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Nos lecteurs ont la parole

I.- Un contre-exemple bien vivant de la proportionnelle

William M. SAADÉ

Au point où en sont arrivés les débats sur la loi électorale, il m’est apparu essentiel d’attirer l’attention sur certaines contre-vérités, qui sont matraquées comme des leitmotivs et qui expliquent dans une grande mesure le blocage actuel en désarçonnant les décideurs. En effet, prétendre que le scrutin proportionnel est équivalent à des listes bloquées et qu’il corresponde à une grande circonscription n’est vrai que dans une définition formelle et académique de la proportionnelle. Ces déclarations, répétées à longueur d’années souvent par ouï-dire, ne tiennent pas compte de toutes les avancées théoriques et pratiques enregistrées ces deux derniers siècles.
Pour économiser espace et temps, il suffit de montrer l’existence d’un contre-exemple bien vivant, celui de l’Irlande (du Sud, capitale Dublin) qui a adopté une version de la proportionnelle connue sous le nom de Vote unique transférable ou système de Hare (1850), du nom du mathématicien anglais qui l’a conçu en s’inspirant du vote des élèves dans des élections estudiantines. En résumé, ce scrutin réalise la synthèse entre les deux systèmes majoritaire et proportionnel en combinant les avantages de chacun tout en éliminant leurs inconvénients. Le mode de scrutin est à la majorité relative, alors que le résultat est équivalent à ce que le système proportionnel donne de meilleur. Explicitement cela conduit à un vote à la proportionnelle dans des petites circonscriptions avec des listes ouvertes, ce qui rend les objections majeures des deux camps de notre spectre parlementaire nulles et non avenues.
Ce scrutin traduit le choix de l’électeur en un classement des candidats par ordre de préférence, leur assignant un chiffre correspondant à leur niveau dans le classement. Ce scrutin est employé pour les élections législatives et/ou présidentielles et même municipales dans les pays d’inspiration anglo-saxonne : Malte, l’Inde, l’Irlande du Nord et l’Australie. Il a même été testé par le CNRS, de façon limitée, au 1er tour des élections présidentielles de 2007 en France, avec un succès remarqué.
Ce système, qui permet de respecter les candidatures individuelles, encourage les partis à afficher leurs alliances devant les électeurs, en donnant des consignes sur les préférences suivantes. Il assure l’électeur, à la différence des systèmes de liste bloquée, que son vote pour un candidat ne servira pas à faire élire un candidat du même parti qu’il n’aime pas. Il permet aussi à l’électeur d’exprimer un choix « transversal » en sélectionnant des candidats de partis différents mais ayant tous la même position sur un problème qui lui tient à cœur : autrement dit le panachage, selon le jargon électoral. Il minimise, dans la foulée, l’importance du découpage électoral. L’avantage immédiat est l’imprévisibilité du résultat final car sujet aux choix tardifs de dernière minute du classement des candidats, ce qui le rend plus difficile à manipuler, que ce soit par l’argent, les médias ou le découpage.
Un avantage essentiel supplémentaire sur tous les autres modes de scrutin est ce qu’on appelle la Régulation par le bas, c’est-à-dire à partir de la base électorale et non par des décrets lourds hérités des régimes autoritaires des années 30 et 40 du siècle dernier. Même le nouveau pape est en avance sur nous dans ce domaine ! Au Liban, il a un avantage additionnel, en l’absence de la loi dite « orthodoxe », de ne pas servir de recensement déguisé que risque de produire la douzaine d’autres lois proportionnelles, surtout si tout le pays est pris comme circonscription unique, compte tenu du confessionnalisme des partis et leur organisation de listes bloquées.
Les partisans d’un Liban laïc devraient réfléchir avant de suivre les hâbleurs qui s’égosillent à marteler des slogans en contresens du but avoué. De plus, comme la probabilité d’être élu s’accroît avec le classement occupé par le candidat sur la liste bloquée, il y a là un marché lucratif pour les faiseurs de listes de monnayer le classement des candidats à l’instar des étages d’un immeuble. Encore une fois les dindons de la farce des quotas féminins seront les femmes placées en queue de liste.
En théorie, ce système pourrait s’accommoder avec n’importe quel découpage électoral, servant des circonscriptions de toute taille. Ainsi, pour la plus petite à siège unique, le résultat se réduirait à une élection à la majorité relative à un tour. Seul handicap, le mode de dépouillement prend du temps et, pratiquement parlant, l’exemple irlandais tourne autour de circonscriptions entre 5 et 7 sièges, c’est-à-dire la taille de notre caza ! Comme dit un proverbe américain bien connu : « Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. »
(À suivre)

 

William M. SAADÉ
Ingénieur

Au point où en sont arrivés les débats sur la loi électorale, il m’est apparu essentiel d’attirer l’attention sur certaines contre-vérités, qui sont matraquées comme des leitmotivs et qui expliquent dans une grande mesure le blocage actuel en désarçonnant les décideurs. En effet, prétendre que le scrutin proportionnel est équivalent à des listes bloquées et qu’il corresponde à une grande circonscription n’est vrai que dans une définition formelle et académique de la proportionnelle. Ces déclarations, répétées à longueur d’années souvent par ouï-dire, ne tiennent pas compte de toutes les avancées théoriques et pratiques enregistrées ces deux derniers siècles.Pour économiser espace et temps, il suffit de montrer l’existence d’un contre-exemple bien vivant, celui de l’Irlande (du Sud, capitale...
commentaires (3)

De proportionelle Ferzliste à proportionelle divino-caporalistique, on se croirait dans un stade hyppique !

SAKR LEBNAN

15 h 07, le 03 avril 2013

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Commentaires (3)

  • De proportionelle Ferzliste à proportionelle divino-caporalistique, on se croirait dans un stade hyppique !

    SAKR LEBNAN

    15 h 07, le 03 avril 2013

  • Une OMELETTE aux OEUFS D'OIE pour les UNS, et mixée aux OEUFS de cochon pour les AUTRES ! Taybé ma hék ?

    SAKR LEBNAN

    14 h 32, le 03 avril 2013

  • La proportionnelle n'est pas un scrutin qui puissent être utilisée a une échelle nationale dans un pays comme le Liban. Déjà comme cela ils est ingouvernable. Il nous faut une vraie majorité qui gouverne et une opposition qui conteste. La proportionnelle est une proposition qui disloquera le Liban et le mènera tout droit dans les bras du Fakih. Non pas a cause du nombre des Chiites, ils veulent encore 1000 ans avant d'y arriver, mais par le fait que nous nous retrouverons avec quelques 17 ou 18 avis différents qui élimineront le "consensus", si cher a certains lorsque cela leur chante, et vous verrez arriver la paralysie complète de l'Etat et de ses institutions au profit des bien nantis en ... armes! Est ce vraiment ce que vous souhaitez au Liban?

    Pierre Hadjigeorgiou

    13 h 38, le 03 avril 2013

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