Conscient du caractère dangereux de la situation et de la possibilité de plus en plus plausible d’un vide institutionnel global s’il n’y a pas d’accord sur la loi électorale, notamment avec la fin du mandat du Parlement le 15 juin et l’impossibilité de former un nouveau gouvernement, le patriarcat maronite a lancé une initiative pour presser les différentes parties à s’entendre sur une loi électorale qui serait juste et équitable pour tous. L’idée d’une loi qui bénéficierait d’une majorité chrétienne seulement ou l’inverse a été écartée, dans la mesure où cela ébranlerait sérieusement les fondements du vivre-ensemble et de l’unité nationale.
Si Bkerké parvient à générer un accord sur une loi satisfaisante pour tout le monde ou, par défaut, bénéficiant d’une majorité aussi bien chez les parties musulmanes que chrétiennes, il sera alors possible de former un cabinet d’indépendants en l’absence d’un accord sur un gouvernement d’union nationale. Par contre, si les efforts du patriarcat ne sont pas couronnés de succès, le président Sleiman ne laissera pas le pays sombrer dans le chaos et le vide total, surtout à l’ombre des possibilités d’extension de la crise syrienne au Liban. Le chef de l’État, en accord avec le Premier ministre désigné, est ainsi déterminé à voir formé un cabinet homogène de politiques réputés pour leur indépendance, leur droiture et leurs aptitudes, à même de faire face aux développements potentiels qui pourraient secouer le pays. D’autant que le chemin vers un cabinet d’union nationale est semé d’embûches : au-delà des sempiternelles divergences sur la répartition des proportions et des portefeuilles au sein du cabinet entre le 14 Mars et le 8 Mars, des clivages plus importants se profilent déjà à l’horizon, notamment sur la déclaration ministérielle. L’option d’un cabinet d’union nationale signifierait la nécessité d’un accord préalable sur la déclaration ministérielle ; sinon, un conflit ultérieur qui pourrait déboucher sur une crise ministérielle paraît inévitable. Et la crise ne sera pas que ministérielle, mais pourrait se transformer en crise de régime, soulignent certains pôles du 8 Mars, qui laissent entendre que le vide menacerait aussitôt non plus seulement la Chambre des députés et le cabinet, mais aussi... la présidence de la République.
Une fois de plus, c’est le fameux triptyque « peuple-armée-résistance » qui risque de tout bloquer si l’on se dirige vers un cabinet d’union nationale, au cas où le Hezbollah tenterait à nouveau de chercher à l’imposer dans la déclaration ministérielle. Le 14 Mars ne veut plus en entendre parler, à la lumière des expériences du passé. Mais il y a désormais plus grave que la formule sacrée du Hezbollah, en l’occurrence sa participation aux combats en Syrie, en violation de la déclaration de Baabda. Partant, le cabinet se retrouverait immédiatement piégé, dans la déclaration ministérielle, sur l’attitude à adopter vis-à-vis de la crise syrienne.
C’est pourquoi il est plus que jamais nécessaire d’opter pour un cabinet homogène formé de politiques neutres, afin que ce dernier puisse être productif et soit capable de se dédier aux priorités du citoyen, dans le cas où il s’avérerait impossible de parvenir à un accord sur une loi électorale. Un tel cabinet neutre placerait aussitôt tout le monde devant ses responsabilités... y compris les députés, qui réfléchiraient peut-être aussitôt à la nécessité d’accepter la moins pire des solutions plutôt que d’affronter le pire avec l’avènement du vide global.


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