Le journal « al-Mostaqbal » a accusé M. Hajj Hassan d’avoir instauré une mainmise « de fer » sur son ministère et abusé de sa position pour « servir des intérêts personnels ».
Le ministre de l’Agriculture, Hussein Hajj Hassan, a été la cible hier de plusieurs critiques de la part du journal al-Mostaqbal. Des accusations soutenues par le président de l’Association des agriculteurs, Antoine Hoayek, qui, lors d’un entretien avec L’Orient-Le Jour, a dénoncé des pratiques « mafieuses » et l’utilisation « suspecte » de fonds publics. Le ministre, quant à lui, a fermement nié les faits lors d’un entretien téléphonique, rappelant, en outre, que certains des actes qui lui sont reprochés sont en fait antérieurs à son mandat.
Une mainmise « de fer »
Dans les détails, le journal al-Mostaqbal a accusé M. Hajj Hassan d’avoir instauré une mainmise « de fer » sur son ministère et abusé de sa position pour « servir des intérêts personnels ».
« Ces accusations sont infondées et risibles », a répondu le ministre. En réponse à une interrogation du journal portant sur des « complaisances » présumées envers sa région électorale de Baalbeck-Hermel, il a rappelé : « J’ai récemment empêché une cargaison entière de bovins malades d’être débarquée au port de Beyrouth – elle appartenait justement à des personnes issues de ma circonscription. La complaisance m’aurait, au contraire, évité bien des maux de tête... ».
Autre accusation lancée par le journal, et appuyée par M. Hoayek, la volonté du ministre d’empêcher l’aboutissement du projet de création d’une Caisse de crédit agricole. « Ce projet a été relégué aux oubliettes par l’ancien Premier ministre, Fouad Siniora, soit bien avant mon mandat », a noté en réponse M. Hajj Hassan. « Il n’a jamais dépassé le stade du Parlement. Il fallait bien lui trouver une solution alternative », a-t-il ajouté. En effet, ce projet serait alors remplacé par un accord signé avec plusieurs banques, en plus d’une caisse mutuelle d’indemnisation en cas de catastrophe naturelle présidée par le cousin et conseiller du ministre, Salah Hajj Hassan – autre point épineux soulevé par al-Mostaqbal. « Je mets au défi quiconque de trouver un spécialiste plus compétent que lui, a martelé à cet égard le ministre. Et j’aimerais clarifier qu’il est au ministère depuis 1990, soit bien avant que je prenne mes fonctions. »
Un programme de soutien aux exportations qui fait polémique
Ont également été pointés du doigt plusieurs dossiers, dont le programme de soutien aux exportations d’huile d’olive libanaise (dans le cadre du décret 103/1), très contesté par l’Association des agriculteurs. « Les oléiculteurs vont s’engager à l’aveuglette dans un programme prévu de s’étaler sur cinq ans, sans vraiment connaître les prix ou les dates d’achat de l’huile par le gouvernement, et avec interdiction formelle de vendre leurs terrains sous peine de poursuites judiciaires », a dénoncé M. Hoayek. « Le ministère a exigé que lui soit octroyée la somme de 120 000 dollars pour soutenir les exportations d’huile d’olive libanaise à l’étranger. Mais il est le premier bénéficiaire de cette initiative (...) Salah Hajj Hassan est également chargé du programme », a affirmé l’article d’al-Mostaqbal.
« Le ministre, dont le cousin est à la tête d’une coopérative, a mis en place une Mafia, a renchéri M. Hoayek. Il demande et obtient des sommes d’argent se chiffrant à des millions de dollars sans avoir à justifier quoi que ce soit. À titre d’exemple, des subventions colossales ont été octroyées au projet de relance pour la culture de la betterave sucrière. L’Association des agriculteurs a demandé il y a deux semaines au ministère de faire preuve de transparence et de fournir un cahier détaillé des dépenses... Nous attendons toujours. » Interrogé à ce sujet, M. Hajj Hassan a tenu à rappeler que le coût du soutien à l’agriculture locale sous toutes ses déclinaisons est « forcément élevé ». Il n’a pas écarté l’idée de fournir les justificatifs demandés, « mais à d’autres interlocuteurs moins bornés (...) que M. Hoayek ».
Sur le plan des rémunérations aux oléiculteurs qui fournissent l’armée libanaise, le ministre n’a pas non plus été épargné. Rappelons que les agriculteurs ont longtemps attendu avant d’être payés par l’État ; le ministère des Finances n’a que récemment annoncé le lancement des indemnisations – par virement bancaire. « La plupart des agriculteurs ne détiennent pas de compte en banque. Ils sont furieux », s’est exclamé M. Hoayek. « Cela étant, un compromis a pu être trouvé, a-t-il tempéré, les sommes inférieures à environ 1 million de livres seront payées en espèces. » Là encore, le ministre Hajj Hassan a balayé les critiques, indiquant que son ministère n’était en rien responsable « de la lenteur des procédures administratives du ministère des Finances ». Affaire à suivre...
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