Le plan de sauvetage européen de l’économie chypriote, au bord de la faillite et prévoyant une taxe sur tous les dépôts bancaires, suscite amertume et interrogations chez les résidents étrangers, notamment libanais, de cette île méditerranéenne jadis prospère. « La situation économique est très mauvaise depuis plusieurs mois », reconnaît, dans un entretien téléphonique avec lorientlejour.com, Liliane Chemaly, journaliste dans une agence de presse internationale. « Mais pourquoi les étrangers doivent-ils contribuer au sauvetage de l’économie chypriote ? Pourquoi de pauvres domestiques, qui arrivent à peine à joindre les deux bouts, doivent-ils payer 7 % de taxe sur leurs maigres épargnes ? » demande Mme Chemaly qui réside depuis plus de 25 ans à Chypre.
Pour Santa, une ressortissante philippine interrogée par lorientlejour.com, l’adoption du plan de sauvetage se traduira par une taxe de 100 euros. « Une somme considérable pour moi, au regard de mes faibles revenus », dit-elle.
Nombreux sont les Libanais qui avaient senti le vent tourner, note toutefois Liliane Chemaly, ajoutant qu’ils avaient décidé depuis l’année dernière de rediriger leurs capitaux vers le Liban, ne gardant qu’une petite partie de leurs économies à Chypre. Mais « d’autres expatriés libanais, craignant les tensions au Liban, ont effectué le mouvement contraire et se retrouvent aujourd’hui obligés de soutenir l’économie chypriote. Ils sont toutefois peu nombreux », poursuit la journaliste, qui conclut : « En fin de compte, nous payerons ce que nous devrons payer. »
Une autre Libanaise, mariée à un Anglais et résidant depuis plusieurs années à Chypre, est outrée par la mise à contribution des étrangers. « Nous avons contribué à hisser Chypre parmi les économies les plus performantes à coup d’investissements de plusieurs millions de dollars et voilà comment ils nous remercient », s’insurge cette femme qui préfère garder l’anonymat. Finalement, au-delà de la colère, cette Libanaise se veut, elle aussi, fataliste : « En fin de compte, nous nous plierons aux décisions dans l’espoir de jours meilleurs. »
Pour Mikhlakis Pipis, homme d’affaires chypriote, « mettre à contribution les étrangers ayant des affaires économiques à Chypre est tout à fait naturel ». « Si l’économie coule, nous coulerons tous ensemble, et si elle prospère à l’avenir, ce sera pour le bien de tous », estime-t-il. « Les étrangers ont jadis profité de la prospérité de Chypre, ils doivent à présent contribuer à son sauvetage », poursuit cet homme, âgé d’une quarantaine d’années et membre du parti Disy du nouveau président chypriote Nicos Anastasiadès.
M. Pipis, à la tête de nombreuses affaires, tient en outre à rappeler qu’en échange des taxes sur les dépôts bancaires, les déposants recevront des actions dans les banques. Ceux qui garderont leur dépôt dans les banques pendant plus de deux ans recevront des obligations grâce aux recettes de l’État liées à l’extraction attendue de gaz naturel au large des côtes chypriotes.

