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À La Une - L'orient Littéraire

Le cerveau de la relation à l’autre

Ancien professeur de psychopathologie à la Sorbonne, Jean-Michel Oughourlian est neuropsychiatre. Il nous fait découvrir dans son dernier ouvrage notre troisième cerveau.

L’ouvrage de Jean-Michel Oughourlian, Notre troisième cerveau – La nouvelle révolution psychologique – m’a paru intéressant à plus d’un titre, notamment dans l’approche qu’il fait du rapport à l’autre. L’auteur fait état de trois cerveaux. Le premier, celui de la connaissance, de l’intelligence, de la motricité, de la sensibilité, du langage et de la mémoire, ainsi que le second, celui des sensations, des sentiments, des émotions et de l’humeur, sont connus. Le troisième cerveau qui est le cerveau de la relation à l’autre est nouveau.

 

L’idée d’un troisième cerveau qui serait celui de la relation, de la réciprocité, du mimétisme, a surgi avec la mise en évidence au début des années 90 d’un appareil neuronal – le système miroir ou les neurones miroirs – qui gère les rapports à autrui en mettant l’être humain en relation prérationnelle avec les autres humains, le rendant capable de « repérer les gestes d’autrui, d’interpréter les actions et les intentions de l’autre, de les comprendre et de les imiter ». Lorsque nous observons un individu accomplir une action, nos neurones s’activent de la même manière que cette personne, et pourtant nous n’accomplissons pas les gestes.

 

Cette altérité qui est le propre de la condition humaine est très difficile à accepter. « Il me semble, écrit Oughourlian, que le malheur de la condition humaine réside dans la difficulté à accepter l’altérité de son propre être, à accepter que le moi est un “autre”, et que cet autre qui me constitue m’est antérieur (…) L’histoire de l’humanité et l’histoire de chacun de nous est celle de nos révoltes contre la reconnaissance de cette altérité, celle de la revendication de notre originalité, de notre antériorité et de la priorité de notre désir sur celui de l’autre qui l’a inspiré, induit, suscité, créé. »

 

Pourtant c’est la propriété mimétique de ce « troisième » cerveau, représentée par les neurones miroirs, qui est à l’origine de l’empathie. Ce terme désigne le processus mental qui permet d’entrer dans l’être même d’un autre et de savoir ainsi ce qu’il pense et ressent. Cette définition est de Jeremy Rifkin qui précise que « contrairement à “sympathie”, qui est passif, “empathie” suggère l’engagement actif : la volonté de prendre part à l’expérience d’un autre, de partager son vécu ». Le troisième cerveau, note Oughourlian, nous a appris l’importance décisive de la réciprocité. Le sourire, l’amabilité, la politesse, dit-il, entraînent en général une attitude en miroir rendant possible sinon agréable la vie en société.

 

Ce troisième cerveau est le cerveau de l’empathie, de l’amour, mais aussi de la haine, car il nous fait voir en l’autre non seulement un modèle, mais aussi un rival et un obstacle. « Si le modèle, écrit René Girard – qui a été un des premiers à mettre en relief le fait que le désir est mimétique, c’est-à-dire “copié”, inspiré, généré, suggéré et produit par le désir de l’autre – repousse le sujet ou s’oppose à “son” désir, le sujet éprouve pour ce modèle un sentiment déchirant formé par l’union de ces deux contraires que sont la vénération la plus soumise et la rancune la plus intense. C’est là le sentiment que nous appelons haine (…) Seul l’être qui nous empêche de satisfaire un désir qu’il nous a lui-même suggéré est vraiment objet de haine. »

 

Comprendre le fonctionnement de notre troisième cerveau nécessite de la sagesse. « Et la sagesse, affirme notre auteur, c’est ce long processus par lequel chacun de nous peut progressivement reconnaître les mécanismes mimétiques dont il est le jouet, surmonter les rivalités mimétiques dont il est prisonnier, écarter même les obstacles mimétiques qui le scandalisent et le sidèrent, pour se diriger vers une situation d’apaisement, d’harmonie et de paix à l’intérieur de lui-même et entre lui et les autres. »

 

Comprendre le fonctionnement de ce troisième cerveau est, je pense, capital pour mettre un terme à la violence qui marque notre rapport à l’autre, cet autre qui nous constitue comme nous le constituons. L’histoire libanaise lue à travers les neurones de ce cerveau serait certainement plus riche d’enseignements que ce livre d’histoire que nous ne parvenons toujours pas à écrire.

Retrouvez l’intégralité de L'Orient littéraire ici.

L’ouvrage de Jean-Michel Oughourlian, Notre troisième cerveau – La nouvelle révolution psychologique – m’a paru intéressant à plus d’un titre, notamment dans l’approche qu’il fait du rapport à l’autre. L’auteur fait état de trois cerveaux. Le premier, celui de la connaissance, de l’intelligence, de la motricité, de la sensibilité, du langage et de la mémoire, ainsi que le second, celui des sensations, des sentiments, des émotions et de l’humeur, sont connus. Le troisième cerveau qui est le cerveau de la relation à l’autre est nouveau.
 
L’idée d’un troisième cerveau qui serait celui de la relation, de la réciprocité, du mimétisme, a surgi avec la mise en évidence au début des années 90 d’un appareil neuronal – le système miroir ou les neurones miroirs – qui gère les rapports à...
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