Le président russe a réuni lundi ministres et experts économiques dans sa résidence de la station balnéaire de Sotchi. Mikhail Klimentyev/Reuters/RIA-Novosti/Pool
Le président russe a réuni lundi ministres et experts économiques dans sa résidence de la station balnéaire de Sotchi, dans le sud de la Russie. Il a réclamé des « propositions concrètes » pour aider le pays à surmonter les « symptômes inquiétants » qui sont apparus ces derniers mois.
Le gouvernement a estimé la semaine dernière la croissance au premier trimestre à 1,1 % par rapport aux trois premiers mois de 2012, en très net ralentissement par rapport aux trimestres précédents.
Quelques jours plus tôt, il avait réduit sa prévision de croissance pour 2013 à 2,4 %, contre 3,6 % attendu auparavant et 3,4 % l’an dernier.
« 2,4 %, c’est moins que la croissance de l’économie mondiale. Cela faisait longtemps que cela ne nous était pas arrivé », a souligné Vladimir Poutine dont les deux premiers mandats ont été marqués par des taux de croissance autour des 8 %, avant la crise de 2008.
La sonnette d’alarme a été tirée début avril par le ministre du Développement économique Andreï Belooussov, qui a prévenu que la Russie courait le risque d’une récession faute de mesures rapides pour donner un coup de fouet à l’activité.
Mais l’influent numéro deux du gouvernement, Igor Chouvalov, a nettement tempéré ces propos et estimé qu’il ne fallait « pas se précipiter pour débattre de mesures de relance budgétaire qui changeraient la situation de manière artificielle ». Le sujet, a reconnu Igor Chouvalov, fait l’objet d’« intenses débats » au sein même du gouvernement.
Les désaccords concernent la source même des ratés de la croissance.
La plupart des responsables évoquent la crise de la zone euro, qui continue de plomber les principaux partenaires commerciaux de la Russie.
Mais le ministre du Développement économique a mis en cause lundi des « facteurs internes » : des capacités de production limitées, le renforcement du rouble ces dernières années, ainsi que le niveau élevé des taux d’intérêt de la banque centrale, destiné à freiner l’inflation mais qui selon lui bride l’activité.
Quelle qu’en soit la cause, « le ralentissement de la croissance va affecter les bases du contrat social en Russie : une croissance soutenue en échange d’une certaine tranquillité politique », estimaient récemment les experts du centre d’analyse de relations internationales Eurasia Group.
Dans ce contexte, les spéculations concernant l’avenir du gouvernement se sont renforcées ces derniers jours.
« Quand la situation économique se dégrade, un gouvernement faible, avec un Premier ministre faible, n’est pas un bon choix », explique à l’AFP Maria Lipman, politologue au centre Carnegie.
La semaine dernière, Life News, un populaire site d’information, a diffusé une vidéo de Vladimir Poutine le montrant très mécontent lors d’une réunion avec des responsables du gouvernement.
« Soit mon travail est inefficace, soit le vôtre, et vous devez tous partir », dit le président. « Je penche plutôt pour la deuxième option. »
Le Kremlin a démenti que Vladimir Poutine se soit alors adressé aux ministres, mais certains observateurs se sont interrogés sur une possible fuite organisée. Lundi, le journal Izvestia et le site Gazeta.ru affirmaient que le président s’apprêtait à nommer au sein de son administration Alexeï Koudrine, ministre des Finances de 2000 à 2011, limogé pour ses critiques du Premier ministre Dmitri Medvedev. L’intéressé, figure très influente dans les milieux économiques, a démenti toute proposition.
Pour le journal Vedomosti, son arrivée conduirait « à la formation d’un gouvernement fantôme » au Kremlin qui ferait du cabinet de M. Medvedev « pour de bon une structure décorative ».
« Le gouvernement a du mal à remplir les promesses du président et le président a des difficultés dans les sondages (...). La pression s’accentue sur le gouvernement et le moment est venu d’attirer au Kremlin un candidat au poste de Premier ministre », a jugé le quotidien économique.
(Source : AFP)

