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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Auberge espagnole

Encore un été où l’on ne verra pas de Saoudiens, pas d’Émiratis, pas d’Européens, pas d’Américains, ni de Chinois, ni de Japonais, ni de Russes. Les seuls touristes qu’il nous soit donné de croiser sont des damnés de la terre, plus damnés que nous si cela peut se trouver. Des travailleurs sri lankais, indiens, égyptiens ou pakistanais, et le flot intarissable des réfugiés syriens au visage desquels toutes les portes sont désormais fermées, sauf les nôtres. Comme dans les scènes les plus atroces des guerres médiévales, où des hordes de pilleurs incendiaient les villages et jetaient les paysans sur les routes, femmes, enfants et vieillards, entassés dans des véhicules improbables, traversent nos frontières en rangs désordonnés. Ils ont serré leur peu de choses, parfois une chèvre ou un mouton, leur dernière fortune. Ils sont épuisés de faim et de soif, les bébés pleurent, il y a des malades et des blessés. Dans leur malheur, ils ont bien sûr de la chance, d’abord celle d’avoir survécu.
Mais une vie, c’est parfois bien encombrant pour qui ne sait pas par où recommencer. Pour certains, le Liban était le bout du tunnel. Mais arrivés au bout, ils cherchent le bout du bout. Manger quelque chose, trouver un abri, un minimum d’hygiène, panser ses plaies avant de se mettre à chercher du travail. Sécuriser les plus âgés, soigner les plus faibles, scolariser les enfants. La liste est longue dans un pays qui est loin d’être un eldorado. Du côté libanais, les sentiments sont mitigés entre compassion et inquiétude. Entre solidarité et rejet, fraternité et hostilité. Ici, le statut d’émigré, sinon de réfugié, on ne connaît que trop bien. Comme la difficulté de garder sa dignité quand on a tout perdu et sa moralité quand on est aux abois.
Quand les réfugiés palestiniens sont arrivés en masse, le frêle édifice d’un Liban à peine assuré de son indépendance s’est aussitôt écroulé. Cet épouvantail est encore présent dans nos souvenirs les plus douloureux. C’est la raison pour laquelle l’idée même de fournir des camps à ces populations déplacées, comme cela s’est fait en Turquie et en Jordanie, est insupportable. D’un autre côté, comment gérer cet afflux de misère avec des moyens inexistants ? Certes, la solidarité s’organise et la société civile, presque seule, tente de parer au plus pressé en navigant à vue.
Après, l’histoire ne le dit pas. Comment notre économie va-t-elle se redresser avec les déficits qui s’accumulent, le chômage que personne n’a jamais pu évaluer mais qui touche sans doute le fond, et les désœuvrés qui trouvent mystérieusement leur compte dans la provocation de guérillas meurtrières ? Comment parviendrons-nous à assurer la subsistance d’une population artificiellement gonflée d’un quart supplémentaire en un temps record ? Livrés à nous-mêmes avec un État quasi inexistant, il nous faudra improviser comme toujours. Pourvu que nous viennent de meilleures idées que par le passé.
Encore un été où l’on ne verra pas de Saoudiens, pas d’Émiratis, pas d’Européens, pas d’Américains, ni de Chinois, ni de Japonais, ni de Russes. Les seuls touristes qu’il nous soit donné de croiser sont des damnés de la terre, plus damnés que nous si cela peut se trouver. Des travailleurs sri lankais, indiens, égyptiens ou pakistanais, et le flot intarissable des réfugiés syriens au visage desquels toutes les portes sont désormais fermées, sauf les nôtres. Comme dans les scènes les plus atroces des guerres médiévales, où des hordes de pilleurs incendiaient les villages et jetaient les paysans sur les routes, femmes, enfants et vieillards, entassés dans des véhicules improbables, traversent nos frontières en rangs désordonnés. Ils ont serré leur peu de choses, parfois une chèvre ou un mouton, leur...
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