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Liban - Éclairage

Divergences et complexité au sein de la mouvance islamiste...

Les divergences au sein de la scène islamique commencent à apparaître au grand jour et se reflètent sur la scène libanaise dans les options divergentes entre les différents groupes, au Nord, mais aussi à Saïda et à Aïn el-Héloué. La situation se complique chaque jour un peu plus, se traduisant par la multiplication des incidents le long des frontières avec la Syrie et une tension grandissante, à Tripoli notamment. D’ailleurs, selon un diplomate des pays du Brics, il serait erroné de mettre tous les islamistes et tous les opposants au régime syrien dans le même sac. Il révèle ainsi la teneur d’un rapport rapportant des rencontres entre un émir saoudien qui a longtemps occupé des postes importants au sein de l’appareil exécutif du royaume et, d’une part, le chef d’un des services de sécurité allemands (le BND) et, d’autre part, le ministre allemand de la Défense, en marge du congrès international pour la sécurité qui s’est tenu en février à Munich. L’objectif principal de l’émir saoudien était de convaincre les responsables allemands de lever leur opposition à l’armement de l’opposition syrienne et à toute intervention militaire en Syrie. L’émir, qui a longtemps occupé des fonctions diplomatiques et sécuritaires, aurait donc exposé sa vision de la situation en Syrie, insistant, d’une part, sur la nécessité d’en finir avec le régime dictatorial, même si pour cela il faut agir directement auprès de l’opposition, et, d’autre part, sur l’importance d’aider les parties qui sont actives sur le terrain, en particulier les groupes islamistes.


L’émir aurait donc soulevé les points suivants devant ses interlocuteurs allemands. D’abord, selon lui, la coalition de Doha présidée par Moaz al-Khatib n’aurait pas une grande influence sur le terrain. Il s’agirait en réalité d’une formation provisoire qui n’a pas d’assise populaire et qui aurait été créée pour servir de paravent diplomatique sans avoir de pouvoir réel sur les développements sur le terrain. Cet argument n’est d’ailleurs pas sans déplaire au Qatar qui se considère un peu comme le parrain de cette coalition et qui a convaincu son chef Moaz al-Khatib d’assister au sommet annuel arabe en dépit de sa démission. Ensuite, l’émir aurait précisé que le groupe qui va jouer un rôle déterminant pendant la période transitoire en Syrie, après la chute de Bachar el-Assad, doit avoir une influence directe sur le terrain et donc être forcément lié aux groupes salafistes qui ont montré au cours des derniers mois qu’ils sont les plus efficaces dans la bataille contre le régime.

 

(Analyse : Les divisions de l’opposition, fruits des rivalités entre Doha et Riyad)


C’est à ce stade du développement que l’émir aurait dévoilé le fond de sa pensée, précisant que les Frères musulmans ont peut-être le vent en poupe auprès des instances internationales, mais que, sur le terrain, les groupes les plus actifs et les plus performants sont les salafistes. Il aurait aussi reconnu l’existence d’une certaine méfiance entre le royaume wahhabite et les Frères musulmans qui seraient en train de confisquer en quelque sorte le pouvoir dans les pays arabes qui ont connu récemment des mouvements de révolte, en Égypte, en Tunisie, au Maroc et maintenant en Syrie. À ce sujet, le responsable saoudien aurait fait état de la crainte du royaume de l’établissement d’une stratégie commune entre les gouvernements des Frères musulmans dans le monde arabe et l’Iran. Il aurait précisé à cet égard qu’entre la mouvance des Frères et la République islamique, il existe beaucoup de points d’accord et un seul point de divergence, le dossier syrien. Une fois celui-ci réglé, ils pourraient s’entendre sur une stratégie commune dans la région, qui passerait par la destruction des monarchies du Golfe et des pays arabes en général. Cette alliance pourrait aussi être dirigée contre les pays occidentaux, sans parler d’Israël, selon les souhaits de l’Iran, qui en serait en quelque sorte le moteur. Le responsable saoudien aurait ensuite développé les relations actuelles entre le nouveau régime égyptien et les pays du Golfe, insistant sur la tiédeur qui marque leurs relations. Il aurait aussi fait état d’un récent rapport diplomatique américain sur l’Égypte qui critique le pouvoir actuel et fait en contrepartie l’éloge des groupes salafistes de l’opposition.


De même, l’émir saoudien aurait évoqué avec ses interlocuteurs allemands la récente visite du Premier ministre égyptien Hicham Kandil en Irak et le soutien du gouvernement de Nouri al-Maliki au régime des Frères en Égypte. Cet appui s’est d’ailleurs traduit par la décision de l’Irak de placer la somme de 4 milliards de dollars en dépôt dans la Banque centrale égyptienne, dans une riposte indirecte à la menace du Qatar de cesser ses aides financières à l’Égypte. D’ailleurs, le discours vibrant du président égyptien au sommet du Qatar semble confirmer cette tendance, Mohammad Morsi ayant sommé les pays arabes de ne pas intervenir dans les affaires égyptiennes... Pour l’émir saoudien, cela confirmerait l’existence d’une collusion entre les Frères musulmans et l’Iran, Maliki étant appuyé par la République islamique.


Selon le diplomate des pays du Brics, la région baignerait donc actuellement dans une grande confusion, qui touche aussi bien les composantes de l’opposition syrienne que ceux qui l’appuient. L’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie en particulier ont ainsi chacun « ses » groupes, voire « ses déplacés », et cette complexité se retrouve dans les milieux qui appuient l’opposition syrienne au Liban. Celle-ci serait donc divisée politiquement, mais aussi sur le terrain. Et les services de sécurité libanais craignent que ces divisions se répercutent sur le terrain, ajoutant un élément de déstabilisation de plus à une situation déjà assez tendue et complexe.

 

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