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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

L’œil de la loi

Les Libanais, dans leur écrasante majorité, ne risquent certes pas de regretter l’élimination de la scène de cet inquiétant personnage, aujourd’hui en cavale, qu’est cheikh Ahmad el-Assir. C’est un hommage des plus mérités qu’ils s’accordent à rendre d’ailleurs à l’armée qui a investi en 24 heures son fief de Abra. Ce n’est pas tous les jours, il est vrai, que l’État fait mordre la poussière à l’aberration.

 

Pour l’armée cependant – mais aussi pour le peuple et ses chefs, toutes tendances confondues – ce n’est là, en réalité, qu’une simple étape d’un parcours encore long, tortueux, jalonné d’écueils et de chausse-trapes. À tout saigneur tout déshonneur : piégé comme un débutant aura été el-Assir lui-même. De là en effet où il prétendait faire pièce à un Hezbollah surpuissant, il s’est frotté au mauvais adversaire, agressant de meurtrière manière une troupe régulière excédée de subir, depuis des années, avanie sur avanie. Piégé de même, au demeurant, le parti de Dieu, qui voit partir en fumée, dans le brasier de Syrie, le solde de respectabilité qu’il lui restait dans son capital de champion de la résistance contre Israël.


Dans cette ambiance de délire milicien, le devoir de sagesse, de prudence et de clairvoyance n’en est que plus impérieux pour ceux, tant militaires que civils, qui tiennent en main nos destinées. Explicitement mandatée par le pouvoir politique, l’armée a brillamment passé cette fois le test de l’efficacité et de la cohésion ; et si elle a essuyé de lourdes pertes, c’est bien parce que les soldats ont combattu en soldats, non en miliciens, prenant tous les risques pour épargner, autant que possible, les citoyens terrés dans leurs dérisoires abris.


Il reste qu’aucune armée au monde ne peut se permettre de dormir sur ses lauriers. C’est particulièrement vrai pour la libanaise, l’expérience du passé ayant amplement montré en effet, à Saïda comme à Tripoli, que c’est à force de compromissions et d’opérations inachevées que des situations préoccupantes, mais encore gérables, finissent invariablement par se muer en cauchemar sécuritaire. Autant et même davantage que les responsables politiques, les chefs militaires doivent être conscients du fait que le phénomène el-Assir, pour condamnable qu’il soit, est au fond une réaction funestement sectaire à une entreprise de domination tout aussi sectaire, bien plus ancienne et disposant, de surcroît, de moyens militaires et financiers absolument hors du commun.


Que l’establishment sunnite ait publiquement récusé l’appel au jihad contre la troupe des groupes salafistes, que Saad Hariri soit même allé jusqu’à recommander le maintien à son poste du général Kahwagi atteignant bientôt l’âge de la retraite ne doit pas cacher le très réel, profond et vieux sentiment de frustration dont souffre cette communauté qui s’estime victime d’une politique de deux poids deux mesures. Et qui, comme l’écrasante majorité des Libanais, attend de l’État qu’il s’affirme partout où est défiée la primauté de la loi.


Tout comme la justice, la force publique est tenue d’être aveugle. Aveugle, pas borgne.


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Les Libanais, dans leur écrasante majorité, ne risquent certes pas de regretter l’élimination de la scène de cet inquiétant personnage, aujourd’hui en cavale, qu’est cheikh Ahmad el-Assir. C’est un hommage des plus mérités qu’ils s’accordent à rendre d’ailleurs à l’armée qui a investi en 24 heures son fief de Abra. Ce n’est pas tous les jours, il est vrai, que l’État fait mordre la poussière à l’aberration.
 
Pour l’armée cependant – mais aussi pour le peuple et ses chefs, toutes tendances confondues – ce n’est là, en réalité, qu’une simple étape d’un parcours encore long, tortueux, jalonné d’écueils et de chausse-trapes. À tout saigneur tout déshonneur : piégé comme un débutant aura été el-Assir lui-même. De là en effet où il prétendait faire pièce à un Hezbollah...
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