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Liban

Ali, « l’autiste-peintre », a conquis le député français Gwendal Rouillard

Témoignage Cela aurait pu être un conte d’été. C’est pourtant une histoire vraie avec plusieurs héros, Ali Tlais d’abord, le jeune « autiste-peintre », mais aussi Rita Moukarzel (présidente du syndicat des professionnels du graphisme et de l’illustration) qui a déniché son talent et l’a suivi pendant trois ans, Arwa Halawi qui l’a reçu dans son institution pour enfants autistes et qui a fondé l’association consacrée aux autistes libanais, et enfin le député français Gwendal Rouillard qui, entre autres fonctions, préside le groupe d’études-autisme à l’Assemblée nationale française.
22/07/2013

Gwendal Rouillard est député socialiste du Morbihan. Il est aussi secrétaire à la commission nationale française et vice-président du groupe d’amitié France-Liban à l’Assemblée française. Il est venu à plusieurs reprises au Liban entre 2000 et 2006. Son dernier voyage remonte à octobre 2006 lorsqu’il avait accompagné François Hollande qui voulait saluer le régiment français de la Finul. Rouillard s’était promis de revenir au Liban pour contribuer au renforcement de la coopération entre les deux pays lorsque le parti politique auquel il appartient serait au pouvoir. C’est donc dans le cadre d’une mission précise qu’il arrive au Liban.

 

En lisant L’Orient-Le Jour à Paris, il découvre toutefois par hasard qu’un jeune autiste expose ses œuvres à l’hôtel Le Gray. Comme il se sent très concerné par le problème de l’autisme, ayant fondé le groupe d’études consacré à ce dossier à l’Assemblée nationale française, il souhaite voir cette exposition, qui touche à sa fin. Il modifie donc un emploi du temps chargé d’entretiens avec des hommes politiques notamment, pour s’y rendre. Ali Tlaiss et son père sont priés de rester un peu après le temps réglementaire et le député français arrive simplement accompagné d’un ami. Fier de faire l’objet de tant d’attentions, Ali Tlaiss lui explique ses toiles – dont la plupart ont d’ailleurs été vendues. À 22 ans, le jeune autiste a réussi à développer son talent grâce à Rita Moukarzel, qui est chargée dans le cadre du programme de responsabilité sociétale de la compagnie Alfa Télécoms de rechercher les talents des enfants à problèmes. Rita Moukarzel a découvert les dessins de Ali dans le cadre d’une fête de fin d’année à l’institut pour autistes fondé par Arwa Halawi. Elle a décidé d’encourager le jeune homme et de lui donner des cours de dessin. Elle l’a ainsi suivi pendant trois ans et elle lui a organisé trois expositions. Le jeune homme est ainsi non seulement en train de gagner sa vie, devenant quasiment autonome, mais ses performances constituent un message d’espoir pour tous ceux qui comme lui souffrent du même problème et sont souvent considérés comme un poids pour la société et parfois pour leurs propres familles.


Gwendal Rouillard, qui se bat depuis des années pour que les autistes soient intégrés à la société et ne soient pas considérés comme des malades mentaux, a été touché par le témoignage de Ali et par ce qu’il peut apporter à tous les autres qui sont dans son cas mais qui n’ont pas la chance d’avoir trouvé un moyen de s’exprimer et un talent à exploiter. Il précise d’ailleurs qu’en France, une personne sur 150 est autiste alors qu’aux États-Unis, une sur 80 (au Liban sur 88). C’est dire que ce sujet considéré d’abord comme marginal est en train de devenir central. Rouillard affirme que les neurosciences montrent désormais que les facteurs de causalité de cette maladie sont prioritairement génétiques (il y a aussi d’autres facteurs comme l’environnement et l’alimentation) et entraînent un dysfonctionnement d’une zone du cerveau, à cause des synapses. Selon lui, la France a été réfractaire à cette thèse pendant de longues années, privilégiant la thèse des psychanalystes qui assimilaient l’autisme à une maladie mentale. Mais désormais, avec le développement des neurosciences, la thèse du facteur prioritaire génétique est en train de faire son chemin. Elle est désormais reconnue par la ministre française de la Santé actuelle Marie Arlette Carlotti (son prédécesseur, Roselyne Bachelot, était aussi dans cette tendance), à travers le rapport de la Haute Autorité de santé du 8 mars 2012.

 


Briser l’isolement...
Ce dossier est d’ailleurs l’un des rares qui unit la droite et la gauche en France. La thèse du facteur génétique entraîne un changement dans l’approche de ce dossier ainsi que dans les méthodes éducatives. Un diagnostic précoce et un traitement approprié en plus de l’accompagnement familial et spécialisé permettent de traiter l’autisme et de pousser les autistes à devenir autonomes. Cette nouvelle approche ouvre ainsi de grandes perspectives pour les autistes et pour leurs familles, qui peuvent ainsi se libérer de la culpabilité. Aujourd’hui, Gwendal Rouillard se bat pour que cette approche soit généralisée et il a vu en Ali Tlaiss le meilleur exemple de la possibilité d’intégrer les autistes. Pour lui, il est l’ambassadeur des autistes (libanais)... Il s’est donc réuni avec les spécialistes locaux pour discuter de ce sujet et tenter de mettre en place un groupe de réflexion et d’échanges pour ne plus isoler les autistes, constatant avec plaisir qu’au Liban, même si les moyens sont réduits et s’il faut surtout compter sur l’initiative privée, l’autisme est bien perçu, diagnostiqué relativement tôt et bien suivi. Rouillard insiste sur le fait que les autistes sont des êtres humains comme les autres qui ont juste un autre regard sur les choses. Abondant dans ce sens, Rita Moukarzel raconte comment dans un de ses cours à Ali, elle lui a demandé de dessiner la roue de Raouché. Elle s’attendait à un rond et voilà qu’il dessine un trait. Il voyait tout simplement la roue d’un autre angle, plus concret, car les autistes ont des difficultés avec l’abstrait...


La réussite de Ali est un modèle et un exemple. Elle est surtout un message d’espoir. Gwendal Rouillard emporte le dossier avec lui et avec les personnes concernées, il compte étudier la possibilité d’organiser une exposition de Ali à l’Assemblée nationale française, ou encore celle de remettre une de ses toiles à la ministre française de la Santé. « C’est un nouveau dossier pour amplifier nos partenariats avec le Liban », déclare-t-il, définitivement conquis par Ali, ses arbres colorés et ses parterres de pétales roses, qui racontent à leur manière sa soif de soleil et de chaleur.

 

Pour mémoire

Ali Tlaïss, l’autisme en couleurs

 

 

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

MAIS ON S'EN FICHE DE L'AVIS DU FRANÇAIS.

SAKR LOUBNAN

JE SOUHAITE TOUT LE BIEN ET BONNE RÉUSSITE À ALI !

M.V.

C'est normal entre autisme et socialiste sophiste ...il y a des convergences ...

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