Une foule immense de chemises noires, des visages fermés, des regards graves, des bras tendus agitant nerveusement des poings serrés pour amplifier la force des slogans guerriers qui sont scandés à tue-tête. Un décorum digne des années 30 ? se demanda-t-il. Il écarta aussitôt cette hypothèse, une telle comparaison le ferait tomber dans une facilité superficielle. Et pourtant, les slogans répétés expriment clairement un certain ethnocentrisme confessionnel ainsi que l’exaltation, sans la moindre modération, d’un sentiment de supériorité par rapport aux autres communautés du pays et de la région. À chaque discours, la foule savoure le déluge de superlatifs positifs qui sont savamment employés par l’orateur pour la flatter, d’autant plus que ces compliments contrastent nettement avec la salve de critiques cinglantes qui les précède, et qui est généralement adressée contre les adversaires politiques. Dans un leitmotiv répétitif et constant, ces derniers sont principalement accusés de trahison, de collaborer et de comploter avec l’ennemi et, dernière nouveauté, d’extrémisme terroriste. L’effet escompté est immédiat et garanti : dans la foule, la haine monte dans les cœurs, les têtes se réchauffent et les passions sont prêtes à se déchaîner. Ce tableau évoqua dans la tête de notre élève, bizarrement et juste pour quelques secondes, les théories sur la propagande développées par Hitler dans Mon combat. Il se rappela notamment la fameuse citation de Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, qui les résumait ainsi : « Il ne serait pas impossible de prouver, en le répétant suffisamment et en maîtrisant la psychologie des personnes concernées, qu’un carré est en fait un cercle. Ce sont des mots, de simples mots, et l’on peut façonner les mots jusqu’à ce qu’ils habillent les idées déguisées. » Mais l’esprit critique du bachelier le rappela à l’ordre : il ne peut s’agir de fascisme, on est au Moyen-Orient et au XXIe siècle.
Et pourtant, notre élève ne tarda pas à remarquer que les participants à cette foule appartiennent à un mouvement politique fondé sur une idéologie rigide et nettement clivante, portant un projet politique d’essence religieuse, confessionnelle de surcroît, qui s’alimente de la victimisation découlant d’une vérité historique transformée en mythe fondateur, et qui voue un certain culte à son guide suprême, dont l’éloignement géographique participe davantage à son aura messianique et mystique. S’agirait-il d’une doctrine politique exclusive, en ce sens qu’elle refuse presque catégoriquement tout ce qui est différent par rapport à elle ? Mais il ne pouvait toujours pas accepter le parallélisme avec ce qu’il venait d’étudier : tout cela n’est que pures coïncidences farfelues.
Puis notre bachelier se souvint que concrètement, en plus de l’intimidation quotidienne et des coups de force saisonniers qu’il exerce contre ses adversaires, ce mouvement politique pratique le sabotage institutionnel comme méthode de conquête du pouvoir. Ce mouvement n’hésite pas à bloquer les institutions à chaque fois que ses intérêts sont menacés (au gouvernement, Parlement, Conseil constitutionnel) et afin d’imposer, de facto, ses choix à la majorité populaire qui lui résiste. Il fit un rapprochement purement intellectuel avec l’épisode de « l’exode de l’opposition nationale » pendant la séance du 9 février 1931 au Reichstag allemand.
(À suivre)


MÊME si les résultats de ces tardives Printanières libano-syriennes sont ce qu’ils sont, que l’on choisisse d’en considérer les promesses plutôt que les menaces. On peut certes dire parfois de la démocratie que "ce n’est pas un dîner de gala, et qu’elle ne peut s’accomplir avec autant d’élégance." ! Mais cela ne devrait décourager personne, car "L’espoir luit comme un brin de chïïïr ou de paille.".... Et, bien entendu, il ne s’agit pas de gommer ici les Fascistes tant intégristes musulma(e)n(t)s et/ou chréti(e)ns que simili-laïcs du paysage printanier de ce "croissant fertile!" n’est-ce pas ? Ils sont bien là et comment, mahééék ? Les modérés comme les fondamentalistes, les doux comme les sévères ; tous Malsains, Niais et Dégueulasses comme à l’accoutumé ; en un éventail d’ambitions plus ou moins affichées et plutôt sournoises ! Ce qui signifie que, pour les Sains Libano-syriens qui n’ont que les vertus démocratiques à la bouche, il faudra faire avec. S’accommoder des ambiguïtés de ce Fascisme tant simili-laïc qu’intégriste, et des raisons pour lesquelles il attire ces fanatiques, comme la bouse les mouches. Certes, il ne faudra pas se laisser duper mais au contraire lutter lorsque ce Fascisme Orientalo-Sous-développé; comme tant d’autres fascismes fanatiques + ou - à son image ; prétendra soumettre l’entièreté de la société à ses diktats, ses dogmes, sa charia, ses bulles et ses fatwas(h)....
12 h 48, le 21 juin 2013