Non pas une voix confessionnelle, empreinte d’une religiosité décatie ou d’une coloration partisane, mais une expression libre, responsable, émanant du souci latent de préserver les institutions fondamentales dont la communauté chrétienne est la garante depuis l’indépendance.
Le Liban, aujourd’hui, est en danger, il est menacé dans son intégrité, dans sa texture fœtale, dans les fondements mêmes de son existence. Le Liban, aujourd’hui, est ouvert à tous les vents, ceux dévastateurs qui nous viennent de Syrie, ceux ignominieux qui nous viennent d’Irak, de la nuit des temps.
Hordes terroristes ou hordes d’illuminés qui crucifient Allah à chaque aventure divine, à chaque expédition punitive : la haine inextinguible, qui ensanglante les rives du Tigre et celles du Barada, franchit impunément les frontières, prend possession des âmes et des consciences et trouve au Liban un terrain fertile.
Un terrain alimenté par la montée en puissance, par la morgue d’un parti chiite surarmé qui s’est constitué un État dans l’État, un terrain nourri par l’humiliation grandissante, par les frustrations profondes ressenties par la composante sunnite du pays, celle qui voit ses coreligionnaires assassinés en Syrie non seulement par les hommes de main du régime honni mais aussi par les miliciens du Hezbollah transformés en redresseurs de torts dans une guerre civile.
Attention danger : arrogance et entêtement d’un côté, déprime et colère de l’autre, tous les ingrédients d’une descente aux enfers sont réunis, les « armes divines » et le terrorisme jihadiste en plus.
Alors que l’État n’arrive pas à se distancier des évènements en Syrie, aussi bien les factions chiites que sunnites prenant fait et cause pour les parties antagonistes, la composante chrétienne du pays est appelée, elle, à se désembourber des alliances pesantes, celles qui, indirectement, couvrent et cautionnent les abus commis par le partenaire musulman.
Pour être plus clair, dans le contexte actuel de montée des tensions intercommunautaires, le Courant patriotique libre de Michel Aoun ne peut pas continuer à proclamer son appui aux institutions, à dénoncer les atteintes à la démocratie tout en maintenant son « entente stratégique » avec un Hezbollah qui s’est placé en dehors de la légalité non seulement en refusant de mettre ses armes à la disposition de l’État, mais en les engageant, hors du cadre de la Résistance, dans des batailles criminelles qui font des milliers de victimes civiles et accentuent la colère sunnite.
Aujourd’hui, plus que jamais, le Courant aouniste est appelé à revoir ses calculs, à redéfinir ses relations avec les autres factions chrétiennes, à contribuer à l’émergence d’un front uni de nature à jouer le rôle de tampon ou d’arbitre face au risque de guerre civile sunnito-chiite.
Un retour au pari initial, au rôle historique que les chrétiens, les maronites plus précisément, ont assumé du fait même de leur engagement pour un Liban qu’ils ont voulu Grand, en association avec leurs partenaires musulmans.
Une démarche qui réconcilierait Michel Aoun avec l’ensemble des chrétiens...et contribuerait à un retour à la raison à l’échelle nationale.


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