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Le 8 Mars veut éviter de tomber dans le piège...

L’intervention directe de l’ambassadrice des États-Unis dans le cours des élections au Liban en insistant sur la tenue des élections à la date prévue a poussé les piliers du 8 Mars à s’interroger sur la suite des événements. D’autant que le président de la République et le Premier ministre se sont aussitôt empressés de signer le décret de convocation du collège électoral. Certes, aussi bien le président Michel Sleiman que le Premier ministre Nagib Mikati ont clairement précisé que leurs signatures constituent une formalité imposée par la loi elle-même et n’avaient aucune portée politique. Mais, quelque part, les milieux du 8 Mars ont eu le sentiment qu’un piège se préparait visant à les placer devant le fait accompli, c’est-à-dire la tenue des élections sur la base de la loi de 1960. Ils ont donc multiplié les contacts entre eux et une réunion importante d’évaluation de la situation a regroupé les ministres Gebran Bassil et Ali Hassan Khalil ainsi que le conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah Hussein Khalil.

 

Tous les sujets ont été évoqués, de la situation dans le nord du pays aux provocations de cheikh el-Assir, en passant par ce qui se passe à Ersal, pour finir avec la situation électorale. Les présents se sont demandés si, en intervenant aussi ouvertement pour tenter d’imposer la tenue des élections sur la base de la loi de 1960, les États-Unis ne chercheraient pas à montrer que la stabilité du Liban n’est plus une priorité pour eux, sachant que le camp du 8 Mars ne peut pas accepter d’être ainsi mis au pied du mur. Les participants à la réunion sont arrivés à la conclusion suivante : la communauté internationale, avec à sa tête les États-Unis, souhaite pousser le Hezbollah dans ses derniers retranchements, dans le cadre d’un vaste plan visant à l’affaiblir en l’entraînant dans des conflits internes et en poussant ses détracteurs à multiplier les provocations à son égard.

 

Mais l’élément nouveau, c’est que désormais la communauté internationale utilise son influence sur certaines parties au sein du pouvoir pour accentuer les divisions au sein du gouvernement et en particulier entre ce qu’on appelle le noyau centriste et les ministres du 8 Mars. C’est dans ce sens que les partenaires ont interprété la double signature du décret de convocation du collège électoral, ainsi que le tollé contre les positions du ministre des Affaires étrangères au cours de la réunion de la Ligue arabe, et surtout le désaveu dont il a fait l’objet de la part du président de la République et du Premier ministre.


C’est comme si désormais, sous le couvert d’appuyer la politique du gouvernement, la communauté internationale voulait pousser celui-ci à abandonner sa neutralité pour prendre parti dans le conflit syrien. Or une telle attitude ne peut qu’entraîner une déstabilisation du Liban puisqu’une partie non négligeable des Libanais n’est pas favorable à l’opposition syrienne. Pour le 8 Mars, le projet semble se préciser. Il s’agirait de permettre aux forces salafistes de s’implanter dans le Nord – ce qui est pratiquement déjà fait – de s’installer dans la Békaa à travers la bourgade de Ersal et enfin d’avoir pignon sur rue à Saïda à travers le bouillant cheikh Ahmad el-Assir. En même temps, un plan systématique pour discréditer l’armée et neutraliser son rôle est en train d’être exécuté. Lorsque tout ce monde sera prêt, des frictions seront provoquées avec le Hezbollah qui entraîneraient des combats, lesquels à leur tour justifieraient le recours à une force internationale qui se déploierait le long des frontières avec la Syrie.


Toutefois, et en dépit du fait qu’une partie de ce plan est en train de se réaliser avec le renforcement des groupes extrémistes à Tripoli, à Ersal et à Saïda, le 8 Mars considère le fait de pousser le gouvernement à appuyer l’opposition syrienne comme une méconnaissance totale de la réalité du terrain. Sans compter le fait que cela pourrait entraîner une remise en question de la résolution 1701 et de la présence de la Finul, alors que le calme règne dans cette zone et à la frontière avec Israël depuis la guerre de 2006. Après maintes discussions, le 8 Mars a décidé de continuer à éviter les provocations, tout en faisant parvenir un message ferme aux autorités. Pas question de laisser cheikh el-Assir fermer la route du Sud et pas question non plus d’abandonner les appartements habités par des chiites à Abra, dans le périmètre proche de la mosquée Bilal ben Rabah. D’ailleurs, les autorités ont promis de contenir les activités du cheikh et de leur fixer des limites. En même temps, les chiites habitant à Saïda et dans ses alentours ont décidé de ne plus acheter leurs marchandises dans la ville, provoquant une sorte de stagnation économique qui pousse les marchands à se retourner contre cheikh el-Assir.


Sur le plan politique, le 8 Mars s’est demandé s’il serait préférable pour lui de faire tomber ce gouvernement, maintenant que le groupe dit centriste est en train de se rapprocher des thèses occidentales. Mais après maints débats, il a été convenu que tant qu’il n’y a pas de possibilité de former un autre cabinet, il vaut mieux garder l’actuel. Ce qui devrait l’obliger à prendre des décisions dont il pourrait se passer s’il est démissionnaire. Sur le plan électoral, le 8 Mars considère avoir fait trois propositions : le projet électoral du gouvernement, le projet orthodoxe et celui de la circonscription unique avec la proportionnelle. Il n’est donc pas question de revenir à la loi de 1960 ni surtout de céder aux exigences internationales. Mais il estime que ce n’est pas à lui de trouver les scénarios.

 

 

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