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Nos lecteurs ont la parole - Hommage À Claire Gebeyli

Une passion mesurée, un feu contenu

Par Amal DIBO
« Il a dit ô femme et qu’il taise ce nom qui ressemble à la braise, à la bouche rouge, à la fraise, il lui suffit qu’il t’ait nommée. »
 Aragon

Claire, voilà bien plus de quarante jours que tu es partie. Les mots s’aimantent, se repoussent, se bousculent et se précipitent. Dans le firmament du verbe résonne ton nom.
Maintenant, il fait « clair » pour toi, de cette clarté dont parle l’apôtre Paul : « Aujourd’hui, certes, nous voyons dans un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui, je connais d’une manière imparfaite ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1 Cor, 13 :12).
Les mots, tant de fois domptés par toi, taillés, refusés, rappelés, sentis, jugés, aimés... te reconnaissent. La poésie, pour toi, c’était aussi un ministère, une urgence, encore fallait-il s’en acquitter avec ardeur, avec un sérieux sacramentel. Celui dont tes aïeux t’ont confié le secret ; tu portais les stigmates de « l’excellence sans excès ».
D’Athéna, tu avais l’allure de déesse, l’autorité responsable et la maîtrise gracieuse ; d’Ulysse tu avais gardé ce don de voguer contre vents et marées à la recherche exigeante du mot juste.
Claire et poète à la fois, tu épelais la lumière au-delà de l’ambiguïté nébuleuse et de la foire de l’esthétique ; il te fallait être « claire », le mot de la passion mesurée et contenue, de cette noblesse qui exige.
Avec une âme de reine, tu t’acquittais des besognes quotidiennes et des responsabilités. Tu t’en chargeais avec l’âme du roi sage de cette République antique dont tu possédais la langue : le grec. Mais si le destin frappait fort à ta porte, tu déversais ton encre bleue en français, toi l’exilée de Corfou et de Constantinople, échouée sur les côtes d’Alexandrie.
Tu t’embarquais à la recherche du mot incandescent, ce n’était pas la perle rare, mais plus exactement « l’unique », celui qui ne permettait aucune distance entre la forme et le fond, aucune trahison, le verbe qui ouvrirait les portes du ciel, le royaume du sens.
Digne et sobre héritière d’une civilisation ruisselante de richesses et de sensualité, tu te retrouvais pieds nus aux portes de l’Évangile, revêtue de cette tunique blanche : les vêtements de lumière des baptisés. « Vous qui êtes baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ. »
Peu t’importait le faste, les rites, l’encens, les couleurs, les formes, rien ne pouvait s’ajouter à la lumière qui rendait l’univers possible pour toi et l’existence supportable : « le verbe s’est fait chair ».
Vestale et poète, orfèvre et servante, tu étais faite de prière. Dans les multiples épreuves de ta vie, tu t’étais rendue : « Qu’il me soit fait selon ta parole » : tu répondais en souveraine. Des profondeurs courageuses ou des enchantements suaves de la culture grecque, tu te retrouvais dans cet amour fidèle et dans cette vision lumineuse des côtes de la Méditerranée, au pied de « la Montagne inspirée », que tu partageais avec Nadia Tuéni et Andrée Chedid.
Un jour où je cherchais à mieux sonder ton être sobre « de feu contenu » et à mieux saisir ta poésie, tu m’as répondu : « Tu sais, j’ai un Maître exigeant. » Déesse antique, tu fus séduite par la bonne nouvelle. Et tu empruntais à l’humour son voile léger pour protéger cette assurance que te conférait ta foi, rencontre directe avec l’amour sauveur.
Sauvée, tu ne te sentais que plus humble. La fierté des humbles de cœur te rendait « Marie » et tu ne pouvais que vaincre. Ta vie toute entière t’as préparée à ce jour de la grande rencontre.
Maintenant, Claire, tu vois « clair » ! Aujourd’hui, alors que nous continuons à regarder dans le miroir, toi, tu vois face à face la beauté ineffable qui sauvera le monde. Ma consolation, c’est que maintenant, « tu es connue et tu connais parfaitement ».
« Il a dit ô femme et qu’il taise ce nom qui ressemble à la braise, à la bouche rouge, à la fraise, il lui suffit qu’il t’ait nommée. »  AragonClaire, voilà bien plus de quarante jours que tu es partie. Les mots s’aimantent, se repoussent, se bousculent et se précipitent. Dans le firmament du verbe résonne ton nom.Maintenant, il fait « clair » pour toi, de cette clarté dont parle l’apôtre Paul : « Aujourd’hui, certes, nous voyons dans un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui, je connais d’une manière imparfaite ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1 Cor, 13 :12).Les mots, tant de fois domptés par toi, taillés, refusés, rappelés, sentis, jugés, aimés... te reconnaissent. La poésie, pour toi, c’était aussi un ministère, une urgence,...
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