Nous nous trouvons sans doute en ce moment au cœur de l’un de ces pics évolutifs, signe infaillible d’une vitalité en action.
Oui, le monde actuel est en crise. Dans son tissu humain et social. Dans son économie. Dans sa sphère de pensée, philosophique, scientifique et religieuse. Dans ses aspirations et jusque dans son climat terrestre.
Tout semble changer. Tout semble vouloir se repositionner, et la chose nous affole.
Elle nous affole parce que nous ne savons plus considérer la marche de la création d’un point de vue positif. Nous croyons toujours, soit par instinct soit par propension au moindre effort, que notre vie ne peut que s’étaler pour s’épanouir, se figer dans le mieux-être matériel, assurer un horizon de jouissances éternelles à des entités humaines essentiellement mortelles.
Nous perdons de vue notre statut de poussière momentanément vibrante, dont la spiritualité dépasse de loin l’étroitesse de notre environnement individuel. Nous oublions que nous sommes l’outil et non le but du progrès et que le
progrès, en lui-même, n’a rien d’un absolu.
Je m’en veux, en quelque sorte, d’évoquer ici un problème aussi grave à travers les lignes d’un modeste article dans un quotidien.
Sauf qu’on ne perd rien à réveiller chez le lecteur le sens profond qu’il peut, qu’il doit accorder à sa propre vie d’être humain. Une vie, après tout, responsable de la marche même du monde.
Penchons-nous, à titre d’exemple, sur la fibre religieuse qui sommeille au fond de notre ego et qui constitue, qu’on soit croyant ou athée, l’essence même de notre existence. Et considérons, à partir de la tranche chrétienne des citoyens du monde à laquelle j’appartiens, le cas de l’Église et plus précisément celle de Rome qui, bon gré, mal gré, influence la vision de notre destinée depuis des siècles.
Que recueillons-nous aujourd’hui de son
enseignement ?
Il fut un temps où le clergé, institutionnalisé et consacré, régissait de bout en bout le comportement de ses ouailles. Certaines communautés religieuses, par ailleurs, en sont encore à ce stade de nos jours. Par rapport à nous autres chrétiens, c’est, peut-on dire, la liberté même à laquelle nous convie l’Évangile qui aura été à l’origine de la désaffection progressive de la multitude par rapport aux pratiques, aux croyances et même aux dogmes sacro-saints, considérés comme immuables.
Depuis l’époque de la Renaissance en Europe, nous avons vu s’effriter peu à peu les scrupules religieux et moraux basés sur les déductions tirées des Écritures, sur les directives issues des conclaves ou sur les recommandations rédigées par les sages, les futurs saints et la papauté proprement dite.
Décadence des mœurs, me direz-vous ! Et moi, je répondrai « nenni » sans hésiter. Parce que décadence est un vain mot. La véritable cause étant tout simplement l’évolution de la pensée humaine, régie par un cerveau de mieux en mieux développé, selon la loi de la nature.
Pourtant, le risque est bien réel de voir ce développement échapper à la norme de base, telle que l’amour. Car l’ouverture est à l’opposé de l’individualisme et le bonheur n’est nullement jouissance... La vraie liberté est trop précieuse, trop subtile, trop responsable pour être assimilée, comme elle l’est, à une absence de contrôle, à un déterminisme débridé, à un assouvissement des
passions... au chaos intellectuel, en somme.
Or c’est précisément ceci et non cela qui aura finalement prédominé. Et contré, de front, les disciplines ecclésiales. Si bien que l’Église, prise de court, s’est retrouvée en position de porte-à-faux, acculée, à son corps défendant, à jouer les arrière-gardes dans la course au progrès matériel. Le problème est énorme. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous en saisir à bras-le-corps.
Le véritable redressement, axé davantage sur l’humanisme, avait commencé avec l’avènement de Léon XIII à la fin du XIXe siècle. Il était grand temps ! L’Église romaine, sans doute longuement soumise à « l’air du temps » dans un monde mené par des monarchies de droit divin, avait joué plus qu’il n’en fallait un ròle d’arbitre intéressé dans lequel les successeurs de Pierre étaient tout aussi politiques que religieux. Que dis-je ?
Ils se comportaient bien plus comme princes souverains que comme pasteurs au service de l’esprit... De quoi justifier, hélas ! s’il en était besoin, les schismes successifs de Luther et de Calvin, pour ne mentionner que les plus célèbres.
(À suivre)


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef