Khouloud Succariyeh et Nidal Darwishe, premier couple ayant contracté un mariage civil au Liban.
Le Conseil des ulémas musulmans a dénoncé hier, dans un communiqué, l’enregistrement par le ministre libanais de l’Intérieur Marwan Charbel du premier mariage civil au Liban. « C’est une violation flagrante de la Constitution, des lois sur le statut personnel et des autres lois » portant sur cette question, indique le communiqué. « Il s’agit d’un défi lancé à l’islam, aux musulmans et au système. »
Le Conseil des ulémas a appelé M. Charbel à « revenir immédiatement sur sa décision qui menace la famille musulmane ». Le conseil a également exhorté le gouvernement et les instances religieuses du pays à rejeter immédiatement cette « décision dangereuse » et à saisir la justice.
Quant aux imams du pays, ils sont appelés à mobiliser l’opinion publique, à la mettre en garde contre les dangers du mariage civil et à préparer les Libanais à une éventuelle mobilisation.
Relancé par Nidal Darwiche et Khouloud Succariyeh, le couple mixte chiite et sunnite qui s’est symboliquement marié civilement le 10 novembre 2012, le débat sur le mariage civil a récemment gagné en ampleur au Liban. Le 25 avril, M. Charbel a enregistré leur contrat de mariage civil, une première au Liban, après trois mois de concertations et plusieurs avis juridiques favorables. Le mariage civil au Liban bénéficie en outre du soutien inconditionnel du chef de l’État Michel Sleiman et du ministre de la Justice Chakib Cortbaoui.
Le 28 janvier dernier, le mufti de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, avait affirmé que « tout responsable musulman approuvant la légalisation du mariage civil sera considéré comme apostat et traître à la religion musulmane ».
Quelques jours plus tard, les instances religieuses chrétiennes s'étaient, elles aussi, exprimées sur la question. « Le patriarche maronite, Béchara Raï, a déjà fait part de son avis sur le sujet et la position de l’Église est claire : seuls les non-croyants doivent avoir recours à ce genre de mariage », avait déclaré le responsable média du siège patriarcal de Bkerké, l’avocat Walid Ghayad.
Interrogé par le site Nowlebanon sur la légalité de l’enregistrement du mariage de Nidal et Khouloud à la direction de l’état civil, l’ancien président du Conseil d’État, Youssef Saadallah Khoury, a précisé que la signature du ministre démissionnaire, Marwan Charbel, de la formalité relative au contrat de mariage des deux nouveaux époux « fait partie des affaires courantes » que M. Charbel peut expédier. Cet acte administratif a été légalement fait sur la base du « principe de la continuité du travail s’inscrivant dans le cadre du domaine public », a-t-il dit.
« Dans la mesure où le mariage représente la stabilité familiale et sociale, la signature de ce contrat de mariage lors de l’expédition des affaires courantes est tout à fait réglementaire », a ajouté M. Khoury. L’expert juridique précise qu’en signant la formalité administrative, le ministre de l’Intérieur s’est fondé sur une loi en vigueur depuis le mandat français.
Interrogé sur les conséquences juridiques et administratives d’un tel acte, l’ancien ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, a tenu à préciser que le ministre Charbel n’a pas signé le contrat de mariage de Nidal et Khouloud à proprement parler, mais plutôt la décision autorisant l’enregistrement du contrat auprès de la direction générale de l’état civil. Et M. Najjar d’ajouter que le ministre « n’a pas la prérogative lui permettant de s’ingérer dans les affaires liées aux contrats de mariage effectués ni de les entériner ou les enregistrer. Ce qu’il a fait est un simple acte administratif ».
Selon lui, « le fait d’enregistrer le contrat de mariage n’entraîne aucune conséquence légale. C’est une simple reconnaissance de la part de l’État libanais qui admet l’existence d’un mariage contracté sur le territoire libanais et non devant une autorité communautaire ». D’après M. Najjar, ce mariage civil, bien qu’il ait été enregistré au Liban, « ne relève d’aucun régime susceptible d’organiser les effets non matériels du mariage ». « Par conséquent, il ne résout en rien le problème », a-t-il dit.
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14 h 03, le 05 mai 2013