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Jean-Marc de La Sablière, l’ange gardien du Liban à l’ONU

Heyberger évoque les enjeux de la présence chrétienne au Proche-Orient

Vient de paraître « Les Chrétiens au Proche-Orient ».
01/07/2013
Bernard Heyberger n’est plus à présenter, et d’ailleurs son éditeur ne le fait pas dans son dernier opus sur Les chrétiens au Proche-Orient (éditions Manuel Payot). Encore un livre sur les chrétiens d’Orient, serait-on tenté de dire, en cette décennie où, décidément, l’Occident laïc se penche de plus en plus sur leur situation, analysée presque comme un « cas ».
Mais un livre de Bernard Heyberger n’est pas un « énième » ouvrage sur la question. Comme le précise ce directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), dont les classes sont composées d’un public cosmopolite reflétant la diversité de l’Orient, c’est un « texte qui s’inspire des communications présentées dans mes séminaires hebdomadaires à l’EPHE (École pratique des hautes études) et des discussions qui ont suivi ». Heyberger fait d’ailleurs un sort aux motivations des médias et du public occidental qui vouent un intérêt subit à l’Orient chrétien, « comme si les chrétiens orientaux ne pouvaient retenir l’attention de l’Occident chrétien qu’en attirant sa pitié » et « sous l’angle de leur malheur », quand ils sont victimes de violences.
La démarche de Heyberger se veut, quant à elle, une réflexion, en cinq chapitres, sur la perception historique que les différentes Églises d’Orient ont d’elles-mêmes, sur leur rapport à l’État, sur la « délicate question du nombre », sur leurs divisions et leur dispersion diasporique, sur leur relation à l’islam, plus intime qu’il n’y paraît à travers un « partage du sacré », menacé aujourd’hui par les extrémismes de tous bords comme par les formes modernes d’éducation et la rationalisation des modes de vie et de la convivialité au sein des États nationaux.
Tout en exposant les transformations survenues au Proche-Orient, ayant entraîné l’érosion de la présence chrétienne, Heyberger choisit un ton résolument optimiste pour évoquer les capacités d’adaptation des Églises orientales et leur mutation face aux nouvelles réalités démographiques, culturelles et politiques, dans leurs pays d’origine comme dans les pays d’accueil en Occident. Si donc l’émigration est un danger pour la survie de ces communautés, « les chrétiens, avant les musulmans, ont participé au mouvement de la globalisation » et « les Églises du Proche-Orient sont d’ores et déjà des structures mondialisées ». Il n’en reste pas moins que la transformation de territoires auparavant caractérisés par une présence chrétienne millénaire, en vestiges d’un passé révolu, avec changement de noms, résonne douloureusement dans la mémoire collective des chrétiens d’Orient. Ainsi le fait que la « diffusion planétaire » des Églises orientales s’accompagne de la disparition de leur présence dans des lieux emblématiques demeure l’un des grands drames de la chrétienté. Et les divisions internes n’en sont pas la moindre des causes.
Le livre aborde sans concession cet aspect douloureux de l’histoire des chrétiens d’Orient, dont les hiérarchies ecclésiastiques ont conservé « la nostalgie de l’unité et d’un passé glorieux », notamment à travers leurs titres qui renvoient à Antioche, Alexandrie, Ctésiphon, Babylone... L’auteur rappelle que les rivalités entre ces Églises « occupent bien plus de place dans les archives que le conflit avec l’islam ». Cependant, c’est le déchirant dilemme entre État et nation qui marquera un tournant dévastateur dans l’histoire des chrétiens orientaux. La disparition de l’Empire byzantin, d’abord, puis celle de l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale, entraînent un nouveau tracé des frontières « selon des principes plus ou moins arbitraires imposés par les puissances », précise Heyberger, ce qui menace l’homogénéité des Églises. En effet, « les membres d’une même Église se trouvèrent de part et d’autre des nouvelles frontières étatiques » et la constitution d’États-nations aboutit alors à des « nettoyages ethniques » dont les Arméniens, les Rûms et les Assyro-Chaldéens furent les principales victimes. Le XXe siècle, s’est avéré être un siècle des plus meurtriers, ayant entraîné l’affaiblissement et l’émigration des chrétiens orientaux. La création de l’État d’Israël, en 1948, avec le drame palestinien qui s’en est suivi, a compliqué davantage la situation. Si les chrétiens de la région ont été parmi les pionniers de l’antisionisme, s’engageant pour la cause palestinienne, ils ont payé, comme leurs concitoyens musulmans, le prix de l’émergence d’États arabes autoritaires et répressifs.
Face à la crise actuelle du monde arabe, Heyberger analyse les positions des différents chefs d’Églises, copte, orthodoxe, maronite, partagés entre nationalisme et affirmation communautaire identitaire, entre millets et citoyenneté. Dilemme crucial, qui touche aujourd’hui les musulmans du monde arabe eux-mêmes, face au danger de la polarisation confessionnelle sunnites-chiites.
Cet exposé synthétique a ceci de particulier que sa conclusion se veut optimiste et rejette la thèse d’un « inexorable déclin » des chrétiens orientaux. Heyberger souligne le « bouillonnement », cultuel, spirituel, sociétal et économique qui accompagne leur présence. Il rappelle que les véritables enjeux dans cette région demeurent la gestion du pluralisme, la tolérance et le respect de la liberté individuelle, de conscience et d’expression, et la question de la mémoire collective, où le passé est mis à distance grâce à une approche historique sereine. Des enjeux que tout le monde connaît et revendique, qui concernent chrétiens et musulmans, minorités et majorité confondues, et qui figurent sur la longue liste d’attente des aspirations des peuples du Proche-Orient...

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