La justice égyptienne a prolongé hier la détention préventive du président déchu Mohammad Morsi, décision qui pourrait galvaniser les milliers de pro-Morsi mobilisés à travers le pays et déterminés à maintenir la pression jusqu’au retour au pouvoir du premier président élu démocratiquement du pays. Et ce au moment où la police a annoncé une opération imminente mais « graduelle » contre leurs sit-in. La communauté internationale, qui a multiplié en vain les médiations, redoute une nouvelle effusion de sang dans le pays où des heurts entre pro et anti-Morsi et entre pro-Morsi et forces de l’ordre ont déjà fait plus de 250 morts depuis fin juin. Plusieurs hauts responsables des forces de l’ordre ont indiqué que la dispersion n’interviendrait qu’après un siège et « plusieurs sommations » qui pourraient durer « deux ou trois jours ». Les autorités semblent donc vouloir persuader certains manifestants – barricadés avec femmes et enfants – d’évacuer pacifiquement avant de lancer l’assaut contre les plus déterminés. Le gouvernement intérimaire doit à la fois faire face à la pression populaire qui réclame une dispersion rapide des pro-Morsi et aux appels internationaux à la retenue, a expliqué H.A. Hellyer, chercheur au Brookings Institute. Selon lui, les autorités « vont procéder en douceur », car elles « redoutent une condamnation internationale ».
Faisant fi des menaces, des centaines de manifestants ont toutefois défilé dans le centre du Caire, brandissant des drapeaux égyptiens et des portraits de M. Morsi. Leur cortège s’est avancé jusqu’au quartier de la place Tahrir, épicentre de la révolte de 2011 et des manifestations anti-Morsi qui ont poussé l’armée à son coup de force le 3 juillet. Sur la place Rabaa al-Adawiya, bastion des manifestants pro-Morsi transformé en camp retranché, des dizaines d’hommes casqués et munis de bâtons se sont massés juste après la prière de l’aube sur les barricades de briques et de sacs de sable barrant les entrées principales. Sur une grande tribune sonorisée, leurs responsables se relaient inlassablement pour réclamer la restauration de M. Morsi et la fin du « coup d’État ». Certains défilaient au pas et présentaient leurs bâtons à l’épaule, aux ordres d’un chef, avant d’entamer une série d’exercices physiques. « Nous aurons des martyrs. Le prix à payer sera élevé, mais la victoire nous attendra au bout du chemin », a lancé l’un d’eux.
Nouvel appel à la mobilisation
Les Frères musulmans, l’influente confrérie islamiste de M. Morsi qui avait remporté les législatives un an après la chute de Hosni Moubarak, répètent à l’envi que les sit-in des places Rabaa al-Adawiya et Nahda sont pacifiques. Dans la nuit de dimanche à lundi, à Rabaa, Farid Ismaïl, un cadre des Frères musulmans, avait appelé à occuper « toutes les places du pays » hier pour faire passer le message : « Le peuple égyptien poursuivra sa révolution. » Les Frères musulmans réclament la libération de M. Morsi et des principaux dirigeants de la confrérie arrêtés depuis le 3 juillet, dont certains doivent être jugés le 25 août pour incitation au meurtre. Les opposants à M. Morsi lui reprochent d’avoir accaparé tous les pouvoirs au seul profit des Frères musulmans et d’avoir achevé de ruiner une économie déjà exsangue.
Face à la paralysie du nouveau gouvernement – qui a promis un processus de réconciliation devant déboucher sur des élections début 2014 –, Ahmad al-Tayyeb, grand imam d’al-Azhar, plus haute institution sunnite qui avait apporté sa caution à l’armée le 3 juillet, a appelé dimanche à la réconciliation nationale et qu’il avait invité toutes les parties à venir négocier un compromis.
Commentaire
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