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À La Une - Liban - Syrie

Bou Faour et le 14 Mars se déchaînent contre Mansour

Le chef de la diplomatie libanaise s’est efforcé hier de justifier sa position favorable au régime Assad en Syrie, devant la Ligue arabe.

Le ministre Bou Faour au cours de sa conférence de presse, hier. Photo Dalati et Nohra

Le ministre des Affaires étrangères, Adnane Mansour, a regagné hier Beyrouth au terme de sa visite au Caire où il avait représenté mercredi le Liban à la conférence ministérielle de la Ligue arabe sur la Syrie. Répondant à l’aéroport aux questions de la presse sur la tempête soulevée au niveau local par son appel à un déblocage de l’adhésion de la Syrie à l’organisation panarabe, M. Mansour s’est lancé dans une longue analyse de l’évolution de la situation en Syrie et des implications politiques et de sécurité de la résolution de la Ligue (qui a autorisé les pays arabes qui le souhaitent à fournir un soutien militaire aux rebelles syriens et qui veut accorder le siège de Damas à l’opposition) avant d’indiquer que sa position « est dictée par l’intérêt du Liban et reste en conformité avec la politique de distanciation du gouvernement ».


Jugeant « inadmissible le vacarme méthodique de nombreux hommes politiques », contre lui, le ministre a estimé que toutes les résolutions de la Ligue sur la Syrie « sont restées sans aucun effet » et que « la violence dans ce pays n’a cessé de s’exacerber, avec tous les effets qu’elle a eus sur le Liban ».
« Quel est le problème quand je réclame le retour de la Syrie à la Ligue arabe pour qu’il soit possible de discuter avec elle et de trouver, ensemble, la solution politique à même de la sortir de l’état de guerre ? » s’est-il indigné, en insistant sur le fait qu’il « peut garder ses distances vis-à-vis de ce qui se passe dans le pays voisin, mais pas vis-à-vis des dangers que le Liban risque d’encourir ».


« Quelle loi de la Ligue arabe ou de l’ONU autorise l’intervention, surtout militaire, d’un État dans les affaires de l’autre ? Pourrons-nous protéger le Liban contre les effets de ce qui pourrait advenir dans ce cas précis ? » s’est encore interrogé le ministre, qui a estimé que les attaques contre lui « ne seront pas les dernières ». « Mes positions prennent en considération l’intérêt du Liban en premier lieu. Lorsque je constate que cet intérêt est en danger, je n’hésite pas à le dire », a martelé M. Mansour, avant que le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, ne vole à son secours. « Le discours du chef de la diplomatie reflète avec précision et en toute responsabilité la position officielle du Liban qui a opté pour la distanciation par rapport à la crise syrienne et qui appelle à un règlement politique de la crise syrienne ».

 

(Lire aussi : Sleiman : Pourquoi voulons-nous sacrifier le Liban à l’autel du printemps arabe ?)


Non seulement l’opposition reste loin de partager ce point de vue mais le chef de la diplomatie a été même désavoué par ses collègues. Le ministre des Affaires sociales, Waël Bou Faour, qui a tenu hier en son bureau une conférence de presse axée sur le dossier des réfugiés syriens, n’est pas allé par quatre chemins pour affirmer que le discours de M. Mansour à la Ligue arabe « ne représente en aucune façon le point de vue du gouvernement ». « C’est un point de vue politique au sein du gouvernement. Nous estimons que la position de Mansour est en contradiction avec la politique de distanciation de l’exécutif (...), ainsi qu’avec les instructions données par le président de la République au ministre des Affaires étrangères, en concertation avec le chef du gouvernement », a affirmé M. Bou Faour, estimant que « M. Mansour est libre d’avoir ses propres convictions politiques », mais qu’il n’a pas le droit d’imposer à l’État libanais une « position qui peut lui être très coûteuse ».
« S’est-il souvenu de ce que le peuple syrien endure à cause du régime de Damas, des centaines de milliers de réfugiés syriens que nous accueillons ou encore des 600 000 Libanais qui se trouvent dans les pays du Golfe ? A-t-il pensé à ce qui pourrait arriver à ces derniers à cause de positions libanaises qui vont à l’encontre de l’éthique libanaise et arabe », a fulminé le ministre.

 

(Lire aussi : Pourquoi la crise syrienne doit être résolue dans les plus brefs délais...)


Moins violent mais tout aussi sévère, M. Imad el-Hout, député de la Jamaa islamiya, a demandé au chef du gouvernement de « cesser de faire représenter le Liban par son chef de la diplomatie, tant que ce dernier continue d’enfreindre ses orientations ». Lui faisant écho, les députés Boutros Harb et Samy Gemayel ont demandé au gouvernement de « rejeter publiquement la position de Mansour qui traduit à sa guise la politique officielle de distanciation ». Le vice-président de la Chambre, Farid Makari, est allé plus loin en demandant au conseil de la Ligue arabe de « suspendre la participation du ministre à ses réunions, si ce dernier n’est pas limogé par le chef du gouvernement (....) parce qu’il est clair qu’il est le délégué non pas du Liban, mais du régime syrien qui avait été expulsé » de la Ligue.


Le chef de la diplomatie a « choisi le pire moment dans l’histoire du Liban pour exprimer la pire position à l’égard du dossier syrien », a commenté le député Marwan Hamadé, en relevant que les propos du ministre « reflètent une orientation syro-iranienne largement représentée au sein du gouvernement ». Une idée également développée par son collègue, Samir Jisr, alors que le Front de la liberté a exprimé le souhait que le ministre des Affaires étrangères « s’occupe davantage de questions qui intéressent le Liban, comme l’organisation des missions diplomatiques libanaises, de manière à permettre le vote des émigrés aux législatives », tout en critiquant sa prise de position devant la Ligue arabe.

 

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