À une collaboratrice française que je vois une fois l’an – quoi se dire quand on ne se voit qu’une fois l’an – je demandais bêtement si elle avait des projets de mariage, la sachant inséparable de son compagnon depuis au moins une décennie. Se marier... m’a-t-elle répondu, retenant mal une certaine condescendance. Se marier ? Ça signifie peut-être encore quelque chose dans ta culture.
Or, dans ma culture justement, la saison des mariages est aux portes. Les couturiers ne savent plus où donner de la tête. Les essayages, à grand renfort de climatisation, vont tambour battant. Ne parlons pas du débordement des fleuristes, traiteurs, DJ et autres animateurs, et tout le petit peuple qui fait son blé de cette industrie apparemment désuète, je viens de l’apprendre. Au Québec où la plupart des églises ont été reconverties en musées, des étudiants m’ont même affirmé que l’apparition d’une mariée sur un parvis est si exotique que tous les passants se bousculent pour assister au spectacle. Le mariage n’intéresserait plus que les homosexuels, vu qu’ils en ont longtemps été exclus.
À l’évidence, avec le recul de l’autorité, qu’elle soit parentale, religieuse ou nationale, les gens qui s’aiment n’ont plus besoin de faire sanctionner leur relation par qui que ce soit. Dans mon enfance, j’entendais murmurer que telle « artiste » avait été excommuniée pour avoir divorcé. Ou que telle jeune fille avait été « enlevée ». On imagine la terreur qu’inspire un tel mot. Les images qui vous envahissent, la frêle petite chose bâillonnée, ligotée, peut-être même enfermée dans un sac, bouclée dans le coffre d’une voiture et emportée au loin. On comprendra plus tard que, fuyant la colère paternelle, en général celle du père de la fille, les amants s’enlevaient l’un l’autre par consentement mutuel, et partaient main dans la main en gambadant par les collines au soleil couchant. En revanche, quand le mariage était convenu, souvent arrangé, la liesse collective était fixée pour l’éternité sur des kilomètres de pellicule. La famille de l’un, la famille de l’autre, les deux clans ensemble, séparément, se jaugeant sur les marches, s’observant en douce de part et d’autre de la pièce montée, et puis elle, le souffle court, prisonnier du corset, yeux de biche affolée qui s’efforcent de retenir la larme et le rimmel. Et lui, godiche, endimanché, affichant une fierté de circonstance mais n’en menant pas large. Et tous ces gens qui attendent sur le balcon le passage du cortège, les femmes qui poussent des youyous, lancent du riz en pluie et des pétales de roses. Allez, on se fend d’une petite rotation de la main, on sourit pour faire plaisir, on comprend bien qu’il ne s’agit pas de soi. Le mariage n’est pas une affaire privée, c’est les oignons de tout le monde, voilà pourquoi c’est « so » 20e siècle.
La ville est amorphe. On ne survit pas sans dommages à proximité d’un des conflits les plus violents qu’ait connus la région. Les touristes boudent. Arrangé, religieux, civil, pour tous, qu’importe, le mariage est cette saison un devoir national, une contribution au salut économique. Pour l’union libre, on verra plus tard.
Or, dans ma culture justement, la saison des mariages est aux portes. Les couturiers ne savent plus où donner de la tête. Les essayages, à grand renfort de climatisation, vont tambour battant. Ne parlons pas du débordement des fleuristes, traiteurs, DJ et autres animateurs, et tout le petit peuple qui fait son blé de cette industrie apparemment désuète, je viens de l’apprendre. Au Québec où la plupart des églises ont été...


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