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Nos lecteurs ont la parole

Combien de mères ? (avant-goût de la fête des Mères)

Carla Bejjani ARAMOUNI
Combien de mères, combien d’enfants, combien de générations encore ?
Combien de séparations, combien de divisions et pour combien de temps ?
Si ton désir est de partir, ai-je le droit de te l’interdire ?
Je t’ai mis au monde et mis dans ce monde en sachant qu’un jour, tes ailes devraient se déployer, mais les jours passent trop vite et te voilà adulte, te voilà face à des choix de vie, qui risquent d’être pour moi une petite mort.
Si ton avenir est loin d’ici, pourrai-je te demander d’en faire fi ?
Mon cœur insiste, « reste », ma raison n’en est pas si sûre. Je suis divisée comme ce pays qui n’arrive plus à satisfaire ses jeunes et qui les pousse vers des horizons meilleurs. Ces « petits adultes » refusent de plus en plus de se sacrifier pour la cause à laquelle nous autres avons longtemps cru, ils sont moins naïfs que nous, plus lucides peut-être. Parce qu’ils comprennent qu’à partir d’un certain moment, on arrête d’être victimes pour devenir acteurs de nos malheurs. Nous n’avons pas réussi à leur construire le monde promis, le pays souhaité. C’est le désenchantement de ce monde. Ils rejettent ce cercle vicieux qui ne les représente plus et qui fait d’eux une offrande sur l’autel de la violence, de l’indifférence, de la démission, de la cupidité des autres. Ils ont besoin de bons repères et ne sont plus convaincus de ceux qu’ils voient défiler sur la scène politique. Nos discours tranchent trop avec la réalité. On leur parle de respect et de droits, de civisme et de valeurs sociales, de dignité et de justice. Et que voient-ils? Un héritage d’incertitude, d’injustice et de bafouage de tous les droits sans scrupules, impunément. Comment les convaincre encore de rester et de nourrir cette monstrueuse jungle ?
Combien de mères devraient encore se faire violence et voir leurs maris et leurs enfants se disperser, dans tous les coins du monde, loin des racines et de la source qui les a abreuvés ? Oui, naturellement, cela doit arriver tôt ou tard. Mais tout dépend de ce « quand » et de ce « comment ».
« Vos enfants ne sont pas vos enfants... » Évidemment ! Mais pouvons-nous imaginer une mère rejeter ses propres enfants en coupant tous les liens qui les unissent à elle ? Mère amputée ? Mère démissionnaire ? Mère patrie !

Carla Bejjani ARAMOUNI
Combien de mères, combien d’enfants, combien de générations encore ? Combien de séparations, combien de divisions et pour combien de temps ? Si ton désir est de partir, ai-je le droit de te l’interdire ? Je t’ai mis au monde et mis dans ce monde en sachant qu’un jour, tes ailes devraient se déployer, mais les jours passent trop vite et te voilà adulte, te voilà face à des choix de vie, qui risquent d’être pour moi une petite mort.Si ton avenir est loin d’ici, pourrai-je te demander d’en faire fi ? Mon cœur insiste, « reste », ma raison n’en est pas si sûre. Je suis divisée comme ce pays qui n’arrive plus à satisfaire ses jeunes et qui les pousse vers des horizons meilleurs. Ces « petits adultes » refusent de plus en plus de se sacrifier pour la cause à laquelle nous autres avons longtemps cru, ils...
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