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À La Une - Science

Edgar Choueiri, un as libanais de la NASA et du « zajal »

Le natif de Tripoli tourne aujourd’hui dans l’orbite des technologies de pointe astronautiques et celle non moins idyllique de la musique 3D.

Edgar Choueiri.

Il est directeur du Laboratoire de propulsion électrique et de la dynamique des plasmas à l’université de Princeton, professeur de physique appliquée et membre du département de sciences astrophysiques et de la physique des plasmas. Il est également directeur du programme de génie physique, président et de la « Electric Rocket Propulsion Society » et chargé de projets financés par l’Agence spatiale américaine (NASA). Et on n’a pas encore énuméré les titres de ses multiples écrits à ce sujet qui s’étalent, littéralement, sur 31 pages... Dans un tout autre domaine, il a inventé le système du « son en 3D », comme on dit image 3D. Et, cerise sur le gâteau, il est aussi non seulement poète, mais un brillantissime « zajaliste » qui dame le pion aux champions libanais de cet art d’improviser des vers autour d’un verre d’arak. Il n’a que 51 ans, se nomme Edgar Choueiri et vit et travaille à Princeton. Il a bien voulu dévider sa riche expérience.

Un ponte de la science des plasmas
Il est né à Tripoli d’un père du Koura, Yazid Choueiri, et d’une mère de Mina (Tripoli), Salam Hamati. Élève des Frères des écoles chrétiennes de Tripoli, il a vécu dans un environnement familial baignant dans la créativité et la science. Son père, industriel et propriétaire d’une firme d’ingénierie mécanique, avait conçu et réalisé des machines pour le ciment et les industries pétrolières, et sa mère était professeur de français, de mathématiques et de sciences. Son jeu favori d’alors, une fusée lance-eau qu’il maniait avec son père durant les week-ends. À l’âge de 9 ans, il voulait devenir un scientifique de l’espace et avait dessiné la carte nocturne du ciel, en utilisant un télescope offert par son père. Ayant de la suite dans les idées, il se rend, plus tard, en 1979, aux États- Unis et obtient un PhD en astronautique et en physique des plasmas à l’université de Princeton dont il devient l’un des éminents chercheurs dans ce domaine. À noter que la dynamique des plasmas est une nouvelle technologie qui consiste à remplacer les combustibles (propergols liquides ou solides), destinés à lancer des fusées dans l’espace, par un système de propulseurs électriques. Ceux-ci engendrent une poussée en produisant, puis en accélérant, des gaz ionisés, grâce à des champs électriques ou magnétiques.

Le poète...
Edgar Choueiri est en train de sonder encore et encore, et de perfectionner cette technologie de pointe, portant notamment sur un concept destiné à faire voyager les hommes vers la planète Mars. Ce qui, parallèlement, ne l’empêche pas de s’adonner à l’écriture poétique qu’il cultive depuis l’âge de 10 ans, en français et en anglais. Qu’importe la langue, puisqu’il réussit à marier l’art de la rime avec tous les genres : « Il y a dix ans, dit-il, j’ai mis des chansons de Georges Brassens en “zajal”. Après les avoir écoutées à New York, le poète Youssef Abdel Samad m’a pris sous son aile et m’en appris les règles. Et, depuis, on se défie tous les deux dans des sessions de “zajal” à New York. » À voir sur YouTube pour se délecter de son tic-au-tac de haut vol.

La « Musique 3D »
Qu’en est-il de son système de « Musique 3D » ? Sa réponse : « C’est une technique numérique, qui permet à l’auditeur de percevoir une “image sonore”, hyperréelle et complètement tridimensionnelle, à travers seulement deux haut-parleurs. En écoutant, par exemple, un concert à travers ce procédé, il se sent réellement transporté dans la salle où se produit l’orchestre et peut discerner la position exacte de chaque instrument. »
Choueiri a baptisé son invention « BACCH 3D Sound », en hommage à son compositeur préféré, Bach. « BACCH » est aussi un acronyme du nom anglais de la méthode numérique qu’il a ainsi inventée : « Band Assembled Cross Talk Cancellation Hierarchy ». Plusieurs compagnies ont commencé à inclure « BACCH 3D Sound » dans leurs produits, y compris le Jambox, un haut-parleur Bluetooth, très populaire parmi les jeunes, partout dans le monde. Le Jambox est produit par la compagnie américaine Jawbone, dont le CEO est le Libano-Britannique Alex Asseily)

Président de l’Académie libanaise des sciences
Choueiri est, avec le mathématicien sir Michael Attieh, l’un des douze membres fondateurs de l’Académie libanaise des sciences. En 2008, il en a été élu le président. Son souhait aujourd’hui : « Voir le Liban et ses jeunes, pleins de potentialités, devenir les promoteurs des sciences, des technologies et des découvertes, au lieu d’en être tout simplement les consommateurs. » Son rêve : « La paix au Moyen-Orient. Et, une femme arabe atterrissant sur Mars, le “zajal” respecté et enseigné dans les écoles, voyager de New York à Beyrouth en une heure, et jouer un prélude Bach à Carnegie Hall. Mon dernier rêve est aussi impossible à réaliser que celui que je fais en dormant : que je peux voler en simplement sautiller dans l’air. » « Le silence éternel de ces espaces infinis » ne semble pas l’effrayer. Et, à toutes les latitudes, il reste, comme il le dit dans un de ses poèmes, « un mirliflor muscadin... Chez moi, ça sent l’encens, le camphre, l’oliban... Tout est bien marqueté en cèdre du Liban ».

 

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Il est directeur du Laboratoire de propulsion électrique et de la dynamique des plasmas à l’université de Princeton, professeur de physique appliquée et membre du département de sciences astrophysiques et de la physique des plasmas. Il est également directeur du programme de génie physique, président et de la « Electric Rocket Propulsion Society » et chargé de projets financés...

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