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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Frères de lait

Il est toujours amusant de lire que, parmi ses particularités, le Liban se distingue par la coexistence de 17 à 18 confessions. En quoi serait-ce une particularité libanaise ? D’autres pays en comptent davantage et nous sommes loin du record n’ayant, par exemple, parmi nos compatriotes, ni bouddhistes, ni shintoïstes et presque pas de juifs. Il est évident que ce ne sont pas ces 17 confessions qui constituent la spécificité libanaise mais cette curieuse variante de la démocratie, généreuse au départ, catastrophique à l’arrivée, qui répartit les trois pouvoirs entre les trois principales communautés du pays. Pour consensuelle qu’elle ait pu être, cette formule ne pouvait, à terme, qu’engendrer clientélisme, prébendes, injustices et paralysie des institutions. Régulièrement, comme aujourd’hui, nous sommes confrontés à une panne de gouvernance due à cette bizarrerie de notre Constitution. Dès le moment où, croyant transcender nos conflits tribaux par un geste civilisateur, nous avons alloué chacune des hautes responsabilités de l’État à une officine confessionnelle ; dès le moment où nous avons prétendu faire intervenir le religieux dans la vie civile, le Liban s’est réduit à un projet de pays sans cesse ajourné.


Si l’initiative fut maladroite, tout n’est pourtant pas négatif dans ce souhait des principales communautés religieuses d’organiser leur coexistence, de pacifier leurs relations et de resserrer leurs liens. En attendant que ce rêve devienne réalité, s’il le devenait, les Libanais sont caricaturés par leurs clivages. Ce cliché grossier occulte, hélas, un désir profond – à défaut d’une volonté ferme – de constituer un vrai peuple. Il est pourtant facile de constater qu’un sunnite, un chiite et un maronite libanais n’ont pas grand-chose à voir avec leurs coreligionnaires d’ailleurs. Avec le temps s’est formée, en eux et entre eux, une sorte d’identité collective basée sur quelques valeurs communes.


S’ils se sont fait la guerre plus souvent qu’à leur tour, ils ont aussi cherché des éléments d’entente. Qui d’autre qu’un Libanais aurait pensé créer une fête religieuse islamo-chrétienne ? Mon propre père a tressé avec ferveur les mots du Pater avec les versets jumeaux qui ouvrent le Coran. Il a dédié cette prière à ses petits-enfants dans l’espoir de donner à leur génération une espérance commune. Longtemps il a vu les pèlerins, chrétiens et musulmans, prier ensemble dans les sanctuaires dédiés à la Sainte Vierge, comme Harissa ou Bechouate. Sur une tribune de la Ligue maronite, il a proposé que l’Annonciation, citée autant dans le livre saint que dans le livre sacré, soit célébrée par les deux religions. Le 25 mars est devenu une fête religieuse pour tous les Libanais. Vénérée par les uns comme les autres, la figure maternelle de Marie transforme musulmans et chrétiens en frères de lait. Il suffit d’entendre l’Ave Maria islamo-chrétien, l’appel à la prière mêlé au son des cloches, pour comprendre ce que nous voudrions être quand nous serons grands.

Il est toujours amusant de lire que, parmi ses particularités, le Liban se distingue par la coexistence de 17 à 18 confessions. En quoi serait-ce une particularité libanaise ? D’autres pays en comptent davantage et nous sommes loin du record n’ayant, par exemple, parmi nos compatriotes, ni bouddhistes, ni shintoïstes et presque pas de juifs. Il est évident que ce ne sont pas ces 17 confessions qui constituent la spécificité libanaise mais cette curieuse variante de la démocratie, généreuse au départ, catastrophique à l’arrivée, qui répartit les trois pouvoirs entre les trois principales communautés du pays. Pour consensuelle qu’elle ait pu être, cette formule ne pouvait, à terme, qu’engendrer clientélisme, prébendes, injustices et paralysie des institutions. Régulièrement, comme aujourd’hui, nous sommes...
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