Keith Pariat, directeur de Syngkhong Rympei Thymmai, une organisation de défense des droits de l’homme, pose devant son bureau dans la ville de Shillong, dans le nord-est de l’Inde, une région dominée par les femmes. Roberto Schmidt/AFP
« Allez dans n’importe quel hôpital, restez devant la maternité et écoutez », résume Keith Pariat, un militant pour le droit des hommes. « Si les parents ont un garçon, vous entendrez des choses comme : “Bon OK, ça va aller.” Mais si c’est une fille, ce sera une explosion de joie et des applaudissements », expose le président de Syngkhong Rympei Thymmai (SRT), une organisation qui cherche à mettre fin à cette situation insolite. Selon la tradition des Khasi, la plus jeune fille hérite de tous les biens appartenant à sa famille depuis des générations. Les hommes doivent aller vivre dans le foyer de leur épouse après le mariage et les enfants issus de leur union prennent le nom de leur mère. Et selon la règle ancestrale qui explique pourquoi les filles sont les bienvenues à la naissance, tous les parents jouissant de biens immobiliers mais qui n’ont pas eu de fille doivent adopter une fille avant leur mort puisqu’ils ne peuvent laisser leur héritage à leurs fils.
« Totalement néfaste »
Ce système matrilinéaire dure depuis des milliers d’années, mais des militants comme Keith Pariat sont aujourd’hui déterminés à revendiquer des droits de propriété pour les enfants de sexe masculin et un plus grand rôle pour les hommes au sein de la famille. Son organisation milite en distribuant des tracts et en organisant des réunions publiques. « Quand un homme doit vivre dans la maison de sa belle-famille, il tend à devenir transparent. C’est juste un taureau d’élevage. Personne ne s’intéresse à ce qu’il peut penser, il n’a son mot à dire sur rien », s’emporte Kevin. Cet homme d’affaires de 60 ans pense que ce système matrilinéaire est tout simplement « totalement néfaste » aux hommes Khasi. « Comme aucune responsabilité ne pèse sur leurs épaules, ils se la coulent douce, ils tombent dans la drogue et l’alcool, et cela réduit leur espérance de vie », juge-t-il, dans la capitale du Meghalaya, Shillong. Selon lui, cela les rend aussi peu attrayants aux yeux des femmes Khasi, qui peuvent exercer leur droit à se marier en dehors de la communauté. Pour Teibor Langkongjee, un entrepreneur de 41 ans et membre de l’organisation SRT, le choix des femmes est facile à comprendre. « Les hommes Khasi vivent sans aucune sécurité, ils ne possèdent aucune terre, ils ne gèrent pas les affaires familiales et finalement, ce sont quasiment des bons à rien », lâche-t-il.
Aucune discrimination
Pour remédier à cette situation, un mouvement pour le droit des hommes a commencé à naître au début des années 1960, mais il a avorté après l’irruption de centaines de femmes, armées de couteaux, lors d’une de leurs réunions. Depuis, l’organisation SRT, fondée en 1990, est en proie à une rude bataille pour mettre fin aux pouvoirs des femmes car la Constitution indienne garantit le droit des conseils tribaux à fixer leurs propres droits coutumiers. Ainsi, les divergences entre les règles claniques et la loi indienne sont monnaie courante, et la justice doit souvent intervenir lorsque les droits des personnes sont en jeu. Mais le passé a montré que de tels conflits ont en fait abouti à un renforcement des droits des femmes, en particulier dans des affaires d’héritage, de dot ou de pension alimentaire, qu’il s’agisse de familles hindoues ou musulmanes. Les droits des hommes n’ont jamais fait l’objet d’un débat.
À Shillong, la plupart des femmes rejettent l’idée que leur société est discriminatoire : même si elles ont le pouvoir de prendre des décisions relatives au mariage, à l’argent ou à d’autres questions, leur participation politique reste faible : seules 4 femmes siègent au Parlement local, qui compte 60 membres. « La raison pour laquelle les biens familiaux sont laissés à la plus jeune des filles s’explique par le fait que c’est elle qui doit veiller sur ses parents jusqu’à leur mort », explique Patricia Mukhim, rédactrice en chef du quotidien Shillong Times. « Les parents estiment qu’ils peuvent toujours se reposer sur leurs filles. »
Dans un pays où la préférence des parents pour les garçons va jusqu’au foeticide de filles, celles-ci étant considérées comme une charge financière plus que comme un don du ciel, le Meghalaya se targue depuis des années d’un quasi parfait équilibre des sexes. Dans cet État, on compte actuellement 1 035 filles pour 1 050 garçons alors que la moyenne mondiale est de 1 000 femmes pour 1 050 hommes. Pesundra Reslinkhoy, une enseignante de 25 ans à Shillong, apprécie d’autant plus le système matrilinéaire depuis le viol collectif d’une étudiante dans un autobus à New Delhi en décembre 2012, un fait divers qui a suscité un débat national sur la condition féminine dans une société où le harcèlement sexuel est monnaie courante. « Je pense que c’est bien pour les Khasi que tous les pouvoirs restent aux mains des femmes parce que ça nous évitera de nombreux maux », conclut-elle.
(Source : AFP)


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