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Nos lecteurs ont la parole

Du « Zeit » sur le feu

Pierre FARAH Jr
Il est de ces événements qui ne semblent avoir pour seul but que de narguer les citoyens libanais qui essayent tant bien que mal de se positionner au-delà des clivages intercommunautaires. Mais force est de constater que ces épisodes de plus en plus fréquents sont le combustible dont on alimente volontiers et sans modération cette énorme machine à diviser les foules qu’on aimerait encore pouvoir qualifier de « peuple du Liban ».
C’est ainsi qu’on a pu découvrir, jeudi 14 mars, un message qu’a publié sur le réseau Facebook la chaîne de restaurants Zaatar W Zeit, et qui n’a pas manqué de déclencher de vives réactions parmi les internautes. Il s’agit de la décision prise par la direction de modifier les menus (en y supprimant les produits à base de porc) pour la seule branche de Hamra. Le plus étonnant n’est pas ce changement, mais l’argumentation qui vient le justifier. Il est en effet question, dans ce même message, de « pouvoir continuer à servir nos clients loyaux », « s’adapter et respecter les opinions des autres », et « atteindre les clients de toutes religions ».
Nul besoin de s’attarder à expliquer que ce n’est pas atteindre les clients de toutes religions que de n’adapter ses menus qu’aux exigences d’une seule, dans un territoire bien particulier de surcroît, comme pour y désigner un supposé communautarisme intolérant. L’ironie, c’est qu’il s’agit du quartier branché de Hamra, qu’une grande partie de la jeunesse beyrouthine privilégie pour ses sorties nocturnes dans des pubs pas très « halal » et qui n’ont pas la réputation de servir que du jus d’orange. Si la présence de porc dans les plats dérangeait à ce point les habitants de Hamra, pourquoi ne le seraient-ils pas aussi par tous ces bars servant de l’alcool ?
Ce n’est pas respecter la religion des autres que de leur imposer les règles d’une autre religion, et on ne peut pas forcer quelqu’un à être libre de la façon dont on le conçoit. Le principe de l’opinion est tel que chacun est responsable de sa décision ; celle de manger ou pas du porc, celle de voter ou pas, celle de croire ou pas en Dieu, et il est du devoir de ceux qui se présentent comme respectueux de ce principe d’offrir à tout le monde la possibilité de faire un choix.
Affirmer que le Liban va vers le communautarisme est peu dire ; il va en fait vers la tribalité. On ne sait même plus qui sont les dirigeants, d’où vient leur légitimité, s’ils servent leurs propres intérêts, ceux du peuple, ou ceux d’une mystérieuse puissance qui serait au-delà de la patrie. Lamartine, dans un recueil qu’il a rédigé en 1838 après un voyage au Liban, disait ceci des chefs libanais : « Du destin des tribus séculaires arbitres, ils régnaient sans couronne et gouvernaient sans titres. » Rien ne semble avoir changé.

Pierre FARAH Jr
Il est de ces événements qui ne semblent avoir pour seul but que de narguer les citoyens libanais qui essayent tant bien que mal de se positionner au-delà des clivages intercommunautaires. Mais force est de constater que ces épisodes de plus en plus fréquents sont le combustible dont on alimente volontiers et sans modération cette énorme machine à diviser les foules qu’on aimerait encore pouvoir qualifier de « peuple du Liban ».C’est ainsi qu’on a pu découvrir, jeudi 14 mars, un message qu’a publié sur le réseau Facebook la chaîne de restaurants Zaatar W Zeit, et qui n’a pas manqué de déclencher de vives réactions parmi les internautes. Il s’agit de la décision prise par la direction de modifier les menus (en y supprimant les produits à base de porc) pour la seule branche de Hamra. Le plus étonnant...
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