La publication du rapport sur l’emploi établi par le département du Travail a propulsé la Bourse de New York vers de nouveaux records, mais plusieurs économistes avertissent que les chiffres sont moins bons qu’ils n’y paraissent à première vue et que la réduction des dépenses publiques est encore loin d’avoir fait sentir tous ses effets sur la croissance.
Selon le ministère, le taux de chômage officiel a reculé de 0,2 point en février pour s’établir à 7,7 %, et les créations d’emplois ont presque doublé par rapport au mois précédent, avec 236 000 embauches nettes.
Le rapport est nettement meilleur que le pensaient les analystes, dont la prévision médiane donnait le chômage stable et 165 000 créations de postes, et la Maison-Blanche en a conclu que la reprise était « en train de gagner de l’élan ».
« Les entreprises américaines ne tiennent pas compte des entraves budgétaires et de l’incertitude politique : elles embauchent de nouveau, et davantage », se réjouit Sal Guatieri, de BMO Marchés des capitaux, pour qui un cercle « vertueux » serait en train de s’enclencher qui verrait emploi, marché immobilier, hausse des revenus et de la consommation des ménages se renforcer mutuellement.
Cet optimisme est loin d’être universellement partagé. Plusieurs économistes font remarquer que si l’emploi semble avoir fait fi des hausses d’impôts de janvier, il ne devrait pas en aller de même avec la réduction des dépenses publiques entamée début mars et qui, selon nombre de pronostics, devrait coûter au bout du compte environ 0,5 point de croissance au pays cette année.
D’abord une révision en nette baisse des créations d’emplois des deux mois précédents. Par conséquent, estime Michael Gapen, de la banque Barclays, il faut relativiser les chiffres de février, et « le fait que le marché du travail soit passé à une vitesse d’embauches supérieure n’a rien d’évident ».
De plus, la baisse du taux de chômage a été due pour une grande part à une diminution de la population active, autrement dit, « de mauvaises raisons », comme le note Aichi Amemiya.
La conséquence est que le taux d’activité officiel, mesure du nombre de personnes employées ou cherchant activement du travail par rapport à l’ensemble de la population en âge de travailler, est revenu à son niveau le plus faible depuis 1979.
Le fait que ce ratio ne parvienne pas à augmenter est un signe des difficultés auxquelles la reprise de l’emploi se heurte. L’amélioration de la conjoncture ne semble pas suffisante pour pousser nombre de chômeurs exclus des statistiques officielles (le ministère en décompte plus de 3,7 millions) à se remettre en quête de travail.
Pour Dean Baker, directeur du Centre pour la recherche économique et politique (CEPR), le chiffre des créations d’emplois pourrait avoir été gonflé par la douceur inhabituelle de l’hiver, dont a nettement profité le secteur de la construction.
Selon lui, on risque de voir une répétition de ce qui s’est passé en 2012, où la hausse de l’emploi avait été très faible au printemps. En fin de compte, la croissance économique reste « modeste » et « n’a pas encore ressenti le contrecoup » de la rigueur.
(Source : AFP)

