C'est en sa résidence d'été de Castel Gandolfo que Benoît XVI a abandonné la papauté. AFP PHOTO / VINCENZO PINTO
Il faut désormais l'appeler "Sa Sainteté Benoît XVI, pape émérite". A 19H GMT, Benoît XVI a définitivement perdu, conformément à ses voeux, son statut de pape. "Sainteté Benoît XVI, pape émérite" est le qualificatif qu'il a choisi pour se faire appeler.
Avec la démission de Benoît XVI, qui laisse à son successeur une Eglise catholique et ses "eaux agitées" dans un monde en pleine mutation, prend fin une journée historique au Vatican. La démission d'un pape est en effet un événement inédit depuis des siècles.
C'est en sa résidence d'été de Castel Gandolfo que Benoît XVI a abandonné la papauté.
Il avait quitté le Vatican à 16h05 GMT à bord d'un hélicoptère de la République italienne, orné d'un drapeau du Saint-Siège. Au moment où l'appareil a décollé de l'héliport du Vatican, situé sur les hauteurs du petit Etat, les cloches de Rome et celles de la Basilique Saint Pierre se sont mises à sonner à toute volée.
Dès son arrivée à Castel Gandolfo, Benoît XVI a dit, dans son dernier salut adressé à des milliers de fidèles catholiques et habitants enthousiastes : "Je ne suis plus pape". Se reprenant, il a déclaré : à 20H00, "je ne serai plus pape mais seulement un pèlerin qui entame l'ultime étape de son pèlerinage sur terre".
Benoît XVI devrait rester environ deux mois à Castel Gandolfo avant de revenir au Vatican pour habiter dans un monastère. Il se consacrera à la prière et a promis jeudi, en disant adieu aux cardinaux, "déférence et obéissance inconditionnelles" au prochain pape qui sera élu par le conclave des cardinaux.
"Merci pour votre amour et pour votre soutien. Puissiez-vous expérimenter toujours la joie de mettre le Christ au centre de votre vie !", a également déclaré le pape dans le message posté à 16H02 GMT sur son compte appelé pontifex, trois heures avant l'entrée en vigueur de sa démission historique.
Avant de partir, le pape, s'appuyant sur sa canne, a salué brièvement ses collaborateurs qui semblaient très émus.
Le pape allemand, 85 ans, qui ne se sentait plus à même d'assumer le poids de sa charge, avait annoncé cette démission le 11 février à la surprise générale. Le dernier départ d'un pape de son vivant et de sa pleine volonté remonte au Moyen-Age, en 1294, lorsque Célestin V, humble ermite, avait démissionné, dépassé par la corruption et les intrigues après seulement quelques mois à la tête de l'Eglise....
Benoît XVI a promis plus tôt dans la journée de jeudi son "obéissance inconditionnelle" à son successeur, lors d'une cérémonie d'adieu aux cardinaux dans la prestigieuse Salle Clémentine du Vatican. "Parmi vous se trouve le prochain pape, auquel je promets déférence et obéissance inconditionnelles", a-t-il indiqué dans une brève déclaration à quelques heures de la prise d'effet de sa démission historique, en ajoutant qu'il serait proche d'eux "par la prière" lors du prochain conclave.
Joseph Ratzinger a reparlé de "moments très beaux et de moments où il y a eu quelques nuages dans le ciel", pendant les huit ans de son pontificat, faisant allusion aux scandales nombreux qui l'ont émaillé.
(Lire aussi : Benoît XVI et les "signes des temps")
Portant sur les épaules la mosette (courte pèlerine) rouge bordée de fourrure blanche, il a souhaité que les cardinaux soient "un orchestre" dont "les diversités concourent à l'harmonie" de la réalité plus élevée de l'Eglise. Il a exprimé ses remerciements pour "la proximité", "les conseils" et la "grande aide" qu'ils lui ont procurés. Il les a invités à être "dociles" à l'Esprit Saint. "Nous avons donné de l'espérance, qui venait du Christ" au monde pendant ces huit années, a-t-il ajouté.
Le pape a tenu à exprimer "ce qui lui tenait particulièrement à cœur" : que "l'Eglise n'est pas une institution mais une réalité vivante", et que "son cœur est le Christ (...) et le Christ continue à cheminer dans le temps".
L'Eglise "est dans le monde mais n'est pas du monde", a-il encore ajouté.

Benoît XVI lors de son ultime audience, le 27 février 2013, place Saint-Pierre.
AFP PHOTO / GABRIEL BOUYS
Assis sur des fauteuils en face de lui, les princes de l'Eglise avaient le visage grave. Ils se sont ensuite levés pour aller le saluer. Quelques cardinaux étaient courbés par l'âge ou en fauteuil roulant. Beaucoup pleuraient ou étaient au bord des larmes, en baisant l'anneau papal, en lui serrant les mains et en échangeant quelques mots.
Le pape était arrivé dans la Salle Clémentine à petits pas, les traits tirés par la fatigue, et s'était assis sur un petit trône doré recouvert de velours rouge. Il pouvait voir en face de lui une superbe fresque montrant la barque de l'Eglise dans la tempête. Thème auquel il a fait allusion devant 150.000 fidèles, mercredi, lors de ses adieux sur la place Saint-Pierre.
Le doyen du Sacré collège, le cardinal Angelo Sodano, lui a rendu hommage : "Avec une grande fébrilité, les pères cardinaux présents à Rome se rassemblent aujourd'hui autour de vous, pour vous manifester encore une fois leur profonde affection pour votre témoignage d'abnégation dans le service apostolique, pour le bien de l'Eglise du Christ et de l'humanité entière".
L'ancien bras droit de Jean Paul II a remarqué : "Vous vous apprêtez à nous laisser, en attendant que le gouvernail de la barque de Pierre passe en d'autres mains. La continuité apostolique se poursuivra, celle que le Seigneur a promis à son Eglise".
La prise d'effet de sa démission ouvre la fameuse période du "siège vacant", et c'est le cardinal camerlingue qui assure officiellement l'interrègne. Cette lourde tâche incombe au fidèle secrétaire d’État de Joseph Ratzinger, le cardinal Tarcisio Bertone, en attendant que le conclave élise le successeur de Benoît XVI à la mi-mars.
Lorsqu'il rentrera au Vatican fin avril, Joseph Ratzinger s'installera dans un ex-monastère niché en hauteur dans les jardins, où il pourra croiser peut-être son successeur et voisin. Une cohabitation inédite.
De lourds défis attendent le successeur de Benoît XVI, entre contestation interne et persécution des chrétiens dans le monde, enjeux éthiques et abus de toutes sortes qui affligent une Eglise de 1,2 milliard de fidèles.
Le pontificat de Benoît XVI a été ponctué de controverses, notamment sur la levée de l'excommunication d'un évêque révisionniste, mais surtout le scandale des centaines d'abus pédophiles commis par des prêtres pédophiles que la hiérarchie a parfois protégés. Plus récemment, le scandale Vatileaks a révélé de nouvelles intrigues au Vatican, tandis que la presse évoquait la présence d'un prétendu "lobby gay".
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Sa joie doit-etre indécriptible.. maintenant! Vive le pape émérite, ce bon théologue.
22 h 05, le 28 février 2013