Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

I.- Le « petit » Liban est mort, vive le « grand » Liban !

Albert KOSTANIAN
1943-2013, cela fait 70 ans que le Liban vit un calvaire. Calvaire ? Certainement, et ce en dépit des images d’Épinal que l’on garde aussi de notre cher pays. La mémoire est sélective dit-on, mais le Liban a été beaucoup moins le pays-message de Jean-Paul II, le spleen des baigneurs de la baie Saint-Georges et la fraîcheur d’une voûte entourée de pins verts que le pays de toutes les guerres, celles des nôtres et celles des autres, le pays de la ceinture de pauvreté étouffant Beyrouth, le pays du béton sauvage et de l’émigration en masse. Il faut savoir débrancher les mourants, arrêter l’acharnement thérapeutique pour se rendre à l’évidence : le « petit » Liban, celui que l’on s’efforce à faire vivre depuis des années, est mort ! Et j’en suis soulagé, comme on peut l’être lorsqu’on se débarrasse d’un mensonge de circonstance ou lorsqu’on dresse le bilan pour constater une faillite... qui s’avère salvatrice dans bien des cas.
On a substitué depuis longtemps le Grand Liban, proclamé en 1920, et qui obéissait peu ou prou à une certaine vision, ou du moins à une ambition, par un « tout petit » Liban construit à coups de « tout petits » mythes qui se sont empilés au fil de ses nombreuses crises existentielles. Le premier de ces mythes fondateurs est certainement celui de la démocratie consensuelle dont la logique a été poussée aux extrêmes par la Constitution de Taëf et qui est tout aussi certainement le système politique le moins efficace qu’ait connu la planète depuis la tétrarchie romaine. Ce système a créé une confédération confessionnelle, non territoriale, unique au monde qui fait du Liban un « failed State », une ombre d’État. L’absence de mécanismes favorisant la recherche du consensus, couplée aux droits de veto accordés aux communautés, place le pays dans un véritable cercle vicieux. Ainsi, toutes les assemblées institutionnelles libanaises se sont transformées en conseils tribaux, de taille plus ou moins restreinte. Le Parlement fait figure d’assemblée générale tribale, le Conseil des ministres d’assemblée tribale exécutive, et le Conseil constitutionnel d’assemblée tribale des sages. Et comme le droit de veto est le maître mot de toutes ces institutions, elles tournent toutes dans le vide et restent incapables d’assurer une gouvernance même minimale pour le pays.
Le deuxième mythe fondateur du « petit » Liban dérive malheureusement d’une célèbre phrase d’un homme, pourtant pétri de sagesse. L’imam disparu Moussa el-Sadr a en effet déclaré un jour que « les armes sont les ornements des hommes ». Une bonne partie de la population libanaise s’acharne depuis à prouver sa virilité sous l’œil complaisant de l’État en usant de multiples excuses, plus pernicieuses les unes que les autres. Le Hezbollah en est l’exemple parfait, il s’est d’abord justifié par la volonté de défendre le Liban face aux agressions israéliennes, puis a voulu reprendre les fermes de Chebaa, libérer Jérusalem par la suite, et maintenant défendre la oumma, dont les frontières sont élastiques par construction, et qui engloberait aux dernières nouvelles le régime tyrannique de Bachar el-Assad... Or ce n’est pas pour rien que le monopole de la violence est le premier attribut d’un État et la concession majeure faite par l’État libanais au Hezbollah, mais aussi à d’autres milices, souvent par transitivité, a condamné définitivement une Deuxième République déjà dotée d’institutions tordues. La logique économique, sociale et environnementale mise en place par la classe dirigeante est le troisième mythe fondateur du « petit » Liban, le plus dangereux car dépassant le cadre de la gouvernance générale et s’attaquant aux fondements même de la vie en société et à l’intégrité des individus. C’est l’ultralibéralisme non régulé ou, en d’autres termes, l’anarchie à la libanaise qui est ici accusée.
(À suivre)

Albert KOSTANIAN
Consultant en stratégie économique
Membre du bureau politique du parti Kataëb
1943-2013, cela fait 70 ans que le Liban vit un calvaire. Calvaire ? Certainement, et ce en dépit des images d’Épinal que l’on garde aussi de notre cher pays. La mémoire est sélective dit-on, mais le Liban a été beaucoup moins le pays-message de Jean-Paul II, le spleen des baigneurs de la baie Saint-Georges et la fraîcheur d’une voûte entourée de pins verts que le pays de toutes les guerres, celles des nôtres et celles des autres, le pays de la ceinture de pauvreté étouffant Beyrouth, le pays du béton sauvage et de l’émigration en masse. Il faut savoir débrancher les mourants, arrêter l’acharnement thérapeutique pour se rendre à l’évidence : le « petit » Liban, celui que l’on s’efforce à faire vivre depuis des années, est mort ! Et j’en suis soulagé, comme on peut l’être lorsqu’on se...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut