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À La Une - La Chronique De Nagib Aoun

En catimini...

Plus que de bouleversements ponctuels c’est d’un ordre nouveau qu’il s’agit. Progressivement, sur fond de combats sanglants et de déplacements de populations, une carte inédite se dessine dans le monde arabe, les pions des divisions géographiques se déplaçant rapidement sur le damier convulsif qu’est devenu le Proche-Orient.
Alors que les pays arabes sont engagés dans la quête furieuse d’un avenir radieux, une quête qui se déroule dans une arène jonchée de ruines et de cadavres, un bruissement diplomatique commence à se faire entendre, à se frayer un chemin dans les corridors obscurs des grandes chancelleries, comme pour avaliser les nouvelles réalités du terrain.
Des régimes qui tombent, d’autres qui se battent jusqu’au dernier homme et, en arrière-plan, comme dans le secret des alcôves, des contacts politiques sont enclenchés englobant autant les tireurs de ficelles que les exécutants.
Sur le terrain des opérations, c’est bien sûr la Syrie qui interpelle les observateurs avec l’émergence, à partir du chaos, d’îlots communautaires qui remettent en question les accords Sykes-Picot, réactualisent les entités alaouite et sunnite et projettent, de nouveau, au premier plan la « Question kurde » avec l’annonce par les rebelles kurdes de leur détermination à créer un territoire autonome au nord du pays, qui ferait pendant à celui déjà constitué en Irak.
Guerre civile en Syrie, guerre civile en Irak, une Libye qui se désagrège et une Égypte qui tente de sortir du gouffre dans lequel l’ont enfoncée les Frères musulmans, tel est le sombre tableau d’une région vitale pour la paix au Moyen-Orient, une situation explosive qui a poussé l’homme fort des services de renseignements saoudiens, l’émir Bandar ben Sultan, à sortir de sa réserve et à se rendre, sans avis préalable, à Moscou, et incité le nouvel émir de Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, à aller à Djeddah se rabibocher avec le frère ennemi wahhabite.
Des entretiens qui précèdent d’ailleurs des contacts russo-américains à haut niveau annonciateurs, peut-être, d’un « deal » à soumettre aux inévitables négociations entre la rébellion syrienne et le régime de Bachar el-Assad. Une accélération diplomatique qui expliquerait l’intensification des violences en Syrie et les tentatives de percée militaire, chacun des deux camps s’escrimant à marquer des points avant le face-à-face de Genève.
Négociations sur le dossier syrien, mais aussi, comme par enchantement, une relance des contacts entre Israéliens et Palestiniens à Washington avec un « deadline » de neuf mois pour aboutir à un accord.
Pourquoi la reprise du dialogue israélo-palestinien, aujourd’hui même, alors que le monde arabe traverse la crise la plus cruciale de son histoire ? Interrogation légitime qui trouve peut-être sa réponse dans la volonté américaine de trancher rapidement dans le vif à cause même de la dispersion des rangs arabes et des menaces que les rébellions font peser sur la stabilité future de la région.
Sans oublier que dans l’état actuel des choses ni la Syrie ni l’Égypte ne retiennent plus la carte palestinienne en otage, Mahmoud Abbas retrouvant une entière liberté de manœuvre et le Hamas restant à l’écoute d’un Qatar revenu à de meilleurs sentiments... en tout pragmatisme.
Violences d’un côté, balbutiement diplomatique de l’autre, c’est dans ce contexte qu’arrive au Liban le nouvel ambassadeur américain, David Hale, un ancien de la chancellerie à Beyrouth et un expert des questions proche-orientales. Un observatoire de choix pour prendre le pouls d’une situation pour le moins imprévisible... Les obus anonymes tirés sur le secteur du palais présidentiel de Baabda rappelant au diplomate chevronné que le Liban reste le passage obligé des messages piégés.
Des messages à toutes les sauces que le Hezbollah ne se privera pas de délivrer le jour où l’Iran de Hassan Rohani, le nouveau président réputé modéré, décidera de participer directement aux grandes manœuvres diplomatiques. À chaud ou à froid ? Tout dépendra, bien sûr, de la solution qui sera apportée au dossier vital du nucléaire iranien...
Plus que de bouleversements ponctuels c’est d’un ordre nouveau qu’il s’agit. Progressivement, sur fond de combats sanglants et de déplacements de populations, une carte inédite se dessine dans le monde arabe, les pions des divisions géographiques se déplaçant rapidement sur le damier convulsif qu’est devenu le Proche-Orient.Alors que les pays arabes sont engagés dans la quête furieuse d’un avenir radieux, une quête qui se déroule dans une arène jonchée de ruines et de cadavres, un bruissement diplomatique commence à se faire entendre, à se frayer un chemin dans les corridors obscurs des grandes chancelleries, comme pour avaliser les nouvelles réalités du terrain.Des régimes qui tombent, d’autres qui se battent jusqu’au dernier homme et, en arrière-plan, comme dans le secret des alcôves, des contacts...
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