs du monde ne remontent pas le cours du vent qui souffle là où il veut, qui les disperse, qui les rend inodores, mais la renommée de l’homme le peut, elle remonte, elle s’amplifie, même au-delà du temps et de l’espace», a écrit un poète inconnu.Nous pouvons profiter de cette réflexion pour entrer dans le mystère de la fête de l’Assomption de la Mère du Seigneur. Parfums et couleurs sont le langage de l’Orient. Nous avons cette immense tapisserie tissée avec des fils bibliques, symboles ou récits mythiques que Dieu utilise comme langage de ce qu’il veut communiquer à l’homme. C’est le message de saint Jean, celui à qui le Seigneur a confié sa mère au pied de la croix. Il essaie de rendre avec tout l’éclat des couleurs sémitiques le drame gigantesque qui secoue la...
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