Le président russe Vladimir Poutine a nommé le numéro deux de la Banque centrale, Alexeï Oulioukaev, ministre de l’Économie,hier. Alexei Nikolskyi/RIA Novosti/Kremlin/Reuters
Vice-président de la Banque centrale depuis avril 2004, Alexeï Oulioukaev, 57 ans, remplace Andreï Belooussov, 54 ans, qui rejoint le Kremlin comme conseiller économique, une fonction peu exposée mais très influente. Ce jeu de chaises musicales est la conséquence de la prise de fonctions hier à la tête de la Banque centrale de Russie (BCR) d’Elvira Nabioullina, jusqu’à présent conseillère économique auprès de Vladimir Poutine. Cette proche du chef de l’État russe prend la tête d’une institution respectée pour son indépendance, mais soumise à une forte pression des autorités, dont M. Belooussov, qui ont mis en cause le niveau élevé des taux d’intérêt dans le ralentissement de l’activité.
Le gouvernement n’attend cette année que 2,4 % de croissance, contre 3,4 % l’an dernier, un niveau qu’il juge insuffisant pour moderniser le pays. « Ce remaniement peut être interprété comme un recentrage de la politique économique autour du président Poutine », dont M. Belooussov est considéré proche, a commenté Ivan Tchakarov, chef économiste chez Renaissance Capital.
Andreï Belooussov était déjà conseiller économique de Vladimir Poutine quand ce dernier était Premier ministre. À ce titre, il a mis au point les mesures de relance pendant la crise de 2008-2009. Devenu ministre après le retour de M. Poutine au Kremlin l’an dernier, il a plusieurs fois brandi publiquement le risque d’une récession en Russie faute de nouvelles mesures de soutien à l’activité. « Le risque de récession existe », a-t-il encore répété lors d’une conférence de presse le 13 juin, tout en soulignant : « Nous pouvons l’éviter. » Il a défendu l’idée de programmes d’investissements publics, qui doivent primer selon lui sur la rigueur budgétaire.
Cette stratégie a été retenue par M. Poutine, qui a annoncé vendredi dernier lors du forum économique de Saint-Pétersbourg un programme de grands travaux pesant 450 milliards de roubles (11 milliards d’euros). Il prévoit notamment la construction d’une ligne à grande vitesse entre Moscou et Kazan (800 km à l’est), la reconstruction d’une route circulaire à une quarantaine de kilomètres autour de Moscou et le développement de la voie ferrée transsibérienne, longue de près de 10 000 kilomètres.
Pour les économistes d’Alfa Bank, la nomination de M. Belooussov montre « que le président Poutine sera davantage impliqué dans les prises de décision sur le plan économique » et présage d’une politique plus orientée vers le soutien de la croissance. Elle a par ailleurs été décrite par une source interrogée par la version russe du magazine Forbes comme une manière pour M. Belooussov de « se rapprocher du chef » dans un contexte où l’équipe de Dmitri Medvedev est de plus en plus critiquée.
Son remplaçant, Alexeï Oulioukaev, faisait figure de favori parmi les défenseurs de l’indépendance de la Banque centrale pour en prendre la tête après la départ programmé de Sergueï Ignatiev. Le choix de Vladimir Poutine s’étant porté sur Elvira Nabioullina, il pouvait difficilement se maintenir à son poste, estimait récemment Forbes. « On peut aussi supposer qu’en retirant Oulioukaev de la Banque centrale, Poutine tente de faciliter la tâche à Nabioullina pour mettre en place une politique monétaire plus souple », a relevé l’économiste Ivan Tchakarov.
M. Oulioukaev a toujours défendu la politique rigoureuse de l’institution, qui a maintenu ses taux d’intérêt à un niveau élevé malgré les critiques au plus haut sommet de l’État des partisans d’une ouverture du robinet du crédit. Ce Moscovite docteur en économie et francophone, qui a fait une partie de ses études à Grenoble, a occupé ses premières fonctions de conseiller au gouvernement en 1991. Il faisait alors partie de l’équipe de l’ex-Premier ministre libéral Egor Gaïdar, père de la « thérapie de choc » qui a converti la Russie postsoviétique à l’économie de marché dans la douleur.
(Source : AFP)

