Quelle amertume ! On dirait que le commun des mortels qui peuple ce pays a accepté son sort. Nul ne se plaint, nul ne conteste, nul ne trouve à redire en contemplant les exploits homériques d’une classe politique à faire du surplace. Elle tourne sur elle-même comme une toupie lâchée par une main maléfique. Elle ne voit pas la corde qui naguère enlaçait son cou en attendant de mieux l’étrangler au prochain tour.
Malheureux spectacle auquel nous assistons, désabusés, dubitatifs. Des personnes s’érigent en législateurs émérites, créent des lois à la mesure de leurs petites personnes, traficotent les circonscriptions pour s’assurer d’être sans faille reconduits.
De reports en atermoiements, les délais s’égrènent comme dans un sablier. À la limite de la date butoir, nos édiles mettront les Libanais devant le fait accompli. Ils reprendront place sagement dans les autobus qui de tous temps les ont amenés en vrac jusqu’au parvis de la Chambre des députés, le tour est dans le sac.
Comme quoi rien ne se perd, rien ne se crée. Sauf une extrême confusion où tout s’est mélangé, la grogne des enseignants, la perte de temps au sujet du projet orthodoxe devenu catholique. Le faux pas de l’inénarrable ministre de Affaires étrangères, vilipendé par les uns, soutenu par les autres, non parce qu’il avait raison, mais juste pour bisquer ses contempteurs.
Certes il aurait mieux valu qu’il se taise et avec lui les hérauts qui, depuis plus d’un an, nous abreuvent de belles paroles, promettent monts et merveilles, allant du printemps arabe, qui n’a pas passé l’hiver, à une loi électorale moderne qui sanctionnerait les balivernes débitées à la louche ces dernières années.
Tout cela pour nous retrouver, tête basse rentrée dans les épaules, le dos courbé, les bras ballants, le cœur gros plein de déception. Grosjean comme devant. Requiem pour la démocratie.
J’abrège volontiers. Mais je ne peux passer sous silence l’assaut sans précédent des partis politiques qui tentent une OPA sur le pays. Il faut avouer que le comportement du parti de Dieu, sa domination sans faille sur la communauté chiite sont devenus un cas d’école, une référence en quelque sorte. Il a fait beaucoup d’envieux.
Je ne suis pas contre les partis ni contre les reconversions, demeurant toutefois sceptique quand à l’évolution de la nature humaine. Certes, il est plus aisé de gouverner un pays à travers des partis pourvu qu’ils soient nationaux, non pas communautaristes. Sinon c’est la cassure assurée, chaque communauté se réfugiant derrière son étendard, et vogue la galère.
Il me démange ici de faire une petite digression, louchant vers un monde dont nous parlons la langue et auquel nous aimons à nous identifier. Combien de personnalités ne se sont-elles pas succédé ces dernières années à la tête des formations politiques aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, en Allemagne. Puis, dignement, elles se sont effacées, laissant à l’histoire le temps de les juger et leur rendre hommage.
Reste que nous sommes en Orient. Nous avons l’habitude du culte de la personne et des dirigeants scotchés à leurs fauteuils pour les siècles des siècles, jusqu’à en crier « Amen ». Nous l’avons bien vu, ce n’est pas ça la démocratie, les résultats sont piteusement éloquents.
La politique au Liban, en dépit de sa grossièreté apparente, reste un jeu délicat. On n’y déboule pas comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Rafler la mise, ignorer les indépendants qui, par leur malléabilité, leur doigté, leur savoir-faire à arrondir les angles dans un panorama politique, qui se radicalise à l’extrême, serait un péché capital.
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Un dernier mot qu’en tant que fils de l’un de ses cinq membres fondateurs j’adresse aux candidats à l’élection du conseil exécutif de la Ligue maronite, notamment à ceux qui en briguent la présidence : l’honneur qui vous sera fait ne saurait en aucun cas être un tremplin pour n’importe quel poste de responsabilité au niveau national. Votre devoir premier et unique souci sera de veiller au bien-être de cette communauté déchirée par les divers courants antagonistes qui la minent et la laminent.
Georges TYAN

