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Nos lecteurs ont la parole

Telle une goutte d’eau qui se perd dans la mer...

Par Rolla AOUN
S’il me fallait décrire le Liban de mon enfance, j’évoquerais en premier la douceur de vivre. Je parlerais de son ciel bleu, de son soleil éclatant. Je fermerais les yeux et retrouverais le calme des villages, le brouhaha des villes... Que de magie dans ces souvenirs! Comme j’étais fière d’habiter Beyrouth à l’époque! On avait l’impression d’être au centre du monde, pris dans un tourbillon étourdissant d’événements sociaux, culturels et religieux, au parfum oriental et occidental.
Tout à coup le sol se déroba sous nos pieds, le mythe disparut. Notre heure de gloire était passée. Nous n’avions rien vu venir. Un long travail de sape s’était fait à notre insu au niveau de tout ce qui faisait notre richesse: les paradoxes, la diversité de cultures, les religions. Ainsi tout s’effondra brusquement et le pays fragilisé entra alors dans la guerre. Une guerre longue, atroce, un cauchemar effroyable qui n’épargna ni les hommes ni les lieux. Incrédule, ressentant l’infini entre ce qu’on avait vécu et ce qui se passait, je crus d’abord naïvement qu’il s’agissait de la guerre des autres sur notre sol. Malheureusement ce n’était qu’une illusion.
Aujourd’hui, de nouveau, telle une goutte d’eau limpide qui scintillerait une dernière fois avant de se perdre à jamais dans la mer, mon pays est là, à deux doigts de sombrer dans un gouffre mortel. Comme un big bang le processus s’est déclenché une fois de plus, sournoisement d’abord, puis éclatant au grand jour sans la moindre pudeur. Les rancunes et les souvenirs de la guerre, maladroitement enfouis, ont émergé, plus virulents que jamais. Le passé est réapparu sans prévenir avec tous ses démons rendus plus forts par notre passivité. Le Liban, dont j’aimais tellement le qualificatif de terre de miel et d’encens, risque de disparaître cette fois-ci, pour toujours. Y aura-t-il une guerre de pouvoirs? Un pouvoir sur un pays appauvri, miné, pourri jusqu’à la moelle, sans le moindre respect des droits de l’homme, de sa dignité, sa liberté d’opinion et de croyance? Une guerre de religion? Les religions auraient-elles donc encore de nos jours un pouvoir illimité sur les esprits? Elles qui devraient souligner en chacun de nous le caractère sacré de la vie et lui donner un sens plus noble, deviendront-elles, au XXIe siècle, des outils de fanatisme et de massacre?
Comme on est loin de la tolérance! Et pourtant,
chaque croyance porte en elle une nouvelle vision, une autre dimension, parfois même un nouveau départ. Cette terre riche du mélange subtil des civilisations, on ne peut pas la perdre. C’est notre lieu de naissance, d’appartenance. Luttons sur «les hauts plateaux de la dignité», disait Martin Luther King. Oui, il nous en faut, de la dignité, du patriotisme et surtout du respect pour les autres. Il nous faut réapprendre les notions quasi disparues d’État et d’institutions et leur importance dans un pays. Dans notre pays, afin que le sang des martyrs, qui engorge la terre en surface, s’infiltre enfin en profondeur, comblant les fissures de la discorde, pour arroser les racines d’un véritable printemps.
S’il me fallait décrire le Liban de mon enfance, j’évoquerais en premier la douceur de vivre. Je parlerais de son ciel bleu, de son soleil éclatant. Je fermerais les yeux et retrouverais le calme des villages, le brouhaha des villes... Que de magie dans ces souvenirs! Comme j’étais fière d’habiter Beyrouth à l’époque! On avait l’impression d’être au centre du monde, pris dans un tourbillon étourdissant d’événements sociaux, culturels et religieux, au parfum oriental et occidental. Tout à coup le sol se déroba sous nos pieds, le mythe disparut. Notre heure de gloire était passée. Nous n’avions rien vu venir. Un long travail de sape s’était fait à notre insu au niveau de tout ce qui faisait notre richesse: les paradoxes, la diversité de cultures, les religions. Ainsi tout s’effondra brusquement et le...
commentaires (2)

Ce texte est touchant... et vous m'avez touchée! Nous devons garder espoir, car l'espoir c'est ce qui meurt en dernier. Nous avions touché le fond et nous ne pouvons que rebondir. Tous nos gros malheurs viennent du fait de l'implantation de cet état étranger à notre région.. qui a fragilisé et rompu nos difficiles équilibres avec l'arrivée des Palestiniens chassés de leurs terres et ensuite les erreurs et le chaos de la guerre et ses conséquences jusqu'à nos jours. Mais nous rêvons encore... preuve que nous avons encore de l'espoir! Bien à vous

Ali Farhat

12 h 59, le 21 juin 2013

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Commentaires (2)

  • Ce texte est touchant... et vous m'avez touchée! Nous devons garder espoir, car l'espoir c'est ce qui meurt en dernier. Nous avions touché le fond et nous ne pouvons que rebondir. Tous nos gros malheurs viennent du fait de l'implantation de cet état étranger à notre région.. qui a fragilisé et rompu nos difficiles équilibres avec l'arrivée des Palestiniens chassés de leurs terres et ensuite les erreurs et le chaos de la guerre et ses conséquences jusqu'à nos jours. Mais nous rêvons encore... preuve que nous avons encore de l'espoir! Bien à vous

    Ali Farhat

    12 h 59, le 21 juin 2013

  • C'est tres joli Madame ce que vous ecrivez, mais permettez-moi de vous dire que vous revez: il n'y aura plus de Liban d'ici quelques annees. Un tiers de la population libanaise sera massacre, un tiers domine par les "nouveaux conquerants" (!) et moins d'un tiers (vu la situation economique catastrophique du peuple libanais super appauvri) va tenter d'emigrer pour la vie.

    Michele Aoun

    17 h 01, le 20 juin 2013

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