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À La Une - La Situation

Liban : Salam formerait son gouvernement avant l’échéance du 15 mai

Le Premier ministre désigné reste attaché aux principes qu’il a définis dès le départ, notamment le refus du tiers de blocage réclamé par le 8 Mars.

Le Premier ministre désigné Tammam Salam.

Les apparences sont souvent trompeuses, mais dans le cas présent, force est de relever que quelque chose semble bouger au niveau des tractations en cours en vue d’aboutir à une nouvelle loi électorale qui puisse bénéficier du plus large soutien possible dans les milieux politiques locaux. Et sur ce plan, les différentes factions sont engagées dans un véritable sprint final du fait que le chef du législatif, Nabih Berry, a officiellement convoqué la Chambre à une séance plénière le 15 mai pour trancher le débat sur la loi électorale.


À l’évidence, l’on assiste depuis plusieurs jours à une intensification des démarches visant à aboutir à un consensus d’ici au 15 mai. La réunion de Meerab, qui a groupé lundi dernier le leader des Forces libanaises, Samir Geagea, le ministre Gebrane Bassil et M. Élie Ferzli, a été suivie hier d’un entretien que ce dernier a eu dans la matinée avec le député Samy Gemayel, coordinateur du comité central du parti Kataëb. Parallèlement, M. Geagea avait eu en début de semaine un long entretien au téléphone avec le leader du courant du Futur, l’ancien Premier ministre Saad Hariri, tandis que l’archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, délégué par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, conférait ces derniers jours avec M. Berry, le chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, et le ministre joumblattiste Waël Bou Faour.


De source digne de foi, on indique que Mgr Matar a été chargé par le patriarche maronite de transmettre aux principaux pôles d’influence du pays un message dont il ressort que Bkerké prône désormais le principe d’une loi électorale bénéficiant du plus large soutien possible, ce qui implique qu’il ne saurait être question pour le patriarcat maronite d’accepter une formule ne bénéficiant pas de l’appui des composantes sunnite et druze. Et c’est dans ce cadre que les Forces libanaises et les Kataëb ne seraient plus disposés à voter le 15 mai en faveur du projet du Rassemblement orthodoxe s’il devait être soumis au vote à l’Assemblée. À la lumière de cette position adoptée semble-t-il, selon la source précitée, par les FL et les Kataëb, les tractations se sont intensifiées afin de tenter de dégager un terrain d’entente entre les parties chrétiennes, d’abord, et entre celles-ci et les autres composantes communautaires, ensuite. Cela explique la réunion-surprise de Meerab entre Samir Geagea et Gebrane Bassil et entre Samy Gemayel et Élie Ferzli, hier, l’objectif étant de remonter jusqu’au plus haut sommet de la pyramide politique pour accélérer la marche vers un accord sur une formule consensuelle.


La partie n’est évidemment pas gagnée d’avance et beaucoup de chemin reste encore à parcourir afin d’aplanir les inévitables divergences portant sur le découpage des circonscriptions. La situation à cet égard est rendue encore plus complexe par les manœuvres de certaines factions du 8 Mars qui lient le dossier de la loi électorale aux efforts visant à former le nouveau gouvernement de Tammam Salam. Cela explique notamment la position en flèche adoptée hier par M. Berry qui s’en est pris violemment aux « centristes », plus particulièrement à ceux qu’il a accusés d’adopter une posture centriste alors qu’en réalité leur positionnement, selon lui, est bien connue de tous. L’allusion au Premier ministre désigné Tammam Salam est à peine voilée... La source susmentionnée précise à ce sujet que cette attitude adoptée par le chef du législatif est motivée par la volonté de M. Berry de faire de la surenchère au sujet de la composition du futur cabinet Salam de manière à obtenir des acquis au niveau de la loi électorale.


Une telle manœuvre paraît se heurter toutefois à la détermination de M. Salam qui reste fermement attaché, toujours selon la source précitée, à sa position de principe concernant la formation du nouveau gouvernement, à savoir le rejet catégorique du tiers de blocage réclamé par le 8 Mars et le refus de nommer des ministres qui soient candidats aux prochaines élections législatives. Le Premier ministre désigné aurait donné 48 heures au 8 Mars pour donner sa réponse définitive au sujet de la proposition qu’il a faite concernant la composition du gouvernement, en l’occurrence l’octroi d’un tiers des portefeuilles au 8 Mars, un tiers au 14 Mars et le troisième tiers au bloc centriste composé du président Michel Sleiman, de M. Salam et du chef du PSP, Walid Joumblatt. Cette approche est rejetée par le 8 Mars qui nie à M. Salam son caractère centriste et indépendant, affirmant qu’il est issu du 14 Mars. Ce point de vue n’est toutefois pas partagé par le PSP, le ministre Waël Bou Faour ayant souligné hier que la répartition proposée par le Premier ministre désigné est « juste et équitable, de sorte qu’elle devrait être acceptée ».


La position joumblattiste à ce propos renforce sans doute M. Salam dans sa conviction selon laquelle il est devenu impératif pour lui de mettre sur pied son gouvernement avant l’échéance parlementaire du 15 mai. Un tel délai pourrait faire pencher la balance en faveur d’un cabinet de fait accompli ou une formule de technocrates, d’autant que le processus de formation du gouvernement a été rendu encore plus complexe par les effets de l’implication du Hezbollah dans les combats en Syrie. Le député Nohad Machnouk, l’un des ténors du bloc parlementaire du Futur, a ainsi déclaré hier sans détours qu’il ne saurait être question pour le courant haririen de participer à un gouvernement aux côtés du Hezbollah si le parti chiite ne retire pas au préalable ses miliciens du champ de bataille en Syrie.


En tout état de cause, le temps presse. Et pour cause : la phase de transition que traverse actuellement l’exécutif est en effet mise à profit par les ministres aounistes, notamment, afin de tenter de marquer des points sur le plan médiatique et politicien en se livrant à toutes sortes de gesticulation d’ordre clientéliste. Car malgré tout, les élections ne sont peut-être pas très loin...

 

 

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