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"Le Liban n'existe pas sans les chrétiens..."

Vatican Le cardinal français Jean-Louis Tauran estime que le Liban "va payer la facture" du conflit syrien.
OLJ/AFP
09/06/2013

Le président français du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux Mgr Jean-Louis Tauran a exprimé dimanche son inquiétude quant à la situation des chrétiens au Liban.

Ce pays va "payer la facture" du conflit syrien, "je l'ai dit depuis le début", a déclaré à l'AFP le cardinal Tauran, infatigable promoteur d'un dialogue Eglise-islam sans ambiguïtés, en référence au pays du Cèdre.
"Où vont les réfugiés : les chrétiens chez les chrétiens du Liban, les druzes chez les druzes du Liban, les Alaouites chez des parents (au Liban)! Ce pays a déjà les problèmes des réfugiés palestiniens, de ceux de la guerre civile des années 80, maintenant ceux de Syrie", a ajouté l'ancien ministre des Affaires étrangères de Jean Paul II, en s'inquiétant du développement de "milices de tous poils".

"On a toujours dit : sauvons le Liban pour sauver les chrétiens, et non : sauvons les chrétiens pour sauver le Liban. C'est un patrimoine du dialogue interreligieux et de convivialité", martèle-t-il.

"Le Liban n'existe pas sans les chrétiens. Les chefs religieux libanais l'ont redit à Benoît XVI" en septembre dernier.


(Pour mémoire : Mémoire de Kabbani à Benoît XVI : « Nos relations privilégiées sont notre message au monde »)

Le cardinal, qui avait eu l'honneur d'annoncer à la loggia de Saint-Pierre le 13 mars l'élection de Jorge Bergoglio, souligne que dans l'inter-religieux, "on ne peut dialoguer sur l'ambiguïté".

"Il s'agit de voir ce qui nous sépare et ce qui nous est commun et mettre ce patrimoine commun à disposition de la société".


Le prélat, qui avait invité chrétiens et musulmans à éviter "le choc des ignorances", reprend la formule de Benoît XVI du "combat contre les pathologies de la religion", dont le fondamentalisme.

"On ne peut passer sous silence les conditions souvent discriminatoires que vivent les chrétiens dans les pays à majorité musulmane", plaide-t-il, soulignant que les libertés "d'avoir une religion ou de ne pas en avoir, de se convertir" n'y sont souvent pas garantis.

Ce sont "des sujets sur lesquels on ne peut pas traiter avec nos partenaires", constate-t-il sobrement.


Dans ce contexte, le cardinal Tauran, au regard pénétrant, à la parole pondérée et fine, se montre prudent après les propos d'un conseiller diplomatique de l'université Al-Azhar, Mahmoud Abdel Gawad, qui a assuré qu'avec le nouveau pape ce serait "plus facile" de rompre la glace avec le Vatican, accusant le pape émérite Benoît XVI d'être seul responsable des incompréhensions entre les deux religions monothéistes.

Après l'appel lancé par ce dernier suite à l'attentat contre l'église d'Alexandrie en 2011 à protéger les chrétiens, "l'université cairote avait gelé les relations. J'ai fait plusieurs tentatives de contact mais ça n'a jamais marché. Le problème, ce n'est pas nous. Ceux qui ont gelé les relations sont nos amis musulmans. Chez moi la porte est toujours ouverte", affirme le cardinal de 70 ans.

 
(Pour mémoire : Le monde musulman espère des relations moins tendues avec le pape François)

Le Mur...

Mgr Tauran relève que "la majorité de personnes éduquées musulmanes savent très bien que le pape n'a pas insulté une religion, mais certains en profitent pour dresser un mur".

"Rarement depuis 2007 que je suis à ce poste, mes interlocuteurs ont fait allusion" à ce différend, témoigne-t-il.

L'Arabie Saoudite, selon lui, est "un cas très spécial. Le roi est un grand adepte du dialogue inter-religieux, mais on ne peut avoir une église dans son pays".


En Afrique, particulièrement au Nigeria ensanglanté par les attentats islamistes de Boko Haram, "la violence est importée", selon son analyse.

"J'ai été reçu par les autorités musulmanes d'une manière extrêmement courtoise. J'ai été aussi très impressionné par la qualité des assemblées liturgiques" des Eglises africaines.


Interrogé sur le nouveau pape argentin, le cardinal est "frappé" par son insistance sur la miséricorde. Pour un latino-américain, "le 'corazon' (le coeur) a beaucoup d'importance!"

"Dans les rues de Buenos Aires, j'avais été marqué par tous les gens qui le saluaient, et par sa grande cordialité", se rappelle-t-il.

"Ce pape nous donne beaucoup d'espérance, dit des choses magnifiques". "Mais il y a effectivement le danger de banaliser la parole du pape", ajoute-t-il, au sujet de la médiatisation des homélies informelles quotidiennes.


Jean-Louis Tauran n'oublie pas "cet intellectuel d'une élégance rare" qu'était Joseph Ratzinger : "ce qu'il faudrait faire, c'est étudier son magistère. Un théologien de ce calibre n'est ni de droite ni de gauche".

"Le discours de Benoît XVI en 2011 devant le Bundestag (le Parlement allemand) devrait être enseigné dans toutes les facultés de droit du monde", assène-t-il.

Lire aussi
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Daniel Lange

Bon, je vais faire ma valise alors.

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