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Nos lecteurs ont la parole

Habemus lex !

Georges TYAN
Ce n’est pas la première fois qu’on tente d’assassiner mon pays. Souvent, bien qu’a l’article de la mort, le Liban se relevait du fait de l’esprit de convivialité, d’accueil, d’ouverture, de pluriculturalisme. Il restait toujours des personnes de bonne volonté pour recoller les morceaux et prendre un nouvel envol.
En attendant un nouveau pape, une loi électorale nous a été donnée – habemus lex. Heureux peuple que nous sommes, chaque communauté religieuse va élire ses propres représentants à l’Assemblée nationale.
Quel bonheur! Les autobus et autres rouleaux compresseurs, qui, ne l’oublions pas, ont amené à leur bord la majorité de ceux qui ont pondu cette nouvelle loi, seront remisés dans les garages de l’oubli, rongés par la rouille, sinon débités férocement en pièces détachées par la vengeance de l’histoire édifiante de l’ingratitude humaine.
Certes, il est des personnes qui préfèrent être premièrs de leurs villages que secondes à Rome. Quoique défendable, cette théorie à l’heure de la mondialisation, de la globalisation ne tient pas la route. Aussi ténue que soit la superficie du Liban, il ne peut nullement sortir de son contexte mondial et régional, renier sa vocation de plaque tournante du Moyen-Orient, pays d’accueil, qu’en dépit de toute les vicissitudes il continue tant bien que mal de remplir.
Faire du Liban une juxtaposition de villages d’Astérix est une idée saugrenue. Tous les habitants vont à plus ou moins brève échéance se tomber dessus à bras raccourcis, car en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, des barricades sous forme de barrières douanières seront érigées entre un hameau et l’autre.
À ceux qui ont la mémoire courte, rappelons le passage de Madfoun, le check-point du musée, quand, comme des chevaux, nous galopions à bride abattue, mors aux dents, sur le champ de course de Beyrouth, pour échapper aux francs-tireurs. Ce spectacle, pour l’avoir vécu, je l’ai effacé de ma mémoire et je compte m’y tenir.
Tout comme je ne suis pas certain que la déliquescence que nous vivons, la corruption, l’absence d’électricité, la non-application des lois, la paupérisation galopante, les débordements orgiaques au château de Roumieh, la résurgence du fanatisme religieux soient imputables au seul fait qu’un certain nombre de députés chrétiens arrivent à l’hémicycle portés par le vote des autres communautés, sachant que dans certaines circonscriptions, la réciproque est tout aussi vraie.
Il reste quand même pas mal de circonscriptions monochromes pour épancher sa paranoïa. Je ne vois pas la nécessité de me priver d’un choix qui, somme toute, est le summum de la démocratie en votant pour un éventail de personnes appartenant à des communautés différentes de la mienne. Être le coreligionnaire d’un candidat donné n’est pas forcement un atout, mais souvent un fardeau et des fois une tare.
Incongrue, cette affaire. Faute principalement de fonds, l’État n’arrive pas a édifier une armée digne de ce nom, les malades crèvent aux portes des hôpitaux, les éducateurs censés former notre jeunesse et jouir de notre considération vivotent au seuil de la misère avec leurs maigres salaires, nos finances publiques étant à sec pour satisfaire leurs revendications, sauf au risque de faire sauter d’un coup une économie déjà moribonde, qui ne tient qu’à un fil qui chaque jour s’effiloche encore plus.
Et l’on trouve normal, juste pour dorer la pilule et assurer à cette loi un meilleur soutien, d’augmenter le nombre des députés, et partant les charges sans commune mesure qui vont avec, allant des salaires et autres compensations aux chauffeurs, en passant par les gardes du corps, les retraites qui courront sur plusieurs générations, compte non tenu des chicanes et des routes bloquées devant leurs domiciles et autres joyeusetés du genre.
Bref, en un mot comme en cent, cette nouvelle loi électorale, dite orthodoxe, mais devenue tout à fait catholique, portée qu’elle fut sur les fonts baptismaux par les principaux tenants du maronitisme politique, est une mauvaise idée. Elle remet en question un accord laborieusement atteint entre les diverses composantes du pays, stoppant l’effusion de sang et les destructions qui ont failli avoir raison du Liban.
Certes, cet accord déguisé en Constitution n’est pas l’idéal en la matière. Entaché qu’il est par trop de zones d’ombre, il a démontré à l’usage des faiblesses auxquelles il aurait dû déjà être remédié. Toutefois, les forces politiques en présence y trouvaient bien leur compte et en tiraient profit, d’autant plus qu’il a été rédigé – dicté – sous impulsion étrangère, sous la férule des forces d’occupation et d’autres moins occultes qui ont tenu l’encrier et tendu la plume.
Les choses ont changé depuis. L’occupant s’en est allé, il croule et pour bien longtemps, semble-t-il, sous ses problèmes domestiques; les forces moins occultes , elles, tout en gardant un œil distrait sur notre intérieur, s’occupent d’attiser le feu ailleurs. Ces moments de répit sont rares, il faut en profiter, d’autant plus que ce sera la première fois depuis 1992 que les Libanais auront eu l’occasion de cogiter une loi électorale entièrement fabriquée au Liban.
Alors, Messieurs les Dirigeants, un peu de sérieux quand même, donnez au monde l’image de personnes ayant vécu les souffrances qu’a engendrées la guerre des autres contre notre pays et qui veulent toutes ensemble surmonter les affres du passé, et de concert appréhender un avenir plein d’espoir, de paix et de sérénité.
Ce n’est pas par le suivisme aveugle – qui n’est plus de mise d’ailleurs – que l’on fait la grandeur d’un pays, et ce n’est pas non plus en démontant une à une les pièces qui forment la belle mosaïque sociale qui fait que notre Liban soit unique au monde par sa diversité, sa culture, son ouverture, sa liberté qu’on apaise les appréhensions d’une jeunesse déboussolée par le retour en force du sectarisme religieux.
Messieurs, sur le métier remettez votre ouvrage, pour que d’un coup d’essai ce soit un coup de maître.

Georges TYAN
Ce n’est pas la première fois qu’on tente d’assassiner mon pays. Souvent, bien qu’a l’article de la mort, le Liban se relevait du fait de l’esprit de convivialité, d’accueil, d’ouverture, de pluriculturalisme. Il restait toujours des personnes de bonne volonté pour recoller les morceaux et prendre un nouvel envol.En attendant un nouveau pape, une loi électorale nous a été donnée – habemus lex. Heureux peuple que nous sommes, chaque communauté religieuse va élire ses propres représentants à l’Assemblée nationale.Quel bonheur! Les autobus et autres rouleaux compresseurs, qui, ne l’oublions pas, ont amené à leur bord la majorité de ceux qui ont pondu cette nouvelle loi, seront remisés dans les garages de l’oubli, rongés par la rouille, sinon débités férocement en pièces détachées par la...
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