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Nos lecteurs ont la parole

I.- Sommes-nous heureux ?

Andrée SALIBI
« Place la bonté comme base de ta vie, la justice comme
mesure, la sagesse comme limite, l’amour comme
délectation et la vérité comme lumière. »
Peter Devnov

Nous existons, nous pensons, notre machine corporelle fonctionne. Nous vivons, nous aimons, nous avançons en âge, et chacun suit son chemin. Nous nous attirons de par nos affinités, nous nous séduisons, nous nous disputons, nous nous trahissons... Une multitude d’actions pour une multitude de situations. Un parcours houleux, semés d’embûches, de plusieurs vies qui se touchent, d’êtres qui se côtoient, qui s’attirent, se rejettent, se regroupent et se dispersent. Mais qu’en est-il, tout au long de cette lutte interminable, de notre qualité de vie et de notre capital bonheur ? Cette vie à laquelle nous sommes tous attachés, qui, malgré tous les ennuis que nous subissons, nous captive et nous charme, vaut-elle la peine d’être vécue avec toutes ses imperfections ? Comment l’améliorer sans la compliquer davantage ? Faudrait-il l’accepter telle quelle et se contenter d’apprécier de temps en temps des moments de joie, aussi courts qu’ils soient ?
Nos préjugés sont nos ennemis principaux. Ils nous aveuglent et vont à l’encontre de nos plaisirs. Ils freinent notre bonheur et nous empêchent de voir clair. Comment faire pour vivre sa vie comme nous l’entendons et sans tenir compte des avis des autres ? Ce « qu’en dira-t-on » omniprésent dans notre société est destructeur ; il nous empêche de vivre librement. Et comme la liberté est une condition essentielle pour être heureux, il s’agit donc de modifier notre vision conditionnée des choses, d’oublier nos idées préconçues et de regarder à nouveau avec nos yeux d’enfant.
La vie est plus authentique sans ses aspects perfides. Il faudrait donc supprimer les sentiments qui embrouillent, les déductions rapides qui déroutent, les mépris qui incommodent et les critiques qui empoisonnent. La vie est captivante dans sa simplicité et vaut la peine d’être vécue, avec ses petits plaisirs offerts à tous. Pour qu’elle cesse d’être décevante, supprimons les obligations arbitraires et despotiques et prenons le temps de vivre, de nous faire plaisir.
Et puisque nul n’est parfait, à commencer par soi-même, pourquoi être exigeant avec les autres et rechercher en permanence la perfection ? Notre vision dépend de la qualité de notre regard, et il s’agirait juste de décider de changer notre façon de voir et de devenir tolérant avec les autres pour qu’ils le deviennent à leur tour.
Le monde est devenu cruel, les hommes sont de plus en plus égocentriques, indifférents et tournés sur eux-mêmes. Ils sont matérialistes, terre à terre, indifférents. Ils ne font rien pour le bon fonctionnement de la société. Ils oublient de tendre la main à ceux qui ont besoin d’eux. Ils écrasent sans pitié ceux qui perturbent leurs appétences insatiables.
Hier, les principes et les valeurs humaines caractérisaient et faisaient la fierté des hommes libres ; aujourd’hui, ce sont juste les fortunes qui importent. Un homme est apprécié si la fortune lui est donnée. Comment savoir se détacher de tout ce qui est matériel quand tout est abus et intérêt, quand les valeurs sont modifiées, quand les critères ont changé ? Comment écarter nos colères devant les injustices qui règnent ? Faut-il donc changer notre nature et arrêter d’être entier et honnête ? Ou bien être généreux, ouvrir son cœur pour être en harmonie avec nous-mêmes ?
Les sentiments sont-ils devenus incommodes ? Les amitiés étouffantes qui s’accrochent et monopolisent finissent dans l’amertume. On s’attend à des comportements amicaux de la part des autres et on ne récolte que de l’inimitié. Dieu me garde de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge, avait dit Antigone II, roi de Macédoine (IIIe siècle av. J.-C.). Il faut haïr son ennemi comme s’il pouvait un jour devenir ami, et aimer son ami comme s’il pouvait devenir un ennemi, (Sophocle, Ajax, 678 ;
Ve siècle av. J.-C.). Nous sommes souvent contrariés par les comportements des autres ce qui nous oblige à rester sur nos gardes. Mais si les sentiments venaient à disparaître, la terre serait aride, déserte et sauvage. N’est-il pas plus rationnel de savoir réglementer nos sentiments, les doser pour nous protéger dans un monde devenu indifférent ? Donner mais sans se vider, avoir « le souci de soi » antique pour pouvoir être épanoui et pouvoir tendre la main joyeusement ?
Comment mesurons-nous donc la bonté des hommes face à la violence qui prédomine ? Ces massacres, ces gens qui s’entre-tuent, ces guerres civiles destructives, la souffrance des peuples, ces enfants mutilés dont les images nous hantent, ces femmes brutalisées, ne sont-ils pas les raisons de notre tristesse et de notre mal-en-point chronique ? Comment être heureux et se protéger face à cette inhumanité choquante ?
Si nous évoquions le terme d’« humanisme » dans ce monde où la violence bat son plein, de qui devrons-nous le protéger ? Certains philosophes disent que l’homme est le bourreau essentiel de l’humanisme. Droits bafoués, régimes despotiques, politiciens médiocres, promesses oubliées, victimes innocentes de la circulation, comment savoir malgré tout garder le sourire ? Comment sauvegarder notre propre logique dans ce chaos qui colle à la peau et devient l’image du XXIe ?
Qu’en est-il de ces gestes amicaux qui réchauffent le cœur, de ces sourires radieux qui allègent la douleur, cette oreille attentive, ce compliment sincère et cet encouragement qui réconfortent ? Qu’en est-il de ces mouvements généreux qui soulagent les malades et les démunis ? Le Liban sans ces mouvements caritatifs aurait disparu depuis longtemps. Les Libanaises, les Libanais plus généralement, se dévouent nuit et jour au sein d’œuvres de bienfaisance pour offrir de l’aide à qui le désire. Ils ne baissent pas les bras malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent, ils ne manquent pas d’idées pour récolter les aides précieuses partout où elles se trouvent, pour créer des événements, pour soutenir les familles nécessiteuses. Leurs bonnes actions sont les piliers solides de notre patrie. Leurs rôles sont primordiaux dans le social, délaissé depuis longtemps par les institutions politiques et religieuses. Leur parcours de fourmis laborieuses fait des miracles.
La vie est fugitive et rien ne l’arrête. Elle file à grands pas, avec obstination, contre vents et marées. Souvent, nous sommes déçus et contrariés par le temps qui court. Il s’agit de savoir vivre intensément l’instant présent, malgré tout. Il faudrait se contenter de ce que la vie nous offre. Car les désillusions ne font que compliquer davantage une existence déjà complexe. À chacun de trouver sa propre quiétude pour priser le bonheur, malgré tout ce qui manque, malgré tout ce qui décourage.
(À suivre)

Andrée SALIBI
« Place la bonté comme base de ta vie, la justice commemesure, la sagesse comme limite, l’amour comme délectation et la vérité comme lumière. »Peter Devnov Nous existons, nous pensons, notre machine corporelle fonctionne. Nous vivons, nous aimons, nous avançons en âge, et chacun suit son chemin. Nous nous attirons de par nos affinités, nous nous séduisons, nous nous disputons, nous nous trahissons... Une multitude d’actions pour une multitude de situations. Un parcours houleux, semés d’embûches, de plusieurs vies qui se touchent, d’êtres qui se côtoient, qui s’attirent, se rejettent, se regroupent et se dispersent. Mais qu’en est-il, tout au long de cette lutte interminable, de notre qualité de vie et de notre capital bonheur ? Cette vie à laquelle nous sommes tous attachés, qui, malgré tous les ennuis...
commentaires (2)

Tres bel article Mme Salibi! Cela me rappelle une chanson poignante de Zaz qui est peu connue et qui s'intitule "Eblouie par la nuit" dans laquelle elle dit" "A-t-il vecu sa vie ou l'a-t-il juste r'garder passer?"....

Michele Aoun

14 h 55, le 23 juillet 2013

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Commentaires (2)

  • Tres bel article Mme Salibi! Cela me rappelle une chanson poignante de Zaz qui est peu connue et qui s'intitule "Eblouie par la nuit" dans laquelle elle dit" "A-t-il vecu sa vie ou l'a-t-il juste r'garder passer?"....

    Michele Aoun

    14 h 55, le 23 juillet 2013

  • Ils se reconnaitront dans la sentence de Peter Deunov, qu’ils soient chrétien, frère d’une loge maçonnique, adepte du Dalaï lama, bon musulman… sauf peut-être un mollah ou un intégriste salafiste, ou autre candidat au martyre, pour qui la vie ne vaut rien, mais c’est aussi mettre la barre très haut, tant qu’elle est exigeante moralement, proche de l’impératif kantien, et je dirai même que c’est beaucoup pour un seul homme."Il s’agit de savoir vivre intensément l’instant présent, malgré tout" dites-vous. Bien sûr, il faut savoir vivre les aléas de la vie et supporter la déception aussi bien que l’épreuve, et ne pas chercher à se sauver par des résiliences, en se faisant croire à panser ses blessures qui heureusement nous colleront jusqu’à la mort. "Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts" disait l’autre Allemand. La trahison d’un ami peut être mortelle, et qui vole un œuf, vole un bœuf ; qui trahit un ami, trahit toute l’humanité… Oui savoir vivre et non pas survivre, c’est faire face à toutes les épreuves. "A force d’éviter le pire, ils s’empêchent de vivre" écrivait récemment un romancier à succès. Ô combien il a raison. A lire la suite également avec plaisir…

    Charles Fayad

    11 h 31, le 23 juillet 2013

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