J’ai rencontré Raëd Rafei lors d’un atelier de formation de journalistes. Étant un ancien correspondant du Los Angeles Times, il m’a appris certains fondements essentiels de la technique journalistique et m’a fait participer au casting du film qu’il préparait alors avec sa sœur, Rania. Lors de la première entrevue avec elle, j’essayais de décrire la liberté, cet esprit actif et critique, à la fois étonné et défiant, interagissant à l’extrême avec la vie. J’exprimais ainsi toutes les idées restées enfouies en moi lors de mes études à la faculté de droit à l’USJ. Dans le film 74, je trouvais donc ma place dans cette mouvance de la gauche, dont les revendications socio-économiques prenaient toujours un tournant politique. J’interprète le rôle de la jeune étudiante fascinée toujours par « l’autre » et par sa complexité. Je sympathise avec les étudiants de gauche, tente de les comprendre, mais rentre en confrontation avec eux lorsqu’ils décident de transformer le mouvement national de protestation contre l’augmentation des tarifs universitaires en combat pour leur cause politique.
Comment a eu lieu le tournage de « 74 , reconstitution d’une lutte » ?
Il a été précédé d’un long travail de recherche sur la période de 1974 et l’occupation par les étudiants de bâtiments de l’AUB, y compris le bureau du doyen, pendant 37 jours. La recherche a été encadrée par Raëd, avec, en parallèle, des réunions régulières entre les acteurs qui permettaient l’échange d’idées ainsi que le replacement de chaque acteur dans le groupe. Ma relation avec les six autres – presque tous des communistes férus – n’était pas au beau fixe au début, mais elle s’est améliorée lors des dix jours de tournage. C’est la scène du débat virulent entre nous qui laissera éclater au grand jour nos différences, mais aussi notre force partagée. Il faut savoir que toutes les scènes ont été improvisées, et notre jeu n’a été commandé que par des directives succinctes. Le sentiment d’exclusion que je ressentais dans la réalité devait se ressentir dans le débat.
Connaissiez-vous cette période estudiantine ?
Cette période est presque occultée. On s’en souvient peu, bien que paradoxalement plusieurs ouvrages la relatant ont été écrits par des étudiants devenus depuis des intellectuels, des politiques et des historiens. Ce que je retiens est la riche fermentation d’idées parmi les jeunes. Même endoctrinés, ils avaient l’esprit souverain, cohérent et juste. C’est dommage qu’un usage politique sournois ait été fait de ces jeunes engagés pour le Liban, même s’ils avaient choisi de défendre la cause palestinienne. Notre pluralisme attirera toujours les causes opprimées, mais aussi les opportunistes. Cela expliquerait ainsi les déclins de nos révolutions successives. « Le film nous laisse avec la triste impression que les révolutions n’aboutissent jamais », m’avait lancé une dame lors du festival de Florence pour les films du Moyen-Orient. C’est peut-être le problème de notre pays.
Qu’apporte ce film à la jeunesse d’aujourd’hui et croyez-vous que celle-ci soit différente de celle d’autrefois ?
Si la jeunesse d’aujourd’hui bénéficie des leçons du passé, elle demeure, selon moi, moins cultivée et moins préparée que nos prédécesseurs. Nous avons abandonné en route la passion de construire, reconstruire et réinventer notre pays. Les idées se sont ternies. Ce film tente peut-être de revitaliser, si ce n’est l’action, du moins la réflexion.
Vous êtes journaliste à « L’OLJ », et c’est votre première expérience d’actrice. La referiez-vous ?
Oh que oui !


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