Malheureusement, cette neutralité affichée par certains partis politiques n’est pas acceptée par plusieurs autres partis dits libanais. La raison en est toute simple : leur appartenance à des courants totalement étrangers.
Pour que la neutralité ait un sens, il faut noter que l’on a besoin d’abord de se sentir appartenir à une même nation, et en tant que citoyen, être totalement conscient de ses droits et de ses devoirs.
Jusqu’à ce jour, dans une société aussi hétéroclite que la nôtre, le sens de la citoyenneté n’existe pas. En effet, il n’y a pas au Liban des citoyens d’État, mais des citoyens de religions (si l’on peut affilier l’appartenance religieuse à une citoyenneté).
Le concept de citoyenneté ne se forge pas spontanément. Historiquement, il a fallu à beaucoup de pays plusieurs siècles avant que ne s’incruste dans le conscient de leur peuple le sens de leur appartenance citoyenne à un territoire – et encore...
Dans cette mosaïque qu’est notre pays, le concept de citoyenneté est tributaire d’une formation et d’une éducation qui commenceraient au sein de la cellule familiale pour se poursuivre à travers les prêches des prêtres et des imams des mosquées. Il faudra y ajouter une éducation nationale au niveau du primaire, du secondaire et de l’universitaire. Est-on « citoyen pour un Liban » lorsque l’on autorise des étudiants à proclamer sur le campus leur appartenance à des partis politiques, pour défendre des idéologies souvent antilibanaises ? Hors campus, l’étudiant est libre de ses tendances politiques, à tort ou à raison, mais dès qu’il franchit le porche de son université, il se doit de consacrer toute son énergie et son savoir à l’apprentissage.
Tous les discours des partis politiques doivent servir à faire comprendre aux Libanais l’importance de l’appartenance à une société multiconfessionnelle où prévaut le sens du respect de l’autre, de ses traditions et des événements qui accompagnent la vie religieuse et civile de chaque communauté. Tant que ce système ne sera pas établi, il n’y aura jamais de citoyen.
D’autre part, neutralité ne veut pas nécessairement dire laïcité. Si le concept de neutralité finissait par être accepté, il pourrait alors engendrer, dans un second temps la laïcité.
Quoi qu’il en soit, la maturité politique des Libanais est encore loin de leur permettre de comprendre le sens de la neutralité car si moins de 50 % d’entre eux la conçoivent, il manque à l’autre moitié la prise de conscience du sens de la neutralité.
On doit toujours rêver...
Fouad J. TABET

