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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

L’autre plan de bataille

Aucune armée au monde ne peut se permettre de dormir sur ses lauriers, pouvait-on lire déjà dans l’éditorial de mercredi dernier. Pour autant, nul n’attend sérieusement de la troupe régulière, qui a balayé la milice du cheikh al-Assir à Saïda, qu’elle entreprenne, séance tenante, de réduire ou d’éliminer les innombrables cas de sédition armée. Lesquels, non contents de mettre en péril la vie et les biens des citoyens, menacent l’existence même de l’État.

 

Ce sont des défis d’un tout autre genre toutefois – défis politiques, psychologiques, et moraux, formant d’ailleurs un tout indissociable – que se doit de relever, au plus vite, le commandement de l’armée libanaise. Politiques, s’agissant d’une institution militaire censée, par définition, être à l’abri de telles préoccupations ? Assurément. Car dans un pays comme le nôtre où la sécurité interne ne peut être instaurée qu’à l’amiable, où le maintien de l’ordre public doit invariablement être négocié avec les forces de facto, le facteur politique n’est jamais étranger en effet aux moindres évolutions de la grande muette.


Mardi encore, l’armée était saluée de toutes parts : y compris, fait remarquable, par un establishment politique sunnite désavouant fermement les appels au jihad lancés par les formations islamistes mais réclamant néanmoins un exercice impartial de l’autorité étatique. Hier cependant, et sans crier gare, bouillonnait la rue à Saïda comme à Tripoli, dans la Békaa et le Akkar et jusques dans la capitale, une rue désormais rebelle aux chefs sunnites modérés, une rue gagnée, à force de frustrations, à la cause d’un inquiétant agitateur soudain promu au rang de héros, sinon de martyr.


Comment est-on passé si vite de l’une à l’autre de ces situations extrêmes ? Par l’effet des récriminations, témoignages et rumeurs émanant, sitôt retombée la poussière de la bataille, du quartier dévasté de Abra où s’étaient retranchés les disciples du cheikh al-Assir. Par l’effet aussi et surtout (ce qui n’étonnera personne à l’ère d’Internet, Facebook et Twitter) d’images et de vidéoclips repris par nombre de chaînes de télévision et qui illustraient des rencontres d’un type douteux : ici, un milicien arborant un brassard jaune présent sur une position militaire, là un civil à genoux, roué de coups de pied par des soldats.


Si l’armée s’est fort honorablement engagée à châtier les tortionnaires, l’argument qu’elle a invoqué (rien qu’un grossier montage) pour démentir toute participation aux combats du Hezbollah n’a visiblement pas convaincu tout le monde. De même l’évacuation, bien tardive, des appartements qu’occupait la milice à l’intérieur du fief d’al-Assir, et qui étaient à l’origine du furieux débat de Saïda, ne pouvait produire l’apaisement escompté. Dès lors, et pour préserver un capital de sympathie et de soutien funestement écorné hier, c’est sur ce terrain là, celui de la crédibilité et de la transparence que doit se situer, sans aucun délai, son prochain combat.


Cette urgence, l’impératif de stabilité n’est pas seul à l’imposer, puisque s’y ajoute la hantise du vide sécuritaire. Ainsi, il est fortement question pour le Parlement, lequel vient lui-même de s’octroyer une rallonge de service, de maintenir à son commandement le général Jean Kahwagi. À un tel projet s’oppose vivement, comme on sait, le général Michel Aoun, sans doute, affirment ses adversaires, parce qu’il destine à ce poste son propre général de gendre. Il n’empêche que le pays déjà passablement contaminé par le mal syrien se passerait bien d’une guéguerre des étoiles ...

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Aucune armée au monde ne peut se permettre de dormir sur ses lauriers, pouvait-on lire déjà dans l’éditorial de mercredi dernier. Pour autant, nul n’attend sérieusement de la troupe régulière, qui a balayé la milice du cheikh al-Assir à Saïda, qu’elle entreprenne, séance tenante, de réduire ou d’éliminer les innombrables cas de sédition armée. Lesquels, non contents de mettre en péril la vie et les biens des citoyens, menacent l’existence même de l’État.
 
Ce sont des défis d’un tout autre genre toutefois – défis politiques, psychologiques, et moraux, formant d’ailleurs un tout indissociable – que se doit de relever, au plus vite, le commandement de l’armée libanaise. Politiques, s’agissant d’une institution militaire censée, par définition, être à l’abri de telles préoccupations ?...
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