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Lifestyle - Société

Camille Claudel revit à travers des patients internés

Les œuvres des malades sont exposées à l’hôpital psychiatrique où l’artiste fut enfermée pendant trente ans.

« L’implorante » de Camille Claudel est exposée avec plusieurs de ses œuvres à l’hôpital psychiatrique où elle a été internée durant 30 ans, et sert de modèle aux patients qui s’essaient à l’art. Boris Horvat/AFP

C’est dans cet hôpital psychiatrique que fut internée pendant trente ans Camille Claudel. Soixante-dix ans après, sa mémoire revit grâce à des patients qui créent et exposent leurs œuvres aux côtés des statues de la célèbre sculptrice. « Créer, c’est thérapeutique », assure-t-on au centre hospitalier de Montfavet, dans le sud de la France, où est décédée la muse d’Auguste Rodin, dans un complet dénuement et de sous-nutrition, en 1943, sous l’Occupation allemande.
« C’est la première fois que des œuvres de Camille Claudel sont présentées là où elle est morte », explique le directeur de l’hôpital de Montfavet, Jean-Pierre Staebler, à l’occasion du 70e anniversaire de décès et du 100e anniversaire de l’internement de l’artiste pour psychose paranoïaque. Une façon également de montrer que « les fous sont avant tout des êtres qui souffrent et dont les œuvres peuvent enrichir la société », selon le docteur René Pandelon, psychiatre. Cette exposition est également l’occasion, pour M. Staebler, de « rendre hommage aux quelque 2 000 personnes décédées à Montfavet pendant l’Occupation, du fait du rationnement alimentaire imposé aux patients en psychiatrie » par le gouvernement de Vichy. Élève de Rodin, dont elle a rejoint l’atelier, Camille Claudel (1864-1943) l’a influencé au point qu’il est parfois facile de confondre leurs œuvres. Elle s’est heurtée à la domination masculine et aux préjugés moraux de son temps. La sculptrice, sœur de l’écrivain Paul Claudel, a toujours refusé d’exercer son art pendant son internement, à la demande de sa famille. Une façon pour elle d’affirmer sa liberté et l’injustice ressentie.
Mettre en valeur à Montfavet les œuvres de la sculptrice pourrait donc paraître paradoxal, sauf que depuis 1989 existent au sein de l’hôpital sept ateliers « de psychothérapie à médiation créatrice », qui accueillent 500 personnes à l’année. Derrière ce terme se cache une belle aventure initiée par le docteur Pandelon, pour qui « toute création est thérapeutique pour les troubles psychiatriques ». « Créer engendre une amélioration chez les patients. Ce qui au départ semblait un projet un peu fou s’est avéré efficace au fil des ans », ajoute le psychiatre. Certains hospitalisés en viennent ainsi à passer en ambulatoire.
Sept ateliers sont ouverts aux patients : sculpture et peinture, photographie, chorale, théâtre, littérature, danse et récupération d’objets. Mais ils sont aussi ouverts « à tous ceux qui souhaitent trouver une liberté et côtoyer la différence », explique Éric Sourice, l’un des infirmiers qui encadrent l’atelier Marie Laurencin, situé dans un pavillon du vaste établissement sis aux portes d’Avignon. Entourées de tableaux, de masques africains accrochés aux murs et d’armoires remplies de pots de peinture et de feuilles blanches, une dizaine de personnes, de l’adolescent au vieillard, pinceau ou crayon à la main, devant un chevalet ou assis à une table, s’affairent sous l’œil du personnel soignant, dans un silence studieux. « Il ne s’agit pas à proprement parler d’art-thérapie puisqu’on ne fera pas d’analyse ni d’interprétation des œuvres. Ici, c’est la liberté des artistes qui prime », souligne Pierre Helly, cadre de santé, qui se dit toujours « émerveillé par la qualité » des productions réalisées. Les personnes extérieures au circuit psychiatrique, « confrontées à un deuil, à une dépression, un divorce ou un simple mal-être », savent qu’elles bénéficieront ici d’une écoute et d’un soutien, ajoute M. Sourice.
Cette année, les ateliers se sont tous mis au diapason de Camille Claudel, dont la vie, les lettres et l’œuvre vont être mises en scène, chorégraphiées, jouées et étudiées le temps de l’exposition. Cette « artiste de génie », qui s’arrêta définitivement de créer en 1907, trouvait dans l’art une façon « d’apaiser son être, sa soif insatiable de reconnaissance », souligne Mireille Tissier, la commissaire de l’exposition. On peut y voir La valse, Femme accroupie ou L’implorante, de même que les œuvres des participants aux ateliers, qui sont à vendre. Tablier tâché de peinture, Élisabeth Chave, une infirmière, se plaît à rêver : « Si les ateliers avaient existé du temps de Camille Claudel, elle aurait sans doute cédé à la tentation de sortir de sa chambre et qui sait si... »
(Source : AFP)
C’est dans cet hôpital psychiatrique que fut internée pendant trente ans Camille Claudel. Soixante-dix ans après, sa mémoire revit grâce à des patients qui créent et exposent leurs œuvres aux côtés des statues de la célèbre sculptrice. « Créer, c’est thérapeutique », assure-t-on au centre hospitalier de Montfavet, dans le sud de la France, où est décédée la muse d’Auguste Rodin, dans un complet dénuement et de sous-nutrition, en 1943, sous l’Occupation allemande.« C’est la première fois que des œuvres de Camille Claudel sont présentées là où elle est morte », explique le directeur de l’hôpital de Montfavet, Jean-Pierre Staebler, à l’occasion du 70e anniversaire de décès et du 100e anniversaire de l’internement de l’artiste pour psychose paranoïaque. Une façon également de montrer...
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