La réalisatrice Katell Quillévéré et Rémi Bonhomme, coordinateur général de la Semaine de la Critique, au cinéma Métropolis Empire Sofil.
Pour elle, le cinéma est un moyen de créer des liens avec les autres à travers l’émotion qu’il transmet. «Comment raconter une histoire, la communiquer et mettre nos vies à distance pour mieux les affronter, c’est ce que je cherche à faire en réalisant des films. Et si la vie est certes plus importante que le cinéma, ce dernier parvient cependant à capter la vie dans toute son essence.»
Ainsi, dans le récit de Suzanne (coécrit avec Mariette Désert), la cinéaste qui est à son second long-métrage évoque les histoires de femmes qui ont partagé la vie de bandits et de hors-la-loi – «c’est de là où l’histoire est née» – pour aller plus loin et parler des personnes qui gravitent autour de ces femmes-là. Suzanne, interprétée par une lumineuse Sarah Forestier, est une de ces âmes maudites, car malgré l’amour que lui portent ses proches (un fabuleux François Damien en papa veuf, aimant et attendrissant, et sa sœur Adèle Haenel plus vraie que nature) Suzanne va, à cause d’une passion dévastatrice pour un voyou, abandonner parents et enfant qu’elle a eue à seize ans et suivre une voie des plus sombres.
«Il ne nous est pas demandé d’aimer Suzanne, dit Quillévéré, son ambiguïté est parfois insupportable, mais j’ai essayé de l’humaniser et d’inciter les spectateurs à la comprendre. D’ailleurs nos actes sont souvent irraisonnés.»
Est-ce le manque et l’absence de sa mère que Suzanne essaie de combler par cette passion? Est-ce la distance qu’elle tente d’établir avec la grande affection que lui portent son père et sa sœur? On ne saura jamais ce qui a poussé Suzanne à se jeter dans les abysses de cette passion destructrice. Ainsi c’est dans les hors champs (une vie racontée au fil de vingt-cinq ans écoulés) et dans les ellipses – «les moments les plus déterminants dans une vie» – que le spectateur essaiera de se faufiler et d’interagir avec l’histoire.
Suzanne est empreinte de mélodrame et de lyrisme, mais aussi de cruel réalisme. Et si on demande à Katell Quillévéré si elle se prétend d’un courant quelconque, elle répond par la négative, mais avoue par ailleurs qu’elle essaie de mélanger Douglas Sirk et Maurice Pialat. Un cocktail réussi qui a séduit la Croisette et qui continuera à interpeller les amoureux d’un cinéma authentique, narratif et chargé d’émotions.
Le programme du reste de la semaine
Toutes les projections ont lieu à 20h au Métropolis Empire Sofil (Achrafieh), sauf le film 3X3D qui sera projeté au CinemaCity (Dora).
Jeudi 4 juillet
– The Opportunist, de David Lassiter
– Les Rencontres d’après-minuit, de Yann Gonzalez. Avec Éric Cantona.
Vendredi 5 juillet
– Patio, de Aly Muritiba
– The Major, de Yury Bykov. Avec Denis Shevod.
Samedi 6 juillet
– Come and Play, de Daria Belova
– Agit Pop, de Nicolas Pariser
– Ocean, d’Emmanuel Laborie.
Dimanche 7 juillet
– On ne badine pas avec Rosette, d’Aure Atika
– Nos héros sont morts ce soir, de David Perrault.
Lundi 8 juillet (CinemaCity)
– 3X3D, une tentative collective de ces trois cinéastes, Peter Greenaway, Jean-Luc Godard et Edgar Pêra, de réfléchir sur la 3D au cinéma (70 mn, en 3D).
Mardi 9 juillet
– Tau Seru, de Rodd Rathjen
– Le Démantèlement, de Sébastien Pilote.
Mercredi 10 juillet
– Faites l’amour, de Tomer Sisley
– Los Dueños, d’Agustín Toscano et Ezequiel Radusky.
Jeudi 11 juillet
– Salvo, de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.
Information : 01/204080 – www.metropoliscinema.net – www.institutfrancais-liban.com


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