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Moyen Orient et Monde - Reportage Syrie

« Ici, je vis un enfer depuis six mois, mais je suis toujours vivante ! »

La Petite Damas du Caire, refuge de la diaspora syrienne

Bassel a débarqué en Égypte en novembre par un vol direct depuis Damas, avec toute sa famille. Parti avec 400 dollars en poche, il vit avec l’aide de ses amis et donne quelques cours de guitare. À son arrivée, il s’est installé avec son ami Ammar, un avocat damascène qui habite dans le quartier du 6 Octobre, à l’ouest de la capitale égyptienne. « On ne veut pas faire notre vie ici, mais il n’y a pas d’autre choix », assure-t-il.


Beaucoup de Syriens ayant trouvé refuge vivent ici, dans cette ville nouvelle aux portes du désert, encerclée par les dunes, dont les larges avenues parallèles et les immeubles résidentiels n’évoquent en rien les vieux souks de la capitale syrienne. Bassel et Ammar font partie de cette classe moyenne syrienne qui a eu les moyens de fuir plus loin que le Liban ou les camps jordaniens et turcs, et qui se retrouve aujourd’hui dans la banlieue cairote.
Mais leur présence ne passe pas inaperçue. Drapeaux de l’Armée syrienne libre (ASL), vendeurs de pâtisseries et de shawarmas syriens, jusqu’aux noms sur les devantures des magasins et à l’accent arabe levantin, ce quartier d’exilés vit au rythme de l’arrivée de nouveaux réfugiés. « Le 6 Octobre est devenu une “petite Syrie” », explique Sima Diab, coordinatrice de plusieurs projets d’aide aux réfugiés. « Ils sont plusieurs dizaines de milliers là-bas. Mais il n’y a pas de travail pour les avocats ou les médecins, la plupart des emplois sont dans la restauration. »


En février, le ministère de l’Intérieur égyptien parlait de près de 140 000 réfugiés syriens sur l’ensemble du territoire. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) assure quant à lui avoir enregistré 38 000 ressortissants syriens en Égypte, alors que plusieurs milliers de dossiers sont en cours de traitement. « Ils étaient 1 000 en août 2012, 13 000 en décembre et aujourd’hui près de 50 000 », explique Mohammad Dayri, représentant régional du HCR, qui vient d’ouvrir un nouveau centre au cœur du Caire consacré uniquement à l’enregistrement des réfugiés syriens. Cela reste relativement peu, comparé à la situation dans les pays frontaliers de la Syrie (Liban, Turquie, Jordanie) où se trouve la grande majorité des réfugiés, estimés au total par le HCR à 1,3 million de personnes, un chiffre qui augmente de 200 000 personnes tous les mois.


Propriétaire d’un petit restaurant au 6 Octobre, Bilal est arrivé en 2004. À l’époque, « il n’y avait aucun Syrien ici, mais la vie a changé avec la révolution ». Originaire de Homs, il a fait venir sa famille il y a sept mois. « Les Égyptiens sont énervés contre les Syriens. Depuis deux ans, les prix ont augmenté, les Syriens prennent leur travail », assure-t-il. Il raconte qu’au début, un appartement familial au 6 Octobre coûtait environ 1 000 livres égyptiennes (150 dollars) par mois. Depuis, les prix auraient été multipliés par trois, dans un contexte de crise économique et d’inflation galopante.
À quelques centaines de mètres de là, une adolescente de 16 ans, qui refuse de donner son nom, habite avec sa mère et son frère au rez-de-chaussée d’un petit immeuble propret. En Égypte depuis six mois, ces chrétiens de Lattaquié ont fui du jour au lendemain, laissant derrière eux le reste de la famille. Cette jeune artiste avait diffusé des chansons antirégime sur YouTube. Depuis, elle a multiplié les petits boulots, vendeuse dans un supermarché la nuit ou chanteuse pour des soirées. « Je déteste la vie ici, je vis un enfer depuis six mois, mais je suis toujours vivante ! » Dans son appartement, certains meubles ne sont pas encore débarrassés de leur emballage. Elle raconte avoir été agressée deux fois depuis son arrivée en Égypte et cherche aujourd’hui à partir en Norvège. Mais elle doit patienter : « Tout notre argent a été mis dans nos billets pour l’Égypte, alors j’économise. »

(Source : AFP)

Bassel a débarqué en Égypte en novembre par un vol direct depuis Damas, avec toute sa famille. Parti avec 400 dollars en poche, il vit avec l’aide de ses amis et donne quelques cours de guitare. À son arrivée, il s’est installé avec son ami Ammar, un avocat damascène qui habite dans le quartier du 6 Octobre, à l’ouest de la capitale égyptienne. « On ne veut pas faire notre vie...
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