Avec cette décision, le parquet d’Udine (Nord-Est) fait glisser le curseur des interrogations d’une affaire de dopage d’apparence classique vers celui d’un fait divers rappelant les descentes de police sur le Tour de France cycliste.
Il ne s’agit plus de savoir si les athlètes se sont dopés – Powell et Simpson ont reconnu avoir été contrôlés positifs –, mais de comprendre comment cela a pu arriver.
Dans cette optique, le parquet d’Udine a donné son feu vert à la mise sous séquestre d’une cinquantaine de boîtes de comprimés, de flacons, de sprays et pommades sans étiquettes ou avec des indications nébuleuses en anglais.
Ces boîtes ont été découvertes lors d’une perquisition des carabiniers de la cellule spécialisée du NAS d’Udine dans la nuit de dimanche à lundi dans les chambres d’hôtel de Powell, Simpson et de leur préparateur Christopher Xuereb.
Comme chaque année, le MVP, la structure d’entraînement coachée par Stephen Francis, était descendu dans un hôtel de Lignano Sabbiadoro qui lui sert de camp de base durant la saison européenne des meetings d’athlétisme.
Guéguerre entre l’agent et l’entraîneur
Powell et Simpson – contrôlés positifs à un stimulant tout comme trois autres athlètes aux sélections jamaïcaines – incriminent des compléments alimentaires mal étiquetés que leur aurait donnés Christopher Xuereb, leur nouveau « physio » depuis quelques semaines. S’ils arrivent à le prouver, ils risqueront peu de choses en termes de sanction sportive.
Le code mondial antidopage prévoit en effet la possibilité d’alléger la sanction en cas de contrôle positif dû à une erreur d’étiquetage, à une contamination par des compléments alimentaires ou une substance administrée par son entraîneur sans qu’il en ait été informé.
Selon la nature des produits retrouvés dans leurs chambres, ils pourraient en revanche tomber sous le coup de la législation italienne à travers l’article 9 de la loi sur le dopage, qui punit à la fois ceux qui administrent des substances dopantes et ceux qui en prennent.
Ce n’est, par exemple, pas le cas en France, où la justice ne peut condamner pénalement que le trafic de substances, non leur usage.
L’entraîneur de Powell, Stephen Francis, a rejeté la responsabilité de cette histoire sur l’agent de Powell, Paul Doyle, coupable d’avoir fait travailler ses athlètes avec Xuereb.
Boîtes analysées
« Ce qui s’est produit est lié à l’agent d’Asafa Powell. C’est lui qui a voulu que cet entraîneur (Xuereb) soit parmi nous (...). J’ai dit “non, je ne veux pas de ce garçon dans mon groupe. Il a une mauvaise réputation, renvoyez-le !” » explique Stephen Francis à La Gazetta dello Sport.
Le quotidien sportif italien évoque hier des liens entre Xuereb et le Canadien Anthony Galea, un médecin du sport qui avait plaidé coupable d’importation de produits médicaux interdits aux États-Unis l’an passé et qui aurait fourni des hormones de croissance à plusieurs sportifs, selon une enquête de la justice canadienne.
Doyle, lui, reconnaît que Powell n’avait pas averti son entraîneur qu’il prenait ces compléments alimentaires.
« Il est évident qu’il n’y a pas d’autres raisons qui expliquent pourquoi il est positif en dehors de la prise de ces compléments », a assuré l’agent au quotidien britannique The Daily Telegraph.
Doyle précise que les athlètes pris en faute et lui-même ne pensent pas que le préparateur était mal intentionné, mais plutôt qu’il ne savait pas lui-même ce que contenaient exactement ces compléments.
Seuls les résultats des analyses pratiquées sur les boîtes mises sous séquestre permettront d’avoir le fin mot de l’histoire.
En attendant, Powell et les autres athlètes ont quitté hier matin Lignano Sabbiadoro, dont Christopher Xuereb était parti dès lundi soir, selon l’agence italienne ANSA.
(Sources : agences)


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