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À La Une - Éclairage

Un nouveau message en faveur de la stabilité

 

Quelle mouche pleine de sagesse a donc piqué la classe politique libanaise pour la pousser à une telle unanimité autour du Premier ministre désigné Tammam Salam ? On croit rêver. Brusquement, et alors que la veille encore les tensions aussi bien au sein de la classe politique que sur le terrain étaient grandes et menaçaient de s’amplifier à la moindre étincelle, les grands et les petits blocs parlementaires se sont mis d’accord sur un même nom, Tammam Salam, une personnalité dont le rôle avait été éclipsé ces dernières années, d’abord par l’émergence de Rafic Hariri puis par celle du courant du Futur et enfin par la multiplication des groupes islamistes. Pour beaucoup, Tammam Salam symbolise en effet le retour à un Liban où tout était plus beau, où le partenariat entre chrétiens et musulmans se faisait à armes et moyens égaux et où surtout le leadership était traditionnel et issu du Liban, tout en étant à ses dimensions. C’est dire combien la désignation de Tammam Salam est rassurante pour le commun des mortels, à un moment où les Libanais ont justement des craintes aussi bien pour leur présent que pour leur avenir.


Ce scénario idéal a toutefois un bémol, qui pour certains peut d’ailleurs être considéré comme un plus. Il a été mis au point par l’Arabie saoudite, qui tout en se défendant d’intervenir dans les affaires intérieures libanaises, a bel et bien repris la main, profitant de la neutralisation pour cause de force majeure de la Syrie et du fait que les États-Unis ont d’autres problèmes à régler. L’Arabie qui n’avait donc pas digéré la chute du gouvernement de Saad Hariri en 2011 a donc convaincu Walid Joumblatt de refaire le même scénario à l’envers. Et comme l’avait fait le 8 Mars en choisissant Nagib Mikati, une personnalité « centriste », elle en a choisi une avec un profil encore plus acceptable pour tout le monde, Tammam Salam s’étant solidarisé avec les principales parties chrétiennes en 1992 pour boycotter les élections législatives et ayant toujours refusé de prendre des positions hostiles à la résistance, tout en s’étant rallié sur le tard au courant du Futur.


La comparaison avec 2011 (la chute du gouvernement de Saad Hariri) s’arrête là. Car, contrairement au 14 Mars, le Hezbollah, Amal et le CPL ont choisi de saisir la main qui leur était ainsi tendue par Riyad. Nagib Mikati avait en effet attendu pendant trois mois la réponse de l’opposition sur sa participation ou non au gouvernement avant d’essuyer un refus définitif. Mais, cette fois, le Hezbollah, Amal et le CPL se sont non seulement montrés positifs, ils ont été jusqu’à désigner eux aussi Tammam Salam. Le calcul est simple : en lui donnant leurs voix, ils l’obligent à tenter de former un gouvernement d’union nationale et ils coupent ainsi la voie à un gouvernement du 14 Mars ou à un gouvernement de technocrates. D’ailleurs Walid Joumblatt avait donné le ton, en déclarant dans son entretien télévisé avec Marcel Ghanem qu’il ne donnera pas sa confiance à un gouvernement à coloration unique. Il a donc réussi à satisfaire l’Arabie saoudite qui lui avait très clairement fait comprendre qu’il ne rentrera en grâce auprès d’elle que lorsqu’il fera tomber le gouvernement Mikati comme il l’avait fait pour le gouvernement Hariri. En même temps, le chef druze n’a pas rompu avec le 8 Mars puisqu’il a exigé un gouvernement d’union.


Le Hezbollah, Amal et le CPL ont rapidement compris qu’il y avait là une chance à saisir, surtout à une période aussi délicate pour la région. Pour eux, le scénario du pire aurait consisté dans la formation d’un gouvernement du 14 Mars qui déciderait soudain d’entraîner encore plus le Liban dans la tourmente syrienne à travers l’adoption d’une politique étrangère plus musclée et la transmission de nouvelles instructions à l’armée libanaise aux frontières, etc. De fait, les sujets brûlants (au propre et au figuré) ne manquent pas, au moment où le Hezbollah se sent encerclé de toutes parts, aussi bien dans la route d’approvisionnement que représente pour lui la Syrie, mais aussi par le TSL, la menace bulgare, les mesures financières exigées par les États-Unis... Il a donc décidé avec ses alliés de désigner sans hésitation Tammam Salam. D’une part, il fait ainsi un geste à l’égard de l’Arabie saoudite qui avait fait le premier pas en n’imposant pas une personnalité sunnite perçue comme un défi par le camp adverse et même, au contraire, à pousser le 14 Mars à désigner la personne la plus modérée dans ses rangs, pour le poste de Premier ministre. D’autre part, il oblige ainsi le Premier ministre désigné à discuter avec lui et avec ses alliés des thèmes qui le concernent et à tenir compte de sa position s’il veut réellement former un gouvernement d’union. Certains recommencent d’ailleurs à parler de tiers de blocage. Même si c’est prématuré – car pour l’instant, tout le monde se veut positif –, le principe reste le même : dans un gouvernement d’union, il faut un accord même minimal et celui-ci passe par des négociations sur des thèmes vitaux pour le Hezbollah, notamment la fameuse équation « armée-peuple-résistance ».
Former un gouvernement ne sera donc pas une entreprise facile pour le Premier ministre désigné, mais, à ce stade, on peut dire qu’il y a deux grands gagnants, l’Arabie saoudite qui revient en force au Liban et le Liban justement qui reçoit, par le biais du choix de Tammam Salam, une nouvelle preuve de l’existence, à ce stade, d’une volonté internationale et arabe de ne pas le plonger dans le chaos et la guerre.

 

 

Interview

Tammam Salam à « L’OLJ » : Je ne serai complaisant avec personne

 

Situation

En route vers une rupture nette... mais douce

 
Quelle mouche pleine de sagesse a donc piqué la classe politique libanaise pour la pousser à une telle unanimité autour du Premier ministre désigné Tammam Salam ? On croit rêver. Brusquement, et alors que la veille encore les tensions aussi bien au sein de la classe politique que sur le terrain étaient grandes et menaçaient de s’amplifier à la moindre étincelle, les grands et les petits blocs parlementaires se sont mis d’accord sur un même nom, Tammam Salam, une personnalité dont le rôle avait été éclipsé ces dernières années, d’abord par l’émergence de Rafic Hariri puis par celle du courant du Futur et enfin par la multiplication des groupes islamistes. Pour beaucoup, Tammam Salam symbolise en effet le retour à un Liban où tout était plus beau, où le partenariat entre chrétiens et musulmans se faisait...
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