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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Tortueusement nôtre...

N’en déplaise au bon Monsieur de La Fontaine, la tortue, face au lièvre, a raisonnablement toutes les chances de se faire coiffer au poteau.

Le lièvre, c’est, en l’occurrence, un État d’Israël qui, quatre ans seulement après la découverte de gisements sous-marins géants d’hydrocarbures en Méditerranée, a déjà commencé à pomper goulûment son gaz. Et la tortue, on l’aura deviné, c’est un Liban livré aux mafias du pouvoir, un Liban qui a perdu un temps précieux à des querelles politiques et luttes d’influence, et qui en est encore à débattre du sexe des anges appelés à présider aux prochaines élections tandis qu’on lui ravit prestement une partie de son bien.

Car le gisement de Tamar, dont l’exploitation a démarré le week-end dernier, n’est pas la propriété exclusive d’Israël. Situé à 130 km de Haïfa et renfermant de phénoménales réserves de gaz naturel, la possession en est revendiquée en partie par notre pays : lequel, hélas, ne s’est pas trop activé, ces dernières années, pour faire valoir ses droits. Il a traîné la patte pour légiférer sur la question, il a encore traîné la patte pour constituer un organisme de gestion ad hoc. Et ce n’est que sur le tard qu’il s’est avisé de délimiter, en catastrophe, ses eaux territoriales avec le levreau chypriote. Lequel, lui, n’avait pas perdu de temps pour s’entendre avec son congénère israélien.

Autant que pour ce dernier, pourtant, les enjeux sont considérables pour la tortue libanaise. Avec ces immenses réserves, Israël, privé depuis la chute de Moubarak de gaz égyptien bon marché qui représentait près de la moitié de ses besoins, accède en effet, pour trois décennies au moins, à un haut niveau d’autarcie énergétique ; c’est tout juste d’ailleurs si, pour célébrer l’événement, les dirigeants israéliens n’ont pas décrété une nouvelle fête de l’Indépendance. Significatif en tout cas est l’extraordinaire exploit technologique auquel il a dû se livrer pour mettre en place, en l’espace de quatre ans seulement, un dispositif lui permettant d’aller chercher la précieuse et volatile matière profondément enfouie sous le fond marin puis de l’acheminer, à l’aide de 150 kilomètres de conduites, jusqu’à une plateforme navale, et de là à la station d’Ashdod, qui traitait naguère le gaz égyptien.

Grâce à la manne gazière et peut-être aussi pétrolière, le Liban, quant à lui, peut espérer gommer en un temps record l’énorme endettement public résultant de la reconstruction du pays au terme de la guerre de 1975/1990 et des intérêts accumulés, comme aussi du gaspillage et du pillage des ressources étatiques. Dans une vision plus idyllique encore, notre pays serait alors en mesure de développer les régions et songer enfin à sa population longtemps laissée à l’abandon. Las, il faudra attendre pour cela qu’aient été adjugés aux firmes en compétition les travaux de prospection puis d’exploitation. Et croiser les doigts afin que règnent enfin moralité et transparence politiques. Afin que le pactole surgi des eaux ne se transforme pas en pomme de discorde, une de plus, pour les Libanais.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

N’en déplaise au bon Monsieur de La Fontaine, la tortue, face au lièvre, a raisonnablement toutes les chances de se faire coiffer au poteau. Le lièvre, c’est, en l’occurrence, un État d’Israël qui, quatre ans seulement après la découverte de gisements sous-marins géants d’hydrocarbures en Méditerranée, a déjà commencé à pomper goulûment son gaz. Et la tortue, on l’aura deviné, c’est un Liban livré aux mafias du pouvoir, un Liban qui a perdu un temps précieux à des querelles politiques et luttes d’influence, et qui en est encore à débattre du sexe des anges appelés à présider aux prochaines élections tandis qu’on lui ravit prestement une partie de son bien. Car le gisement de Tamar, dont l’exploitation a démarré le week-end dernier, n’est pas la propriété exclusive d’Israël. Situé à...
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