En l’an de grâce 2006, suite à une réaction haineuse et disproportionnée d’Israël (une de plus) détruisant les infrastructures du Liban et causant d’énormes pertes en vies humaines, Hassan Nasrallah faisait son mea culpa : « Si j’avais su ! » Une réaction immediate de l’État libanais appuyé par l’ONU et la Finul aurait été possible et cohérente. Mais le manque de vision, la peur, l’irresponsabilité, la langue de bois débouchaient sur la meurtrière trilogie « armée-peuple-résistance ». Et voila que le Hezbollah reprenait sa course éffrénée au réarmement massif et de plus en plus sophistiqué, en même temps que le contrôle exclusif de la banlieue sud – son cadeau iranien – où même l’armée libanaise était interdite d’entrée sous peine de mort. On y dissimulait assassins, repris de justice, faux-monnayeurs, terroristes de tous poils et contestataires de décisions internationales. Ahmadinejad en visite il y a quelque temps dans son fief pleurait d’attendrissement en constatant que son vassal était plus loyal et polyvalent que ses propres gardiens de la révolution islamique. Le Liban souverainiste et présumé maître de ses décisions devenait – de concessions en compromissions – théorique. Ainsi, comme le disait un général célèbre, « toutes les défaites se résument en deux mots : trop tard ». Aujourd’hui le désordre est partout et la République nulle part.
Dans un article publié par L’Orient-Le Jour en date du 12/5/2009 intitulé « Pensées et arrière-pensées ; mythes et défis d’une résurrection » nous avions reproduit la déclaration sans ambages de Hassan Nasrallah lors de l’anniversaire de la première « victoire divine » le 14 août 2007, faisant allégeance (al-waad al-sadeq) à l’Iran : « Quelle est la force en nous ? Quel est le secret du Hezbollah ? La puissance est dans l’obéissance à la Wilaya de Khamenei. Le secret de notre force, de notre croissance, de notre unité, de notre lutte et de notre martyre est dans la wilayat al-fakih, la moelle épinière du Hezbollah. »
La doctrine de la wilayat al-fakih est la centralité de l’Iran où le chiisme et la religion d’État sont intégrés à la Constitution de la République islamique.
Nous avions également souligné la démagogie et le folklore politique grégaire et dérisoire du général Aoun, consacrés par le document d’entente signé le 6 février 2006 par lui et Hassan Nasrallah. Ce document résultait d’une convergence d’intérêts ponctuels et personnels. « L’ambition présidentielle d’un leader chrétien séduit par le large électorat chiite rencontrait de ce fait le désir hégémonique d’un Hezbollah en quête de légitimité nationale, et de soutiens parlementaires transcommunnautaires », écrivait en mars 2008 Beltram Dumoutier de l’Institut d’études politiques de Paris.
Dans un autre article du 11/11/2009 – « Le devoir de vérité » – nous avions insisté sur la neutralité du Liban : « Le Liban ne retrouvera sa vocation, sa raison d’être que s’il reste dans une neutralité positive – acteur et non plus spectateur – le creuset où doivent se rencontrer dans la diversité, le respect et la paix, les trois religions monothéistes, toutes égales en droits et devoirs. Nous nous devons d’être le modèle à suivre par les pays qui nous entourent bâtis sur le fanatisme, le racisme, la violence et tentés par le terrorisme. »
L’outrage ultime à la République aura été le coup d’État du Hezbollah – allié au CPL – qui n’a jamais cessé de tromper les Libanais sur ce qu’il est comme sur ce qu’il fait. On ne voyait que ce qu’on voulait voir. On tergiversait, on palabrait autour de tables multiformes, on mentait effrontément, on repartait à Canossa, on rusait... pour se retrouver finalement sonnés et désarmés devant le moment où l’explosion du Liban n’est plus seulement une vue de l’esprit.
À présent, bas les masques ! Nous avons besoin d’un immense ras-le-bol de raison et de cœur : une révolution, celle du Cèdre, inachevée, à actualiser.
Le peuple, toutes confessions confondues, doit exiger deux constantes incontournables : la neutralité du Liban noyé dans un environnement où règne un contagieux chaos ; et le retrait de toutes les armes existantes sur nos 10 452km2 avec l’aide de l’ONU et de la Finul (armes d’ailleurs généreusement fournies par des amis-qui-nous-veulent-du-bien).
Il ne peut pas – il ne doit pas – y avoir d’alternatives édulcorées.
Nous devons romper irréversiblement avec la pollution mentale, l’ambiguïté et le mensonge pour tracer une politique claire et arrêter une stratégie sans bavures. L’heure n’est plus à la ruse mais au courage et à la mobilisation générale. Nous devons peser sur l’événement et forcer le destin. À défaut nous serons broyés par l’histoire.


Votre article est tres interessant M. Edde. Mais, malheureusement, vu les multiples clivages politiques et confessionnels existant parmi les differentes communautes libanaises depuis la nuit des temps, ainsi que toutes les ingerences etrangeres dans notre petit pays dechiquete, je crois que, comme vous le dites si bien, "nous serons broyes par l'histoire"....
09 h 52, le 08 mai 2013