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Nos lecteurs ont la parole

Une conférence de salut public

Par George SABAT
Une conférence de salut public s’est tenue récomment à Beyrouth, à l’hôtel Monroe, pour discuter des derniers développements de la sévère crise politique et confessionnelle qui secoue le Liban.
Je n’ai pas eu l’honneur de prendre part a cette conférence, mais j’ai pu en suivre les débats à la télévision. Au cours de ces discussions, un nombre de participants ont, chacun à son tour, exposé son point de vue sur l’État libanais et ce qu’il faudrait faire, à leur avis, pour le revitaliser.
Il ne fait nul doute que l’initiative était méritoire, et il convient de remercier les organisateurs pour l’avoir tenue au moment où il devenait indispensable de faire participer le plus grand nombre possible de citoyens a la recherche de solutions tangibles aux innombrables problèmes auxquels le pays fait face.
J’aimerais, à cette occasion, formuler un certain nombre de remarques.
Les objectifs à court et à moyen terme de cette réunion auraient dû être plus clairement définis au départ. Que voulons-nous exactement en fin de compte ? Est-ce une modification de la Constitution ou un changement du système mis en place pour l’appliquer? Ce point, d’une importance capitale, devrait faire l’objet d’un débat approfondi.
Le plan de travail futur des organisateurs de ce mouvement ainsi que les prochaines étapes envisagées devraient être aussi plus clairement définis, et les participants aux futures assemblées conviés à donner leur avis en la matière.
À l’heure présente, nul n’ignore que l’heure est grave et qu’il est grand temps de « faire quelque chose ». En fait, c’est exactement ce « quelque chose » qui devrait être au centre de nos préoccupations. De quoi souffrons-nous le plus au Liban ? Pour ma part, je serais enclin à citer deux maux essentiels :
– Le manque d’accord entre les dirigeants et les citoyens au sujet des objectifs socio-économiques nationaux qui devraient être poursuivis.
– Le manque quasi total de transparence au sein de l’administration publique. Les citoyens généralement ignorent ce que leurs dirigeants entreprennent ; ils sont, de ce fait, incapables de participer aux réformes indispensables. Est-il nécessaire de rappeler qu’au cours des vingt dernières années, la dette publique libanaise est passée, sans justification aucune, de sept milliards de dollars qui avaient servi a la reconstruction, à 63 milliards aujourd’hui, par suite de l’accumulation des intérêts de retard, sans que les citoyens, aux noms desquels les traites étaient signées chaque année, soient autorisés a donner leur avis ?
Si ces deux handicaps majeurs, dus en grande partie au manque de gouvernance participative, pouvaient être sûrement cernés, j’estime que les Libanais seraient en mesure de faire face plus effecacement aux autres problèmes politiques et communautaires dont leur pays ne cesse de souffrir.
C’est ce décalage entre l’État et les citoyens qui demeure la source de nos maux actuels. C’est lui qui a amené sayyed Hassan Nasrallah à déclarer récemment : « II n’y a pas d’État au Liban. » Outre le fait qu’il ait été, lui-même, ainsi que sa formation, en grande partie responsable de cette situation, il ne fait aucun doute qu’une meilleure communication entre les citoyens et l’État aurait servi à renforcer la légitimité et l’autorité de ce dernier, et à prévenir l’instauration d’un mini-État au sein de l’État. Rappelons-nous le dicton bien connu : « La nature a horreur du vide. »
Il faudrait aussi réaliser qu’à force de dénigrer leurs dirigeants et de se plaindre constamment de la corruption qui sévit dans tous les domaines, les citoyens ont été amenés progressivement, et sans s’en apercevoir, à justifier en quelque sorte cet état de fait. Que de fois, au cours de certaines discussions concernant les institutions nationales, mes interlocuteurs, auxquels je citais le peuple et l’État, m’ont rétorqué : « De quel État et de quel peuple parlez-vous ? Tous deux n’existent pas au Liban. »
Avec de telles conceptions, que peut-on espérer ?
La solution serait donc de rétablir la confiance et le dialogue entre le peuple et ses dirigeants, réclamer de ces derniers plus de transparence dans la gouvernance, et permettre aux deux parties d’identifier d’un commun accord les objectifs majeurs qu’ils devraient s’efforcer d’atteindre ainsi que les moyens à utiliser pour y parvenir.
Une conférence de salut public s’est tenue récomment à Beyrouth, à l’hôtel Monroe, pour discuter des derniers développements de la sévère crise politique et confessionnelle qui secoue le Liban.Je n’ai pas eu l’honneur de prendre part a cette conférence, mais j’ai pu en suivre les débats à la télévision. Au cours de ces discussions, un nombre de participants ont, chacun à son tour, exposé son point de vue sur l’État libanais et ce qu’il faudrait faire, à leur avis, pour le revitaliser.Il ne fait nul doute que l’initiative était méritoire, et il convient de remercier les organisateurs pour l’avoir tenue au moment où il devenait indispensable de faire participer le plus grand nombre possible de citoyens a la recherche de solutions tangibles aux innombrables problèmes auxquels le pays fait...
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